Okko

Japon, magie, mystère et baston se mêlent savamment dans un cocktail déconcertant mais savoureux, non dénué d’un certain humour. Si vous aimez le Japon ancien et que vous en avez assez des mangas et des BD historico-épiques, approchez.


Scénarisée et dessinée par le français Hub (qui a travaillé avec Besson sur le 5° élément), publiée chez Delcourt, la série Okko est composée de cycles binaires. Sont déjà parus : le cycle de l’eau (deux tomes, donc), et le cycle de la terre (même chose). Un graphisme étonnant et une histoire originale m’ont donné envie de vous faire découvrir cette BD prometteuse.

Si c'est pas la classe, quand même... de gauche à droite : Okko, Noshin, Tikku et Noburo

Un petit mot sur l’intrigue, d’abord. Le cadre, c’est le Japon, en l’an 1108 du calendrier officiel de l’empire du Pajan. Les guerres de clan font rage. Mais Okko, rônin sans maître, a laissé derrière lui les champs de bataille pour une mission plus dangereuse encore : il est chasseur de démons. Mercenaire, aidé de son fidèle Noburo, un géant quasi-invincible et masqué, et de Noshin, petit moine grassouillet et plaintif, il parcourt les chemins pour combattre les aberrations de la nature.

Okko, le Rônin sans maître

Noshin, le moine alcoolique, sait s’attirer l’aide des Kamis, sortes de génies de la nature dotés de grands pouvoirs. Noburo, lui, c’est la brute de service. Vaillant guerrier fidèle à son maître jusqu’à la mort (et au-delà), il semble relativement immortel (si vous me passez l’expression… vous comprendrez en lisant la BD). Okko règne sur cette petite équipe d’une main de fer. Le chef, c’est lui.

Le truc brillant, c'est un Kami.

La fine équipe sera complétée bien vite. Dans le Cycle de l’Eau, Tikku, un jeune garçon, supplie Okko de l’aider à retrouver sa sœur aînée, Petite Carpe, enlevée par des pirates. Il restera dans l’équipe, en tant qu’apprenti de Noshin et serviteur d’Okko, et c’est d’ailleurs lui, devenu vieux, qui fait office de narrateur. On verra aussi apparaître des femmes, en particulier dans le Cycle de la Terre, où Fauche-le-Vent la redoutable guerrière et une étrange femme samouraï se joindront à la bande le temps d’une enquête plutôt glauque sur un ordre de moines aux pouvoirs maléfiques.

Tikku, désormais âgé, se souvient de ses aventures de jeunesse

Nous voilà donc plongés dans un monde dur et cruel, teinté de magie, où il faut lutter pour survivre. Des climats extrêmes aux dangers terrifiants de la lutte contre le Mal, nos héros ont du souci à se faire. Heureusement que Noshin assure quand il peut la partie comique. Et, de façon plutôt surprenante, Noburo le vaillant guerrier fait lui aussi partie intégrante de l’humour de la série. Okko, lui, est tellement sérieux que finalement il est drôle aussi. Si bien qu’on se retrouve avec un scénario d’apparence extrêmement sombre et effrayante, mais traité de façon dédramatisée.

Klaatu Verata Nektu ?

Quant au traitement visuel, il est tout à fait intéressant également : très vertical, taillé à la serpe, avec une patte très repérable, il est tout en finesse et en contrastes. On sent la dureté des personnages dans le dessin (sauf pour Noshin, qui est l’antithèse de la dureté). Leurs visages et leurs vêtements sont travaillés, élaborés. Les paysages sont grandioses et souvent extrêmes : escarpés, enneigés, plantés d’arbres déchiquetés, et, pour les bâtiments, toujours un peu angoissants. Les intérieurs mettent tout de suite dans l’ambiance des divers lieux. De la bibliothèque au tripot, en passant par le monastère ou le palais, nous fréquentons grâce à Hub une grande variété de lieux qui posent bien le décor d’un Japon médiéval mi-réaliste, mi-fantasmé.
Les monstres sont très impressionnants d’originalité et de réalisme : ils savent toucher notre imaginaire. Ils sont brutaux. Ils font peur.

Les vampires japonais n'ont pas le sex appeal de Dracula...

Sans compter que ces dessins ne sont pas figés, loin de là : ils sont tout en souplesse, en mouvement. Des mouvements teintés d’arts martiaux pour les combats, des gestes plus quotidiens en abondance, une fluidité surprenante pour un dessin immobile. On s’y croirait. Et quand plus rien ne bouge, quand tout s’arrête, suspendu, on le sent tout de suite. Cette ficelle permet de faire monter la tension dramatique au bon moment. Les scènes d’action succèdent aux tableaux, presque photographiques, d’instants volés. Cela ajoute une certaine poésie à l’ensemble.

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La colorisation, quant à elle, est particulièrement réussie également. Des couleurs pastels au rouge profond du sang, on est entraîné dans un monde de nuances. Les couleurs sombres et les moments crépusculaires sont particulièrement réussis. La magie elle-même est en couleur : lumineuse, elle tranche sur les paysages nocturnes où l’auteur se plaît à la mettre en scène. Mais cette lumière est tantôt angoissante, tantôt juste impressionnante, et ses apparitions ne sont jamais anodines.

Noshin n'aime pas l'eau

Voilà donc une série très intéressante, tant pour son scénario que pour ses dessins. On rit, on se laisse prendre au suspense, on tremble pour les personnages, auxquels bien sûr on s’attache. Ceci dit, le héros éponyme, Okko, n’est ni vraiment attachant, ni très sympathique. Il a beau être le ciment du groupe, ce n’est pas pour lui qu’on se laisse prendre au jeu et qu’on attend la suite. Mais peut-être ce personnage sera-t-il plus creusé dans le cycle suivant ? Toujours est-il qu’on en redemande, de ce recueil d’estampes animées comme un film de kung-fu aux aspirations fantastiques.
Si vous cherchez quelque chose à lire au coin du feu cet hiver, cette BD s’y prête tout à fait.

Plus d’informations et de belles images sur le site des éditions Delcourt.