Printemps pourri

Saloperie de printemps.

Et voilà : avec le retour de la belle saison, reviennent les ennuis et le pourrissage infâme des ondes radiophoniques par une série d’évènements douteux.

Non, je ne vais pas vous parler de la ferme des célébrités. Pour ce qui est de cette émission, je suis d’ailleurs surpris que les moustachus du terroir de la Confédération Paysanne ne manifestent aucune velléité contre ce travestissement grossier de la vie rurale. J’imagine qu’ils sont plus chauds pour bouffer de l’énarque Européen en costume Armani que de la pouf fausse blonde qui tapine pour TF1.

Non je ne voulais pas vous parler de la Ferme des Célébrités (mais c’est fait). Je veux parler de l’enchaînement infernal des mois de mai et juin. A peine le championnat de France de Foutcheballe terminé, on enchaîne avec la triplette maudite : Cannes, Rolland Garros et le Tour de France.

Ne cherchez plus : ce n’est pas la peine de regarder votre télé avant la mi août. déjà qu’en temps normal il vaut mieux s’en passer… Mais ces évènements pourrissent AUSSI les ondes des radios.

Cannes, c’est l’enfer : on va avoir droit à toute la vie privée des stars. A leurs révoltes gluantes à paillettes contre l’oppression des intellectuels Tchèques dans le canton suisse des Grisons (ou était-ce des Chinois à Shanghai, allez savoir). A leurs dernières tranches de vie pruvée (ou piblique) [[d’où l’expression « une catastrophe aux proportions pibliques]]. Cette année, on posera 823,657 fois au court d’interviews exclusives la question fatidique « vous allez voter oui ou non à la Constitution Européenne ». Peu importe que la moitié des stars soient américaines d’ailleurs. Et puis ce sera le palmarès. Avec la palme pour un film Cingalais sur la vie cruelle des enfants mineurs de fond transsexuels militants écologistes aveugles et hydrocéphales. Bien sur, c’est de l’art, et c’est beau. Un peu comme un film Coréen (il y en aura bien un pour avoir le prix spécial).

Et puis l’enfer continue dans la terre battue de Rolland Garros. Pendant des heures, on pourra entendre (et même voir) cet affreux bruit de balle qui rebondit dans un filet de cordes trop tendues. Ponctuée chez les hommes de geignements virils et décidés et chez les femmes de hurlements qui font hésiter entre Zara Whites en plein travail et l’accouchement de sextuplés sans péridurale. La seule chose sympathique dans Rolland Garros, c’est l’humiliation des Français. C’est fou d’ailleurs les bonnes raisons qu’on trouve de les plaindre, nos chers piou piou. Le paroxysme de la mauvaise foi nationale étant atteint pour le Tour de France, Rolland Garros est un bon entraînement pour la déconfiture crasse et les performances lamentables de joueurs tricolores spécialistes pour remporter les tournois internationaux en Ouzbekistan ou au Paraguay, mais incapables de gagner deux sets contre un gosse de 15 ans issu des qualifications dès qu’ils jouent at home.

Le paroxysme, c’est le tour de France. Oui, le vélo m’enmerde. Pourtant j’adore en faire. Mais à regarder, ça me saoule. C’est mon droit. D’ailleurs je ne regarde pas. Mais à la radio… Ah lala… C’est fou cette chape de plomb à propos du dopage et des performances. Les cyclistes vont encore pulvériser tous les records de vitesse cette année. Ils gravissent des côtes à 145% avec le sourire au lèvre, et quand ils ont enfin une goutte de sueur, elle est froide. C’est rai quoi : ils ont le droit d’angoisser, ces stars de la petite reine, qui ont peur que leur starlette cannoise récemment ramassée au Carlton ne les lâche pour un tennisman rencontré à Paris.
Cette année encore, ce sera un manchot cancéreux atteint de six maladies graves qui va remporter le Tour de France en explosant tous les temps des années précédentes, avant de dédier sa victoire à sa famille sans laquelle il ne serait rien. Bien sûr, son foie est plus contaminé que Bophal après l’explosion, et il y a plus de stéroïdes dans son petit doigt que dans tout un bataillon de Marines en Irak. Mais peu importe. Les journalistes sportifs seront encore capables, cette année, de nous bassiner sans s’étouffer pendant un mois avec « la beauté de la performance sportive » et « la force de la volonté ».

Alors voilà : pour tous nous sauver, j’ai une idée : j’aimerais qu’on filme des tennismen sur des vélos à Cannes. Le gagnant de la course à vélo sur la croisette serait en vedette que la jaquette du DVD qu’on en tirerai, et il gagnerait en outre une place dans la Ferme des Célébrités.

Welf, chroniqueur du dériDoire.