Le préservatif

Sortez vos cahiers, prenez vos crayons, aujourd’hui, nous allons parler utile. Le sujet du jour n’est autre que le geste qui sauve, la lueur d’espoir dans ce monde de brutes, l’accessoire indispensable de tout explorateur en quête d’aventures… [[En version audio, ce passage a pour musique de fond la Suite Sudarmoricaine d’Alan Stivell. Les mieux informés d’entre vous auront compris la raison de ce choix: cette chanson narre les mésaventures d’un jeune homme qui chope la vérole auprès d’une bergère inconnue. chose que le présent article doit logiquement permettre d’éviter.]]
_ Bref, le préservatif.

Histoire

Notre bonne vieille capote n’est pas si récente qu’on pourrait le croire, puisque des documents laissent à penser que des hommes prudents allaient voir les dames coiffés de bouts de viscères d’animaux, et ce, au moins aus alentours de 1500 ans avant Jésus-Christ. J’ai même vu un site qui parlait de -3000 dans la vallée du Nil. Après ça, il y en a encore qui se demandent pourquoi j’ai cette vénération pour l’Egypte antique.
_ Dès le Xème siècle, les Chinois trouvent une alternative au boyau, avec l’invention de la capote en papier de soie huilé. Mais en Europe, cette remarquable avancée technologique n’a pas vraiment d’écho. L’anatomiste italien Gabriele Fallopius, qui a donné son nom à un organe féminin, a pourtant travaillé sur le sujet, et fourni des préservatifs en toile à plus d’un millier d’hommes, dont aucun ne chopa la syphilis, le grand mal de l’époque [[Surnommé « mal napolitain » par les Français, et « mal français » par les Napolitains. Les cochonneries, c’est toujours chez les autres]]. L’ouvrage de Fallopius est publié en 1564, et pourtant, pendant longtemps, le boyau restera le matériau de référence. [[Un peu comme pour les cordages des raquettes de tennis… Mais je m’égare.]]

Le mot « condom » apparaît pour la première fois dans un poème écossais de 1706. Son origine n’est pas bien définie. S’égit-il d’un dérivé du latin contus? Du nom d’un médecin du roi Charles II? Quel rapport avec la ville de Condom, dans le Gers?
_ Quoi qu’il en soit, c’est au XIXème siècle, avec la vulcanisation du caoutchouc inventée en 1839, que l’on peut passer à la production massive de produits plus fiables et moins chers. Le réservoir apparaît au début du XXème siècle, et la marque Durex est déposée en 1929 par la London Rubber Company, juste avant la seconde révolution du préservatif.
_ Années 1930: l’utilisation du latex liquide permet d’automatiser complètement le processus. Ça, c’est de la révolution, de la vraie, un peu comme quand ZoC Radio forme des jedis à l’ancienne… Ahem.

Malgré tout, le préservatif n’a pas très bonne presse pendant encore longtemps. Symbole de débauche, sans doute. Il faut, malheureusement, que le sida déferle sur le mode pour que la publicité pour le préservatif soit enfin autorisée en France, en 1987. Je m’en souviens, j’y étais. D’ailleurs, à l’époque, je n’avais pas très bien compris ce que c’était que ce fameux truc qui protégeait de tout, même du ridicule.
_ C’est en 1994 que les allergiques au latex peuvent souffler à leur tour, avec l’invention du préservatif en polyuréthane. Malheureusement, encore aujourd’hui, il est plus cher et plus difficile à trouver que son homologue en latex.

Géographie

Pour ceux qui auraient roupillé dans le fond de la classe pendant les vingt dernières années, rappelons que le préservatif est un petit tuyau avec un réservoir au bout, qui se déroule sur le sexe en érection, afin d’éviter le contact direct entre les partenaires lors d’un rapport sexuel. Concrètement, il protège de la fécondation, du virus du sida, mais aussi de la syphilis, de la chlamydia, de l’herpès génital, et de tous les autres types de chtouilles qui peuvent traîner sur l’un ou l’autre partenaire.

Enfin ça, c’est la théorie.

