Ma petite éditrice connaît bien la crise…

Les petits éditeurs, vous les croisez dans les divers salons du Livre [[Par exemple, festival Zone Franche de Bagneux, 7 et 8 mars 2009, salon du Livre de Paris, du 13 au 18 mars 2009 à la Porte de Versailles…]] mais très rarement dans votre FNUC ou votre Margin Gigastore. Leurs livres s’écoulent en général à quelques centaines d’exemplaires et ça suffit à leur bonheur. Le grand public, celui qui ne fréquente pas les salons littéraires, peut d’ailleurs ne jamais connaître leur existence et croire que l’édition française se limite à une quinzaine de grandes maisons (de Gallimard au Rocher en passant par Flammarion ou même Bragelonne).

On a pourtant en France un vivier très actif de petites structures qui font moins du business qu’un travail de passionnés, éditant à leur échelle la littérature qu’ils aiment et non pas celle qui correspond le plus aux tendances actuelles du cœur de cible [[Typiquement, chez le Navire en Pleine Ville, les bouquins jeunesse ne seront pas des aventures de jeunes sorciers fréquentant l’école de magie « parce que c’est ce que les gamins lisent en ce moment ».]].
_ Ils sont nombreux, les Malpertuis [[Coucou Bis!]], les Argemmios [[Coucou Beltane!]], Griffe d’Encre, Petit Caveau, Sombres Rets ou autres Mille Saisons (pour ne parler que de quelques éditeurs que je connais de près), qui aiment ce qu’ils font et font ce qu’ils aiment, quitte à ne pas rouler sur l’or.
_ On pourrait croire que tout cela n’est qu’anecdotique, que c’est une petite activité de passionnés en marge de la « grande » littérature blanche et que ces deux mondes ne s’interpénètrent pas et se gênent encore moins. On pourrait. Mais ce serait une erreur.

En effet, je n’ai pas de statistiques fiables en main, mais ce qui ressort des impressions partagées de pas mal de gens, c’est qu’à moins d’être le fils du patron, la petite copine de l’anthologiste ou la belle-sœur du directeur de collection, un « nouvel » auteur qui débarque dans le « grand » paysage littéraire français est presque toujours quelqu’un qui a fait ses armes chez les « petits » [[C’est la raison pour laquelle, quand je lis sur le site des éditions Octobre qu’ils ne cherchent pas de jeunes auteurs parce que c’est le rôle des grandes maisons de prendre des risques, ils devraient avoir raison, ce serait dans la logique des choses, mais dans les faits, ça me fait doucement rigoler.]].
_ Alors quand la crise économique fait fondre le budget loisirs des Français, quand l’achat de livres est un des premiers à en pâtir parce que tout le monde n’estime pas comme certains [[Dont un cheminot qui se reconnaîtra.]] que la lecture est un besoin vital, ce sont généralement les petits éditeurs qui trinquent. Parce qu’il faut aller à leur rencontre, parce qu’on ne voit pas leurs livres en tête de gondole dans les hypermarchés de la culture, parce que leurs lecteurs, quoi qu’on en pense, ne sont pas forcément ceux qui ont les plus hauts revenus. Mais à terme, s’ils ne sont pas à même de faire connaître ces écrits que certains gardent dans des tiroirs ou au fond d’un disque dur, on pourrait peut-être ne pas connaître certains écrivains géniaux et passer à côté de textes magnifiques.
_ Personne n’en mourrait. Mais ce serait dommage.

Bref, si vous êtes en manque de bonnes résolutions pour 2009, voici un défi pas très difficile à relever: avant la fin de l’année, achetez un livre d’un petit éditeur. Un truc qui vous plaît: BD, roman, recueil, anthologie, carnet de voyage, livre de cuisine, peu importe. Mais faites juste ce petit geste qui devrait vous coûter moins de 20 euros et qui multiplié par l’audience de ZoC Radio… euh…
_ Mais si, ça fera une différence. Il faut y croire très fort.

Oph
_ qui s’est encore fait jeter par un petit éditeur, mais qui continue à y croire, hein, faut pas désespérer, où est cet annuaire d’appels à textes déjà?