Radiohead

« Yesterday I woke up sucking a lemon,
_ A lemoooon! »

Le titre de « plus grand groupe de rock anglais » est aussi convoité que souvent remis en jeu. Un observateur éclairé de cette compétition qui n’en est pas une disait un jour que Radiohead pourrait sans problème prétendre au titre, mais que cela ne les intéressait pas [[A noter que si certains estiment que Radiohead est le meilleur groupe de sa génération, d’autres pensent que c’est surtout le groupe le plus surestimé de sa génération. Pour info, je ne me range dans aucun des deux camps.]]. Le groupe de Thom Yorke préfère en effet rester un OVNI: Objet Versatile Nullement Inféodé.

La petite histoire et la grande Histoire

pablohoney.gifThom Yorke, Ed O’Brien, Phil Selway et les frères Jonny et Colin Greenwood ont usé leurs fonds de culotte sur les bancs de la même école d’Oxford, et même joué ensemble [[De la musique, bande de gnous! Evidemment, il ne s’agit pas de la cour de récré du collège!]] avant de se séparer pour suivre des études. C’est en 1991 qu’ils forment définitivement un groupe et décident de s’appeler Radiohead, d’après la chanson éponyme de Talking Heads [[Pour être tout à fait honnête, je trouve que c’est assez nul comme nom de groupe, mais à force, on s’y fait.]]. Des singles sont édités, puis un premier album, Pablo Honey, mais ces enregistrements ne rencontrent qu’un succès tout relatif.

thebends.gifLe public français découvre réellement Radiohead à l’occasion de la sortie du film Cyclo, dont la bande originale fait la part belle à Creep. La chanson, déjà vieille de cinq ans, passe alors sur toutes les radios et devient ce qu’on appelle couramment un « tube » [[A ne pas confondre avec les productions actuelles de la Star Ac’ et de la Nouvelle Star, bombardées « tubes » avant même leur arrivée dans les bacs des disquaires.]]. Par un heureux hasard de calendrier, OK Computer, le troisième album du groupe, sort peu de temps après… et se vend très bien.

okcomputer.gifCe que les gens ne savent pas encore, c’est qu’il est le dernier album de ce qu’on pourra appeler la première période de Radiohead. En effet, entre Pablo Honey, The Bends et OK Computer, il y a une certaine continuité dans l’évolution du groupe. Sur le premier album, le son est très brut, le groupe tourne à trois guitares et une basse, et on surprend parfois Thom Yorke à beugler un peu dans le micro. Le deuxième album conserve des bases similaires, mais en saturant beaucoup moins les guitares et en travaillant beaucoup plus le son. Le troisième album parachève cette évolution. Tout est maîtrisé, et le groupe se fend même d’une plage où une voix synthétique ânonne un texte à ne pas écouter quand on est déprimé.

Street Spirit (Fade out), la dernière chanson de l’album The Bends, est particulièrement emblématique de cette période: une intro devenue culte, un son extrêmement léché, mais toujours rock, toujours guitare. Cette ballade figure en bonne place parmi mes chansons préférées de tous les temps.

KidA.gifKid A, fin 2000, est considéré comme l’album le plus attendu de l’année. On nous promet un tournant dans le style du groupe, mais rien ne filtre avant la sortie de l’album, prévue un lundi.
_ C’est là qu’intervient un coup médiatique comparable à celui orchestré pour la sortie quasi simultanée de la Playstation 2 [[Et quelques années plus tard pour la parution de Harry Potter et l’Ordre du Phénix… Je tremble déjà pour le prince avec des particularités sanguines!]]: l’album est retiré des bacs quelques heures à peine après sa sortie, pour une sombre histoire de livret mal imprimé. Il ne sera disponible qu’à la fin de la semaine. Dans l’intervalle, je l’avais acheté en import UK, ce qui me permet d’affirmer, d’une part, que ce retrait des bacs était purement francophone [[Donc indépendant de la volonté du groupe. L’air de rien, ça me semble assez important.]], et d’autre part, que la pochette de l’édition anglaise est assez nettement différente de la version française.

Le tournant annoncé est d’ailleurs visible avant même d’avoir ouvert l’emballage: terminés, les boîtiers de CD traditionnels! A partir de maintenant, les albums de Radiohead seront présentés dans de jolis livrets aux formats toujours différents, avec des dessins, et pour Amnesiac, une fausse carte de médiathèque. Il paraît que c’est la stratégie choisie par le groupe pour inciter le public à acheter les albums au lieu de les télécharger. En tout cas, ça fait classe. Mais comme aucun de ces livrets ne rentre dans une étagère à CD traditionnelle, c’est le cauchemar du mélomane ordonné. Le Chaos, y’a que ça de vrai!

