Millennium Actress

Je l’avais raté lors de son passage en salles, ce film de Satoshi Kon, connu en France pour avoir réalisé le très schizo Perfect Blue. Mais quand j’ai vu les éloges sous lesquels il croulait dans le magazine Coyote, j’ai décidé d’acheter le DVD, pour voir. Et je n’ai pas été déçue.


Genya Tachibana, réalisateur de documentaires, est aux anges: l’ancienne actrice Chiyoko Fujiwara, dont il est un grand fan, a accepté, à titre exceptionnel, de le recevoir chez elle pour parler de sa carrière. Accompagné de son caméraman Kyoji Ida, il se rend donc dans sa maison au milieu de la montagne, et découvre une très aimable vieille dame, ravie de trouver quelqu’un à qui parler.

Il lui remet aussitôt un cadeau, une petite clef qu’elle avait perdue une trentaine d’années plus tôt et qu’il a retrouvée. Elle se met alors à raconter sa vie, sa carrière, en commençant par la rencontre qui lui a donné envie de faire du cinéma.

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Dès lors, la narration prend une forme qui ne surprendra pas ceux qui ont vu Perfect Blue: alors que les personnages sont plongés au cœur des souvenirs de l’actrice, Satoshi Kon n’hésite pas à passer sans prévenir d’un film à l’autre et de la réalité à la fiction. Cependant, dans Millennium Actress, à aucun moment il n’essaie de nous perdre. On sait toujours sur quel pied on danse, si on se trouve dans un film, sur un tournage ou tout simplement dans la vie de l’actrice. Il ressort de cette façon de faire une ambiance de conte de fées, d’autant que tout ce que raconte Chiyoko se ramène à un même fil directeur: une recherche désespérée, une fuite en avant symbolisée par la clef en or. Le tout sur des films couvrant des époques réparties entre (en gros) 600 ans dans le passé et 400 ans dans le futur. D’où le titre.

Evidemment, à la fin, on découvre que les réponses aux questions que se pose toujours la vieille dame étaient là, tout près…

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Au niveau de la réalisation, on sent que Satoshi Kon est un professionnel qui n’en est pas à son premier film. Les scènes d’action, notamment, sont remarquablement rythmées et mises en musique. Cependant, il y a quelques longueurs dans le film. Sur un total de 83 minutes seulement, un spectateur qui n’est pas rentré dans l’histoire aura le temps de s’ennuyer un peu. Et l’animation n’est pas ce qui se fait de mieux, surtout dans le Japon des années 2000.

Cependant, les images sont aussi belles que la poésie qui sous-tend toute l’histoire. La dernière scène met à la fois un point final et un point d’orgue à l’intrigue. Et alors que défile le générique, on s’étonne de s’être autant laissé prendre à un récit sans sexe, sans méchants et presque sans violence…

Sans être un chef-d’œuvre (il pèche trop sur le plan de la technique), Millennium Actress est un de ces films qui amènent un peu de poésie dans ce monde de brutes. Et peut-être même un peu de bonheur. En tout cas, un film qu’on ne regrette pas d’avoir vu.

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