Un sex-toy nommé Dildo

Au cas où vous en douteriez encore, le sexe est une activité ludique. Faire du sexe en oubliant l’aspect « jeu » de la chose, c’est passer à côté de pas mal de petits plaisirs. Et si les jeux peuvent se pratiquer à nu, en utilisant simplement les ressources de son corps et de celui du partenaire, ils peuvent aussi faire intervenir tout un tas d’objets. Ces jouets sont d’ailleurs très à la mode en ce moment, et comme tout ce qui est à la mode, on les connaît sous un terme anglo-saxon: sex-toys.
_ La variété des accessoires à caractère sexuel se voit très bien quand on entre dans un sex-shop, et encore mieux quand on consulte un site de vente en ligne, le catalogue étant généralement plus fourni que dans une échoppe traditionnelle. Préservatifs rigolos, cock-rings, pompes à la Austin Powers, boules de geisha, bouches suceuses motorisées… Il me faudrait quelques années pour avoir une liste exhaustive. Mais j’ai volontairement omis l’accessoire le plus emblématique du lot, le roi des jouets, que dis-je, le dieu des jouets!
_ Le godemiché. Ou gode, pour les intimes.


Je pense que depuis très longtemps, des femmes en manque de sexe [[Ou même des hommes, je ne suis pas sexiste.]] utilisent des objets de forme vaguement phallique pour simuler une pénétration avec une vraie bite. A commencer par la bougie, qui a l’avantage d’être réalisée dans un matériau qui ne risque pas de faire mal [[Sauf si vous êtes une brute épaisse, mais là, malheureusement, aucun matériau ne pourra rien faire pour vous.]]. Hé oui, ça peut sembler idiot, mais le matériau est important, j’y reviendrai plus tard.

Un autre objet qui a marqué les esprits comme gode d’appoint nous vient tout droit du potager: la carotte. Sa taille et sa forme favorisent en effet la pénétration, mais pas les méthodes modernes de conservation. Une carotte qui sort du frigo, ça fait déjà froid dans la main, alors dans le vagin, vous imaginez… A noter que d’autres légumes peuvent faire l’affaire, pour peu qu’ils soient de taille raisonnable, bien sûr. Personne ne songerait à s’introduire la courgette que j’avais récupérée à la ferme il y a quelques années [[Pas celle des célébrités, la ferme. Je n’accepterais jamais un produit venant de chez eux.]], elle faisait la taille d’une batte de base-ball [[Elle a d’ailleurs fini en courgette farcie pour six personnes.]].

De la constatation d’un besoin, et de la créativité de certains artisans, sont nés les premiers godemichés, imitations de sexes masculins destinées à être utilisées aux mêmes endroits que leurs modèles. La littérature mentionne des objets magnifiques, notamment en ivoire sculpté, ramenés d’Afrique et d’Asie par les navires marchands de la grande époque de la Compagnie des Indes Orientales. Comme quoi la route des Indes n’a pas ramené que des épices. Mais j’en retiens quand même deux choses: que notre civilisation judéo-chrétienne était une fois de plus à la traîne, puisqu’il fallait importer, et que jusqu’à une époque très récente, l’usage du godemiché était un luxe, réservé aux plus riches. Le comun des mortels s’est contenté de carottes jusqu’au vingtième siècle, où l’arrivée des polymères a permis d’inonder le monde de baigneurs en celluloïd, de préservatifs en latex, et de godes en plastique.

Depuis quelques petites années, un phénomène de mode a permis au gode de sortir du monde de la nuit et des coins de placard honteux. Les sex-toys ont gagné leur place chez Sonia Rykiel et dans les salons chics. Evidemment, on ne crie pas sur les toits qu’on les collectionne, mais quand Mathieu Kassovitz étiquette les godes à la chaîne dans Amélie Poulain, le spectateur moyen sourit, au lieu de s’offusquer comme il l’aurait fait il y a vingt ans. C’est déjà un progrès.
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Le gode est un bojet aux multiples facettes, ce qui est logique, puisqu’il imite un organe dont la taille et la forme varient fortement selon les individus, et qu’en plus, il répond à des besoins qui, eux aussi, changent d’une personne à l’autre. Le modèle de base a l’apparence d’un sexe de belle taille [[Pas forcément monstrueux, hein! La plupart sont juste un peu plus gros que la moyenne.]], une consistance légèrement malléable pour bien s’adapter à l’organe dans lequel il s’insère, et une texture suffisamment lisse pour ne pas provoquer d’effet Joule indésirable. Au niveau couleur, on a généralement le choix entre couleur chair européenne (rosée) et chair africaine (chocolat). D’ailleurs, les godes dits « noirs » sont souvent plus gros que les godes dits « blancs ». Vous avez dit cliché?

