Fu Manchu

Imaginez-vous un homme de haute taille, maigre, félin, haut d’épaules, avec le front d’un Shakespeare et la face de Satan, au crâne rasé, aux longs yeux bridés, magnétiques, verts comme ceux d’un chat. Supposez-lui la cruelle ruse de la race jaune tout entière, concentrée dans un puissant cerveau, avec toutes les ressources de la science passée et présente, par les possibilités infinies d’un gouvernement riche qui, cela va de soi, a jusqu’ici dénié toute connaissance de sa réalité. Imaginez cet être terrible et vous aurez le portrait du docteur Fu Manchu, le péril jaune incarné en un Seul.


Ces lignes, qui vous l’admettrez suintent d’un racisme d’une rare violence, constituent la description par l’auteur, Sax Rohmer, de son personnage archi-récurent [[qui récurait bien plus que Monsieur Propre]], le maître incontesté du crime, LE génie du Mal, l’Empereur de la criminalité, qui ferait passer Moriarti pour un voleur de pommes et le S.P.E.C.T.R.E pour une organisation de dames patronnesses: FU MANCHU.

Fu Manchu occupe une place à part dans la littérature populaire anglo-saxonne de l’entre deux guerres. Ce triste personnage (mais moins triste que son auteur finalement) serait tombé dans les limbes de l’histoire si Christopher Lee ne lui avait pas prêté son visage (et le reste) pour une série de films de série Z’ dans les années 60, qui confinent aux raffinements suprêmes du nanard de type « espionnage des mystères de l’orient sauce british ».

Finalement, le Docteur No qui affronte James Bond n’est qu’un Fu Manchu qui ne dit pas son nom. Ce qui est fort, nous le verrons plus loin, c’est que Ben Ladden a un comportement totalement similaire à celui du personnage de Sax Rohmer : comme quoi, tous les « spécialistes » en terrorisme international devraient lire ce qui suit…

Sax Rohmer (1883-1959) fut un écrivain anglais de gare comme il en existait tant, à une époque ou seule la TSF berçait les nuits du bon peuple, et ou les « pulps » ou romans populaires avaient une importance totalement sous estimée aujourd’hui.

Sax Rohmer

Rohmer, de son vrai nom Arthur Henry Sarsfield Ward (oui oui, SARS, comme le Severe Acute Respiratory Syndrome né en CHINE: ya pas de coïncidences !! ), était (d’après sa mère) le descendant d’un général Irlandais du 17e siècle. Petit employé de bureau, il commença une carrière d’écrivain de gare à 20 ans. Ecrivain « alimentaire », mais qui parvint à faire fortune avec ses romans de gare. Voila qui laisse rêveur…

Bien qu’ayant commencé à écrire des petites nouvelles fantastiques sur l’Egypte, avec des vrais morceaux de bandelettes de momie dedans, il connut ses plus gros succès avec le personnage de Fu Manchu, sinistre seigneur du crime chinois. Enfin Chinois… On en sait rien, car ses yeux verts laissent planer le doute sur ses origines. Et puis c’est Christopher Lee qui a le mieux incarné le rôle au cinéma. Même bridé et fardé comme s’il avait une triple jaunisse, vous avouerez que Mister Saruman, on voit bien qu’il n’est pas des banlieues sud de Canton.

Un méchant fourbe...

Fu Manchu connut une carrière « en dents de scie » sous la plume de son créateur. Apparut en 1913, le sinistre evil mastermind meurt en 1917, pour être remplacé par la secte « Si-Fan »… Encore des Chinois, et encore le « péril jaune »…

Rohmer écrivit d’autres nouvelles du genre « Brood of the Witch Queen » (1918), dont le titre sonne, avouons le, comme un scénario de AD&D de la grande époque…

...Et revanchard

En 1931, Fu Manchu fit un « retour » avec « la fille de Fu Manchu ». 1931, c’est l’année ou l’armée japonaise du Kwantung, organisation semi-indépendante, envahit la… Manchourie !

