La quadrature du zizi

S’il est une chose devant laquelle les hommes ne sont pas égaux, c’est la fortune. Non, l’intelligence. Pardon, la santé. En fait si, un peu de tout ça, mais ce n’est pas le sujet qui nous intéresse. C’est beaucoup plus trivial que ça. Ce fameux domaine dans lequel la divinité de service s’est fourré le compas dans l’OEil jusqu’au cervelet, c’est la distribution des pénis. Résultat : une diversité dans les tailles et dans les formes qui a fait couler beaucoup d’encre depuis des temps immémoriaux. Depuis qu’on a inventé l’encre, en fait. Alors je ne vais pas, comme Pierre Perret, vous promettre que vous saurez tout sur le zizi, parce qu’on y serait encore demain; mais je peux au moins consacrer quelques minutes à ce précieux appendice.


Le pénis. Ou phallus, quand il est en érection. Organe fascinant s’il en est, ne serait-ce que parce que sa localisation lui donne l’air d’une pièce rapportée, accrochée à la va-vite au corps d’Adam par un Dieu pas très soigneux. D’après ce que j’ai pu glaner au cours de mes conversations, les femmes le perçoivent plus comme un petit animal que comme un simple morceau du corps de leur homme. Il est vrai qu’à voir le mal que certains ont à contrôler leurs érections, on se demande parfois si l’ami Popaul n’a pas une volonté propre. Facétieux quand il pointe son nez alors que ce n’est pas le moment. Capricieux quand il refuse de se lever, même pour les beaux yeux d’une jolie dame (ou d’un beau monsieur, ça peut arriver aussi). Une vraie star.

Pour apprivoiser le zizi, qui est quand même le symbole numéro 1 de sa qualité de mâle et de sa puissance personnelle, l’homme a testé tout un tas de recettes. Des trucs à manger ou à badigeonner, pour donner de la force à son organe. Des rituels vaguement mystiques pour être en phase avec son corps. Le tout avec plus ou moins de succès suivant les personnes, voire avec des échecs retentissants du genre « zizi tout rouge suite à une grave inflammation causée par un aphrodisiaque foireux ».

Evidemment, depuis que la science a étudié le mécanisme de l’érection, et déterminé le rôle de la prostate et de tout un tas de composés biochimiques dans l’afflux de sang dans les corps caverneux, on sait comment ça marche. C’est clair, précis, ça casse complètement le mythe. Mais d’un côté, ça a permis de mettre au point des médicaments (pas forcément en forme de losange bleu) pour aider l’érection. De l’autre, après tout, la science nous a aussi appris que l’amour était une affaire de phéromones et de neurotransmetteurs, et nous sommes toujours aussi retournés quand nous tombons amoureux [[Ou quand nous nous faisons tomber amoureux dessus, spéciale dédicace à Skro.]].

L'érection, comment ça marche?

L’homme chanceux qui a toujours des érections bien dures quand il en ressent le besoin devrait être heureux. Pourtant, de la même façon qu’une femme, même très belle, prend un plaisir masochiste à se trouver plein de défauts devant le miroir, il se lamentera bien souvent que son pénis est ceci ou cela, et généralement, qu’il n’est jamais assez gros. L’équation « zizi = virilité », et donc « petit zizi = petite virilité », est en effet indéboulonnable de la plupart des cerveaux masculins.

On remarque en passant que la notion de « petit » est toute relative. Pour la taille au repos, il suffit de jeter un coup d’œil aux copains quand on se douche après le sport, mais pour la taille en érection, quel référentiel choisir ? Bien souvent, les jeunes hommes se fient aux films pornos. Or, de plus en plus, ceux-ci mettent en scène des acteurs dotés de sguègues monstrueux, si bien qu’un type monté comme Rocco Siffredi semble tout juste dans la moyenne… Voilà comment un jeune homme de ma connaissance a considéré qu’il avait une petite bite, jusqu’à ce qu’une femme, puis une autre, puis encore une autre, lui disent avec des étoiles dans les yeux qu’elles n’en avaient jamais vu une aussi grosse.
_ Voilà le résultat de la surenchère des bites géantes : une génération de complexés.
_ Cela dit, les photos de mannequins filiformes honteusement retouchées ont fait les mêmes dégâts chez les jeunes filles.