En pratique, il y a les malchanceux et les pas doués, dont la capote éclate en plein rapport. Il y a ceux qui ne se retirent pas assez vite et qui doivent aller à la pêche pour récupérer la chose. Il y a les étourdis, qui oublient de lire la notice et qui utilisent un lubrifiant gras, ce qui rend le préservatif poreux comme un chat breton, et donc inutile. Gel lubrifiant à base d’eau, s’il vous plaît. Toujours. C’est vendu en supermarché, en plus, maintenant.
_ Et puis, il y a MacGyver. J’ai une copine qui jure ses grands dieux que son fils a été conçu alors qu’elle prenait la pilule et que son copain utilisait un préservatif. N’allez pas croire que je ne lui fais pas confiance, mais bon. C’est douteux, quand même.

Des préservatifs, il en existe aujourd’hui plein de modèles différents. La version standard existe en plusieurs épaisseurs, auxquelles il faut ajouter des options: couleur, texture, parfum. Alors le parfum, c’est un peu de l’esbroufe, aucun ester de synthèse ne pourra totalement couvrir l’odeur du latex et le goût du spermicide. Goût que je ne saurais décrire autrement que par ce mot: beurk.
_ Sinon, il y a l’Xtra Pleasure de chez Manix, qui est élargi au bout pour ne pas serrer le gland. Ses adeptes disent que c’est mieux pour les sensations, ses détracteurs rétorquent que ça fait sac plastique. Chacun ses goûts.
_ Sac plastique, justement. C’est l’expression qui revient le plus souvent chez les gens qui ont testé les préservatifs en polyuréthane [[A ne pas confondre avec Michael Jackson]]. Quelqu’un m’a dit: « Il m’en reste deux, je vais m’en servir comme panier-repas! »
_ Pour les petits rigolos, il existe des modèles avec des formes marrantes, des têtes de Mickey, ou des petits bitonniaux en caoutchouc coloré. Pas la peine d’aller dans un sex-shop, c’est vendu sur eBay [[Remarque d’une copine à propos du vendeur sur eBay: « Tiens, il précise que les objets sont neufs. Comme si on allait les acheter usagés. »]]. Très bien pour se marrer un coup, mais je n’ai encore trouvé personne qui poussait le vice jusqu’à s’en servir pour de bon.
_ J’allais oublier les capotes en grande taille, c’est important, même si je ne connais qu’un seul gars qui en utilise [[Après avoir envoyé le MP3 à Welf, j’ai reçu cette réponse: « Merci d’avoir pensé à moi. »
_ Lili, tu confirmes?]]. Non, je ne vous donnerai pas son numéro de téléphone. Pas la peine d’insister.

Pour les filles, un petit test rigolo à faire pendant les préliminaires: approchez-vous de l’oreille de votre partenaire, prenez une voix sensuelle et susurrez « préservatif ». S’il débande, dites-vous bien que ce n’est pas gagné. On peut croire que ça n’arrive qu’aux autres, mais mon équipe de choc m’a confirmé que ce n’était pas si rare, surtout chez les plus de 30 ans, semble-t-il. [[Je ne veux pas de remarques concernant l’âge de Nounours.]]
_ Mais beaucoup de femmes sont fâchées aussi avec la capote. Certaines parce qu’elles sont allergiques au latex, au lubrifiant ou au spermicide utilisé (le nonoxonol-9, une belle saloperie, apparemment). D’autres parce qu’elles ont eu des expériences traumatisantes, notamment une qui me racontait que son premier rapport avait eu lieu avec une capote orange fluo… Je compatis. Et puis d’autres, tout simplement, parce que la sensation leur déplaît.
_ Mais tout le monde tombe d’accord sur un point: le préservatif est parfois indispensable, alors on fait avec. Et pour prouver que tout le monde est d’accord, le mieux est encore de le mettre à quatre mains.

Détail technique: jetez la chose le plus tôt possible après usage. Se lever le matin et mettre le pied sur une capote usagée ou sur un emballage vide, c’est… comment dire… comme dans le Voyage de Chihiro, quand elle marche sur l’espèce de bestiole qu’avait avalée son camarade Haku… [[Traduction pour les réfractaires aux films de Miyazaki: c’est immonde.]]

Moralité

Vous pouvez poser les crayons. Mais attendez-vous à une interro surprise à votre prochain rapport sexuel. En attendant, vous pouvez réviser en lisant la notice de vos préservatifs, il y a des choses qui sont toujours bonnes à savoir. Et si vous avez une petite tête et que vous ne pouvez en retenir qu’une, que ce soit celle-ci: sortez couverts!