De nos jours, la mode est aux couleurs vives, parfois translucides, souvent en « jelly », un matériau souple et bon marché, mais à cause duquel je sais qu’on peut faire de violentes réactions cutanées au polymère dont est fait le gode. Si ça vous arrive, le contact direct avec l’objet est à éviter. C’est l’occasion d’utiliser des préservatifs bas de gamme ou ayant passé la date de péremption. De toute façon, il est préférable de toujours mettre un préservatif sur un gode. C’est moins chiant à nettoyer après usage [[Ceci dit sans aucun autre mauvais jeu de mots que ceux que vous, lecteurs, voudrez bien y voir.]].

Quelques variantes autour du godemiché:
– Le vibromasseur, généralement à vibration latérale. A l’intérieur du gode, un petit moteur électrique entraîne une masse légèrement excentrée, qui fait osciller rapidement l’objet. Depuis la mort de Claude François, les vibromasseurs fonctionnent exclusivement avec des piles, allez savoir s’il y a un rapport… Depuis peu, il en existe aussi avec vibration dans l’axe de pénétration, mais je n’en ai pas encore démonté un pour voir comment il marchait [[D’ailleurs, si quelqu’un veut m’offrir un gode à vibration longitudinale pour que je le démonte, je ne dirai pas non.]].
– Le gode double. Soit les deux glands pointent dans le même sens, et c’est un modèle prévu pour pénétrer simultanément le sexe et l’anus, soit ils sont en opposition, et il s’agit d’un double dong, cher aux films de lesbiennes. A utiliser seul ou à deux, en tirant parti de la souplesse de l’objet.
– Le gode-ceinture, également appelé « strap-on » ou « dieu-ceinture », est pourvu, non pas d’une simple ceinture comme son nom le laisse entendre, mais d’un baudrier. C’est plus stable. On peut donc se l’attacher pour pénétrer, soit une femme comme dans les films de lesbiennes, soit un homme comme dans les films SM. Certains modèles disposent d’un deuxième gode à l’intérieur, pour la femme qui pénètre. Pour les hommes, il existe une variante, le gode-manchon, qui s’enfile sur le sexe pour doubler son diamètre apparent, et, paraît-il, combler sa partenaire [[D’aucuns diront, pas forcément à tort, qu’ils n’ont pas besoin de ça.]].
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– Très à la mode en ce moment, les godes avec un petit zigouigoui pour le clitoris partent du principe que, puisque beaucoup de femmes ont besoin d’une stimulation clitoridienne pour atteindre le septième ciel [[Techniquement, toutes les femmes. Mais le cours d’anatomie du clitoris, c’est dans la salle du fond.]], autant la leur fournir. J’ai vu une pub pour un de ces modèles, à mourir de rire: Monique, 37 ans, mariée, trois enfants, déclare qu’elle avait 7 godes qui la satisfaisaient pleinement, mais qu’avec celui-ci, c’est le paradis. On y croit, surtout avec la photo de bombasse vingtenaire censée représenter ladite Monique…

Bref, au pays des godemichés, il y en a pour tout le monde. Les classiques, les variantes dont je viens de parler, les modèles plus fins pour l’anus ou encore ceux en forme de sexe de chien ou de poney… Les Japonaises ont même eu droit l’an dernier au sex-toy Hello Kitty!
_ Le tout est de ne pas se faire mal, de ne pas faire mal non plus au partenaire, et surtout, de respecter quelques règles d’hygiène. On ne range pas un gode sans l’avoir très soigneusement nettoyé. On ne prête pas son gode à sa copine sans lui faire promettre de mettre un préservatif dessus [[Si vous avez vraiment un doute, insistez pour être là quand elle l’utilisera…]]. Et ainsi de suite. Toutes les précautions sanitaires qui s’appliquent à un sexe s’appliquent aussi aux jouets sexuels. Pour le reste, place au plaisir.

Mais rassurez-vous, messieurs, tant qu’on n’aura pas inventé le gode qui fait des câlins et des bisous, votre place dans le lit et dans le cœur des femmes ne sera pas menacée!

ZOph Radioooooo…