Pour en revenir à nos pénis, quand les garçons font le concours de celui qui a la plus grosse, la dimension qui les intéresse en général, c’est la longueur. En moyenne 13-14 centimètres en érection. Un peu plus si on est d’origine africaine, un peu moins si on est d’origine asiatique. Cette différence ne signifie pas que les Asiatiques en ont une plus petite, mais que la hampe est ancrée plus profondément dans le corps, donc qu’il y en a moins qui dépasse. Certains chirurgiens proposent d’ailleurs une opération pour dégager une partie de la verge et gagner ainsi quelques centimètres. Si vous avez bien suivi ce que je viens de dire, vous en déduirez que votre ami japonais a plus à y gagner que votre ami togolais.

Pour la petite histoire, des études ont été menées ces dernières années pour vérifier certaines croyances populaires. Au final, il semble qu’il n’y ait aucune corrélation entre la taille du sexe et la pointure de chaussures, la calvitie ou la moquette sur le torse. Difficile en revanche de savoir si les hommes en cabriolet ont une petite bite. Ce n’est pas un facteur physiologique.

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Maintenant, la bonne blague. Si les hommes s’attachent à la longueur de leur pénis à tel point que n’importe quel sex-shop en ligne compte au moins trois pompes à zizi dans son catalogue, les femmes… s’en fichent. Royalement. Les sondages révèlent que pour une grande majorité des dames interrogées, la taille n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est la qualité de l’érection, et aussi la façon de faire du monsieur. De toute façon, messieurs les inquiets, votre femme ne fait pas l’amour avec votre zizi. Elle fait l’amour avec vous.

Une étude récente portant sur un panel réduit de 50 femmes a permis de creuser un peu le sujet. Certes, la taille n’est pas importante, mais à tout prendre, si on vous donne le choix entre un gros diamètre et une grande longueur, que préférez-vous ? D’après le journal Libération dont je tire cette info, 45 femmes ont préféré le diamètre, 5 ont opté pour la longueur, et aucune n’est restée neutre. Si on ajoute mon avis personnel, ça fait 46 contre 5. Ce qui signifie que pendant que des hommes s’escriment à endurer des tortures ou à passer sur le billard pour en avoir une longue, les femmes avouent qu’elles en voudraient plutôt une large…
_ Pas de panique, des chirurgiens proposent maintenant d’augmenter légèrement le diamètre de votre bel organe en y injectant un peu de graisse. C’est fou ce qu’on peut faire de nos jours, avec un bistouri et beaucoup d’euros.

Concernant la forme, chaque femme a sa préférence. De toute façon, il y en a pour tous les goûts. Des courtes et des longues. Des droites et des bananes. Des lisses et des rugueuses. Des imberbes et des velues. Des pyramides et des champignons. Des Tours de Pise. Des spécimens bizarres dont le gland semble posé directement sur les boules. Certaines femmes ne jurent que par les hommes circoncis, d’autres préfèrent le sexe dans son emballage d’origine. J’aurais bien dit exactement la même chose pour les gays, mais je n’ai jamais eu ce genre de conversation avec des garçons. Cela dit, je suppose que c’est pareil. Ce qui compte, c’est que de toute façon, quelqu’un qui est amoureux de vous aimera aussi votre pénis.

Et puis, l’avantage de vivre au XXIème siècle, c’est qu’il existe aussi des préservatifs de toutes les tailles et de toutes les formes, ce qui vous permettra, à vous, de trouver celui qui vous va, et à moi, de conclure en citant Hubert Hess [[Un grand barbu avec un chapeau et une guitare, sorte d’improbable clone réunionnais de Corbier (période Dorothée). Des tas d’chapeaux est sa chanson phare.]]:

Des p’tits
_ Des gros
_ Des tas d’chapeaux !

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