I, Ninja

De tous les genres du cinéma, le film de ninja est le seul où les nanars soient plus nombreux que les bons films ou même que les navets. Nous allons aujourd’hui tenter d’élucider les raisons de cet étrange état de fait.


Les bons films de ninja se comptent sur les doigts d’une seule main. Je n’exagère pas. En toute objectivité le genre du film de ninja n’est pas non plus pléthorique mais il s’agit là tout de même d’un phénomène unique.

Il faut dire que le genre ne partait déjà pas sur des bases très solides. Le premier film de ninja à avoir connu le succès populaire fut « Enter the Ninja » de la firme Cannon avec Franco Nero et Shô Kosugi. Il n’y a pas grand chose à en dire, c’est une série B plutôt correcte avec des combats d’un niveau honorable réglés par Kosugi lui-même. Les choses se gâtèrent très vite avec les suites qui furent données à ce film, « La Revanche du Ninja » et surtout « Ninja 3 : Domination », film d’une crétinerie abyssale sur un sabre ninja magique qui permet à l’esprit de son propriétaire décédé de posséder le corps de ceux qui posent la main dessus. La poursuite entre la police et un ninja qui ouvre le film est anthologique, tout comme les séances d’aérobic total années 80 qui parsèment l’histoire et qui sentent bon la sueur et le lycra moulant.

Parallèlement, d’autres films vont tenter de surfer sur le succès de ces pionniers, notamment la série des « American Ninja » avec Michael Dudikoff. Ce dernier n’a pas la quart du talent de Shô Kosugi et le patriotisme reaganien de rigueur à l’époque qui habite ces film les rendent plutôt ennuyeux à regarder, à l’exception de quelques éclairs de génie comme cette scène où Michael Dudikoff, ligoté, arrête une flèche avec ses dents avant de trucider trois ninjas à l’aide de ladite flèche. La série gagnera en nanardise avec le temps et à cet égard les derniers opus opus sont tout à fait regardables. Le délectable et semi-parodique « Nine Deaths of the Ninja » marquera la fin de l’ère du ninja dans le cinéma d’action américain.

Toutefois, le ninja regarde déjà vers d’autres horizons, vers sa patrie d’origine, l’Asie, et plus précisément Hong-Kong. Hong-Kong où un homme, à lui tout seul, va faire définitivement passer le ninja du statut d’assassin de l’ombre à celui de pauvre clown jouissivement ringard.

Cet homme, c’est Godfrey Ho.

Plus qu’une filmographie, un véritable casier judiciaire.
Voici un extrait bien mince de quelques films tournés par lui pendant sa période ninja :

-Ninja Terminator
-Ninja Thunderbolt
-Ninja Fury
-GoldenNinja Warrior
-Ninja ou Zombie
-Zombis vs Ninja
-Ninja : American Warrior
-Black Ninja
-Challenge the Ninja
-Diamond Ninja Force
-Bionic Ninja
-Ninja Destroyer
-Ninja Demon’s Massacre
-Ninja Connection
-NIA : Ninja In Action

Jusque là Godfrey Ho était un réalisateur de films d’arts martiaux assez minables et sans aucun intérêt, mais il va rencontrer sa muse, que dis-je, sa Destinée le jour ou le ninja va croiser sa route, autour de 1985. Voir un film de Godfrey Ho pour la première fois est une expérience aux frontières du réel. Il faut savoir en effet que Godfrey Ho ne tourne pas des films de ninjas, mais des bouts de film avec des ninjas incarnés par des acteurs occidentaux (pour l’exportation) qu’il greffe ensuite sur d’autre métrages locaux sans aucun rapport, généralement d’obscurs film hongkongais ou philippins. Il tente alors de créer une histoire cohérente en refaisant les doublages des deux films et en faisant communiquer les personnages d’un métrage à l’autre au moyen de coups de téléphone alambiqués et de champs/contre-champs surréalistes. Le résultat est une aberration filmique que les mots seuls peinent à décrire.
Tout cela serait déjà une raison suffisante pour découvrir ces oeuvres (encore que le terme d' »oeuvre » ne soit pas forcément approprié) si en plus Godfrey Ho n’était pas l’un des pires réalisateurs de la galaxie. Les ninjas chez lui ont la manie de s’habiller de couleurs psychédéliques, jaunes, rouge, bleu, voire même mauve à paillettes dans les cas les plus extrêmes, JE JURE SUR L’HONNEUR QUE JE NE L’INVENTE PAS ! C’est dans Ninja Squad.

La qualité est encore tirée vers le bas (et l’hilarité proportionnellement tirée vers le haut) par les acteurs occidentaux qui incarnent ces ninjas si chatoyants. Ils sont soit totalement démotivés (Richard Harrison), soit effroyablement mauvais (Bruce Baron),soit… autre chose, aux confins d’une médiocrité si extrême qu’elle touche au génie (Stuart Smith). Les scénarios qui recouvrent ces aberrations filmiques sont rigoureusement tous d’une connerie sans nom. Le sommet est atteint par Flic ou Ninja avec le désormais culte dialogue final entre le gentil et le méchant ninja censé expliquer toute cette histoire tordue et que vous pouvez écouter ici.
Le niveau ne s’améliore pas dans les rares cas où le film dans son entier aurait été tourné par Godfrey Ho. Une anecdote très parlante à cet égard, le film « Ninja ou Zombie » était tellement crétin qu’il a été vendu en Allemagne comme une comédie.

De 1985 à 1990, Godfrey Ho a réalisé plus de quarante films de ninjas dont la réputation calamiteuse a définitivement ancré le ninja dans l’imaginaire collectif comme un personnage comique et grotesque. C’est dans les années 90 que les ninjas connaîtront l’humiliation suprême en devenant les stars d’un dessin animé pour enfant racontant les aventures de tortues mutantes expertes en arts martiaux qui mangent des pizza et se battent régulièrement contre une espèce de blob accompagné d’un sous-Dark Vador.

L’Homme Puma

La Journée Mondiale du Ninjaa à Paris