De là à dire que Rhomer était un opportuniste…

De fait, il fut un des plus lus dans ces années. Il faut savoir que la vague de racisme et de peur du « Péril Jaune » était très forte à Londres au début du siècle, et s’étendit à tout le monde anglo-saxon dans les deux guerres. Qu’il s’agisse de lois de ségrégation anti immigration aux USA, du refus des anglo-saxons de reconnaître « l’égalité des races » en 1919 ou des déclarations pas toujours très subtiles des diplomates et politiciens des deux cotés de l’Atlantique, cette « psychose raciste » existait.

De la Fesse

Les propos de Rohmer étaient d’une rare violence, mais pour l’époque, cela ne choquait pas.
Jugez plutôt.
« Le plus grand mystère de l’Orient secret, Petrie. Réfléchissez ! Vous savez comme moi qu’un être malfaisant, le docteur Fu Manchu, est resté quelque temps en Angleterre, pour paver la route – expression qui est mienne, je crois – à l’Empire jaune intégral. Ce qu’Européens et Américains appellent le Péril jaune. »

Ainsi parlait Neyland Smith, agent secret anglais, et grand ennemi de Fu Manchu…

Une base secrète

Si on écrivait ça aujourd’hui sur d’autres minorités… Comment? On entend ces mots genre à la Maison Blanche? Ah… Autant pour moi. Tout va bien alors…

Fu Manchu surfait sur cette vague raciste anti-asiatique des années 20-30 avec trois caractéristiques principales:

– la théorie du complot. Une « société du crime internationale » asiatique conspirait dans l’ombre. Nébuleuse, insaisissable, mais qui pouvait compter sur chaque blanchisseur chinois, sur chaque fumerie d’opium, sur chaque chop suey… Leur but: asservir l’occident, le détruire, installer un « Empire Jaune »…

Remplacez les Chinois par des Musulmans, la société du crime de Fu Manchu par Al Qaida et…

– La récurrence: Fu Manchu meurt souvent, mais il revient toujours. Il est insaisissable, il est partout,et nulle part. Il se cache dans les recoins isolés et perdus de la mystérieuse Asie… Totalement comme Oussama Ben Ladden…

– Le registre surnaturel et apocalyptique : Fu Manchu prétend « commander aux éléments ». Il existe dans plusieurs plans de l’existence [[amis MJ, cet homme a joué à PlaneScape TM TSR]], et invoque un registre surnaturel… Sans oublier ses armes de destruction massive. Totalement comme Ben Ladden. Ainsi en 1941 dans « l’île du Docteur Fu Manchu » (Docteur No a tout copié donc), Rhomer fait dire à un de ses personnages, un orientaliste, que Fu Manchu « avec ses bactéries, insectes, étrangleurs et poisons, pourrait faire plus de mal en une semaine que les armées de Hitler en un an ». Edifiant, non ? Ben Ladden et ses promesses d’armes de destruction massive, finalement c’est pas nouveau !

Et le mieux, c’est que ce brave Fu Manchu a bien servi à « préparer » les opinions anglo-saxonnes à la guerre contre le Japon. On le sait peu, mais si en 1941 les Américains étaient encore isolationnistes et opposés à une guerre contre l’Allemagne, une grande majorité soutenait l’idée d’une guerre contre le Japon.

1941: fu Manchu est sur son île

Attention: je ne dis pas que Fu Manchu a été utilisé par Roosevelt, les Illuminatii ou les aliens de la planète ZVOHAFVBBEAG pour asservir les esprits occidentaux. Non, simplement que Fu Manchu, phénomène littéraire majeur de son époque, a contribué à une vague de racisme et de psychose conspirationiste ayant pu être instrumentalisée à certains moments…

Boris Karloff

Pendant la guerre de Corée, Rohmer déclarera tout benoîtement que Fu Manchu a changé, et qu’il s’oppose avant tout au communisme chinois, et qu’il est donc un allié des Etats-Unis.
Pas mal, hein?

