Japan Special

Konbanwa![[Bonsoir. Ou Konnichiwa si vous lisez ceci le matin]]

C’est fou comme le Japon plait. Regardez autour de vous. Il est partout.

A y bien réfléchir, cela ne date pas d’hier. Ni même du mois dernier. Ni même de l’année dernière. D’ailleurs, si on tient compte de la vitesse avec laquelle la mode se renouvelle, la mode japonaise, c’est un peu has been, et ancien comme les chaussettes de ma Grand-mère.

La « mode Japon », elle a commencée par le haut, par le sérieux, , voire par le constipé ; c’est-à-dire par les économistes.

On nous a vanté dans les années 70 le « modèle Japonais », et jusque dans les années 90, le Japon faisait figure de modèle mondial de prospérité. Depuis on en est revenu. Scandales financiers auprès desquels les HLM de Paris passent pour une partie de Monopoly, bulles spéculatives éclatant dans des flûtes à champagne, suicides d’ados, flingage de baleines fin du modèle de l’emploi à vie… Le Japon aurait pu dégoûter l’occidental moyen.

Pourtant il n’en est rien. Le Japon plait, il fait rêver. Et pas n’importe quel Japon: le Japon qui s’exporte. Je me rappelle de ma première année de Japonais à la fac. Alors que j’étais là par hasard, comme David Vincent, pour apprendre une langue d’extra terrestres destinée à faire une thèse que je n’ai jamais terminée, je me trouvais environné de gens plus jeunes que moi de 6 ans, et qui à 90% étaient là pour apprendre le Japonais pour « pouvoir lire les mangas ». Oui, tous ces étudiants étaient là avec cette grande et noble motivation pour leur première année d’études universitaires, bien Loin de la civilisation japonaise [[comme je l’ai dit à l’antenne, un de mes camarades croyait que le livre des 5 anneaux de Myamoto Musahi était un supplément pour Legend of the Five Rings, le jeu de rôle bien connu]]. La jeunesse s’interesse aussi beaucoup aux arts martiaux et au zen, voire au bouddhisme à la japonaise. Sans toujours bien comprendre de quoi il retourne…

Car ce n’est plus par les économistes constipés passe la « mode Japon ». C’est par la jeunesse. Et aussi largement par le « phénomène manga » avec tous ses produits dérivés.
On vous en parlera un peu ce soir, et aussi des dérives de ces gadgets. Car le Japon est le temple du High Tech. Il semble d’ailleurs que les Japonais soient capables de brancher n’importe quoi sur une prise USB… La technologie avance ici plus vite qu’ailleurs, et depuis que le PDG de Sony a inventé le Walkman ; on peut dire qu’ils ont fait du chemin.

L’attrait pour le Japon ne se dément pas, mais il a trouvé sa place dans notre société. Il est arrivé à un plateau, à une sorte de maturité. Il y a quatre ou cinq ans, on nous disait que les mangas allaient remplacer toutes les autres BD dans les rayons de la Fnac. Il n’en fut rien. Et la BD Française ne s’est jamais aussi bien portée, ainsi qu’en témoignent les 50,000 albums de Naheulbeuk, comme quoi les trucs de qualité ça marche… Pub pour les copains.

On a pas fini de décrypter tout ce qui influence les manga. Mais on y retrouve des constantes. Comme la phobie des bombardements aériens héritée de la guerre, un vieux fond de confucianisme dans le fonctionnement de la société, un millénarisme fort avec l’obsession de la fin du monde par le nucléaire ; de Godzilla à la secte Aum ; en passant par Evangelion. Et un vieil impérialisme anti occidental aussi mal assumé que les yeux bridés. Regardez Godzilla contre King Gidhora, c’est supéfiant. On y parle d’un Japon qui dans le futur pourrait « aquérir plus de térritoires que la Russie ».

A propos du cinéma Japonais aussi, on se rend compte que ce qui marche c’est ce qui est de qualité, et que le label « merde in Japan » ne fait plus vendre en lui même.

Kitano ou Myazaki ne sont plus encensés par ce qu’ils sont Japonais, mais parce qu’ils sont doués. Du reste, Tarantino a prouvé dans Kill Bill qu’on peut tout mélanger du Japon et de l’occident. Il n’a d’ailleurs pas été le premier. Certains films occidentaux se sont parfois inspirés d’histoires Japonaise, que cela soit « Pour une poignée de Dollars » ou « La Guerre des Etoiles ». A l’autre bout du monde, Kurosawa a fait de très bonnes adaptations de Shakespeare que cela soit le château de l’araignée ou Ran. Bref : le cinéma japonais a trouvé sa place au sein du cinéma mondial, plus par le talent que par la mode.

Le Japon qui s’exporte n’est pas celui des banlieues de Kyoto ou des montagnes du Tohoku. Le Japon est polymorphe, et on a parfois du mal à croire que c’est le même pays qui a produit les motos du Dakar, les mariages arrangés, les Pokemons, le Zen, les sushi, les collégiennes en jupette léopard avec des moons boots et de cheveux violets, les meilleurs sabres du monde, l’origami, les estampes, l’ikebana, les kamikazes, Godzilla et les distributeurs automatiques de petites culottes.

Pourtant tout cela ; c’est le Japon. Et c’est de cela dont on va tenter de vous parler ce soir, dans une émission à la sauce soja, avec du Qumran au Wasabi, un Skro teriaki, un Ghislain tempura, une Oph dans du dashi, une Lili dans un maki et Welf, noyé dans du saké.