Sherlock

À nous de vous faire préférer le train.

Ce n’est pas la légende qui le dit, mais les intéressés eux-mêmes: Sherlock est né dans le train. Plus précisément, dans le train de très tôt du matin, que Steven Moffat[[Que son nom soit onze fois béni.]] et Mark Gatiss prenaient pour aller travailler sur Doctor Who, la fameuse série britannique actuellement gérée par BBC Wales.
_ Au fil de leurs discussions, les deux scénaristes se sont rendu compte qu’ils aimaient tous les deux beaucoup Sherlock Holmes. Et avec l’aide de Sue Vertue, épouse de Steven Moffat et productrice, ils ont lancé ce chantier fou : une transposition moderne des aventures du détective.

Le pilote de 60 minutes proposé à la BBC a tellement séduit la chaîne que celle-ci a carrément commandé trois téléfilms de 90 minutes. Du coup, il a fallu retourner un premier épisode. Ce galop d’essai aura permis à l’équipe de prendre un peu de recul et de voir que ce qui marchait le mieux, c’était d’avoir un environnement vraiment moderne. Conséquence: une double dose de verre, d’acier, de SMS et de photos numériques.

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Les trois téléfilms reprennent de nombreux éléments des aventures d’origine, à commencer par Une étude en rose, le premier, qui est tout entier une transposition du roman Une étude en rouge. Les autres sont moins directement, mais tout aussi étroitement liés à l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle.

Sherlock, c’est donc Benedict Cumberbatch dans le rôle-titre, sans casquette à carreaux mais avec un très beau manteau[[Des fans ont identifié le modèle. Il coûte environ 1300 livres sterling.]], un teint blafard d’homme qui ne sort de chez lui que pour élucider des crimes, et des joues creuses qui ne surprennent personne quand on sait qu’il a transformé sa cuisine en laboratoire. Le personnage se revendique sociopathe mais a plutôt un comportement de type Asperger. Il joue toujours du violon, mais très mal. Et il envoie des SMS à la vitesse d’un TGV, quand il n’est pas trop occupé à réfléchir pour prendre son téléphone dans sa propre poche.
_ Le docteur Watson, quant à lui, est joué par le très charmant Martin Freeman, que vous avez sûrement vu dans H2G2, apprenant à ne jamais perdre sa serviette. Comme dans les bouquins de Conan Doyle, il a été rapatrié d’Afghanistan, et on va enfin savoir s’il a été blessé à la jambe ou au bras[[Les livres se contredisent à ce sujet, mais les scénaristes ont trouvé un moyen de rendre tout ça logique et cohérent.]]. Plus critique que les avatars habituels du bon docteur, ce Watson-là râle beaucoup, lutte pour que son colocataire garde les pieds sur terre et trouve à l’occasion des indices essentiels.
_ La société étant moins guindée qu’à l’époque victorienne, les deux hommes s’appellent par leur prénom (Sherlock et John, donc). Je n’ai pas vu la VF, mais il me semblerait logique qu’ils se tutoient. Et… plein de gens croient qu’ils sont en couple[[Hin hin hin.]].
_ Autour d’eux gravitent des versions remises au goût du jour de Mme Hudson, de l’inspecteur Lestrade, et bien sûr des rivaux et autres ennemis du détective.

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Détective consultant

Disons-le tout net : le gros intérêt de la série, outre le jeu d’acteur assez impeccable dans l’ensemble, c’est justement la facilité étonnante avec laquelle le monde du détective se coule dans le monde moderne.

Au lieu d’écrire des traités ou des mémoires, Sherlock a monté son site de « détective consultant » et John tient un blog. D’ailleurs, les deux existent vraiment.
_ Avertissement: les liens ci-dessous contiennent de gros spoilers[[Mais ils sont tout à fait délectables pour quiconque a déjà vu les épisodes.]]!
Le site de Sherlock Holmes
Le blog de John Watson

La montre de Watson est devenue un iPhone, la police scientifique est dans la place et déteste voir débarquer Sherlock (lequel refuse d’enfiler la combinaison règlementaire) sur les scènes de crimes, les gamins des rues sont remplacés par des SDF qui vendent des journaux… et pourtant, tout fonctionne. À aucun moment on ne bascule dans Les Experts: Londres. L’ambiance, quoique modernisée, reste celle d’une bonne vieille histoire de détective où les dons d’observation et de déduction de Holmes, seuls, font la différence.

Bref, pas de surprise : il y aura en 2011 trois nouveaux téléfilms sur les écrans[[Encore heureux, vu que la saison 2010 se termine sur un bon gros cliffhanger des familles!]].

La question qui reste, c’est: pourquoi autant de séries britanniques de qualité et si peu de séries françaises capables de tenir la comparaison?

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