Quant à la musique, c’est encore une autre histoire. Thom Yorke a décidé du jour au lendemain qu’il ne voulait plus toucher à une guitare. Le son est donc résolument électro, les cordes étant assurées par le guitariste Jonny Greenwood qui a travaillé tout seul dans son coin. L’essentiel de la musique est maintenant porté par des synthétiseurs [[Que le chanteur semble prendre beaucoup de plaisir à manipuler sur scène, mais c’est une autre histoire.]], créant le même genre de claque sonore pour les fans que le jour où Metallica sortit son album Load où il n’y avait plus leur gros son métal [[Déjà bien entamé dans le Black Album, je sais. Mais depuis que j’ai entendu Nothing else matters en chant grégorien, je sais aussi qu’il y a pire au niveau massacre.]]. Sauf qu’au lieu d’évoluer, comme l’illustre groupe de bourrins, vers un style plus consensuel et plus proche des goûts préfabriqués du marché, Radiohead s’aventure dans l’inconnu, à la frontière entre le rock, l’électro-pop et la techno. Avec un bonheur tout relatif, puisque tandis que quelques critiques encensent l’album, les autres le conchient allègrement. Kid A y gagne la réputation d’être un album terriblement intello.

Cela dit, les thèmes abordés sont toujours plus ou moins les mêmes: il règne sur les paroles cette même mélancolie pré-apocalyptique qui baignait les deux albums précédents (Pablo Honey portait plus la pêche de la jeunesse). Le groupe s’est quand même fait plaisir avec une paire de chansons où la musique des mots prime sur leur sens, ce qui rend le tout joyeusement chaotique et totalement dénué de sens. On suce un citron le matin au réveil [Everything in its right place, la chanson sans laquelle je n’aurais jamais commis [la faute du citron…]] et on rit jusqu’à avoir la tête qui tombe.

amnesiac.gifCompte tenu du long intervalle entre OK Computer et Kid A, la sortie d’Amnesiac surprend un peu tout le monde. Ce cinquième album, sorti moins d’un an après le précédent [[La rumeur veut qu’il soit composé de chansons écrites pour Kid A, mais pas conservées dans la mouture finale.]], est dans la même lignée. On peut dire qu’il s’agit grosso modo de la même inspiration, mais traitée avec l’expérience venue de l’album d’avant. Son gros défaut, en fait, est qu’aucune chanson ne se distingue vraiment du lot. Il s’écoute comme un tout, presque comme un seul long morceau.

hailtothethief.gifTendance confirmée avec Hail to the Thief, le dernier album en date. Les guitares sont revenues en force, mais Radiohead reste dans le domaine de l’électro-rock. L’ambiance, toujours pessimiste, a quand même retrouvé un peu de l’agressivité des débuts. Dans la chanson éponyme, la musique est aussi énervée que les paroles, contrairement à ce qui se faisait dans The Bends et OK Computer, bâtis sur un contraste entre musique onirique et douce voix susurrant des horreurs. Rien de nouveau dans cet album un brin décevant. Juste la confirmation que le son actuel de Radiohead est assez unique, même si, sur certains morceaux, on peut faire le rapprochement avec d’autres groupes européens (typiquement, Muse).

La question qui se pose maintenant est: quelles surprises nous réserve le prochain album?
_ Mystère et boule de gomme.
_ Tout ce dont on peut être sûr, c’est que Radiohead se fiche bien du succès et des critiques. Ils font ce qu’ils aiment. Et dans le monde où nous vivons, c’est déjà pas mal.

Discographie

Albums
– Pablo Honey (1993)
– The Bends (1995)
– OK Computer (1997)
– Kid A (2000)
– Amnesiac (2001)
– Hail to the Thief (2003)
– In Rainbows (2007) (voir l’article dédié)

Live
– I might be wrong

Mini-albums (uniquement en import US ou Japon, inédits inside)
– Running from Demons
– How am I driving?
– et quelques autres…

Curiosités
– Strung out on OK Computer (l’album refait par un quatuor à cordes)
– Plastic Mutations (remix techno)
– Anyone can play Radiohead (hommage collectif)
– True Love Waits (Christopher O’Riley plays Radiohead)