Et bien sur, après le film avec Boris Karloff en 1932 (année de la prise de Shanghai par l’armée japonaise), Fu Manchu revint au cinéma en… 1965 (année du débarquement des marines au Viet Nam). Comme quoi ce Fu Manchu fit preuve d’un opportunisme remarquable, qui est le trait indéniable d’un génie du crime…

Christopher Lee y a interprété certains de ses plus beaux « rôles de nanard », juste derrière Dracula. Il est parfait en seigneur du crime, fringué comme un mandarin, avec les moustaches tombantes et le regard fourbe. Car Fu Manchu combine tous les défauts supposés de la « race jaune » tant honnie par Sax Rohmer: fourbe, veule, sournois, fourbe, comploteur, fourbe, traître, fourbe, esclavagiste, fourbe, mégalomane et fourbe.

Je vous ait dit qu’il était fourbe?

Bien sur, ce n’a pas été le seul. Ceux qui ont lu « la Guerre Punique » de Tite Live [[ prononcez Taille-te L’ail-veu dans les salons chébran ]]savent à quel point Hannibal était d’une fourberie « plus que punique » (dixit Tite Live).

Chistopher Lee utilise tous les moyens nanardesques pour asservir le monde: sosies, explosions de barrages tirées de stock shots mal montés, envoi d’ondes radio explosives dans le monde, dans le seul but de mettre en scène des super nanas court vêtues, torture, meurtre, complots, etc etc…

Et surtout SURTOUT, les films permettent toujours le triomphe de l’homme blanc anglo-saxon sur le génie du mal asiatique…

D’ailleurs je m’étonne qu’on ai pas eu de remake, depuis le film burlesque de 1980 ou Peter Sellers reprit le rôle en déconstruisant les personnages (Neyland Smith y passe l’aspirateur pour réfléchir, ça t’en bouche un coin, hein Sherlock)…

Non vraiment, le seul remaque valable, je ne l’ai vu que dans les grottes de Tora Bora en 2002. Mais JAMAIS Fu Manchu ne se serait enfui sur une moto: quand on est un génie du mal, on a son train personnel, sa fusée lunaire, son téléporteur ou sa capsule sous marine. Mais pas de moto. Car par dessus tout on a sa fierté…

Les Livres

THE MYSTERY OF DR. FU-MANCHU, 1913

THE YELLOW CLAW, 1915

THE DEVIL DOCTOR, 1916 (THE RETURN OF DR. FU MANCHU) THE

SI-FAN MYSTERIES, 1917 (THE HAND OF FU-MANCHU)

THE DAUGHTER OF FU MANCHU, 1931

THE MASK OF FU MANCHU, 1932

FU MANCHU’S BRIDE, 1933

THE TRAIL OF FU MANCHU, 1934

PRESIDENT FU MANCHU, 1936

THE DRUMS OF FU MANCHU, 1939

Les super couvertures racolleuses...

THE ISLAND OF FU MANCHU, 1941

SHADOW OF FU MANCHU, 1948

RE-ENTER FU MANCHU, 1957

EMPEROR FU MANCHU, 1959

THE WRATH OF FU MANCHU AND OTHER STORIES, 1973

SAX ROHMER’S COLLECTED NOVELS, 1983

THE FU MANCHU OMNIBUS, VOLUME 1, 1995

THE FU MANCHU OMNIBUS, VOLUME 2, 1997

THE FU MANCHU OMNIBUS, VOLUME 3, 1998

C’est publié en France, en poche (anthologie) aux Editions des Champs Elysées… Et on trouve les DVDs avec Christopher Lee dans toutes les bonnes crèmeries nanardesques.

Et les films

The Mask of Fu Manchu 1932 (le film avec Karloff) puis 1965 (le film avec C LEE)
Brides of Fu Manchu (1966)
The Vengeance of Fu Manchu (1967)
Castle of Fu Manchu (1968)
Blood of Fu Manchu (1968).