Les valises à l’aéroport

A l’approche des grandes vacances, les plus (friqués) chanceux d’entre vous vont sans doute se retrouver dans un avion, avec pour conséquence ultime la récupération des bagages sur un tapis roulant d’aéroport, une fois arrivés à la destination de vos rêves.

Notez que le cérémonial se répète une fois de retour dans votre pays de départ, avec cette fois une petite différence : à l’aller, vous aviez pris un soin particulier à plier correctement chaque vêtement, à faire des piles thématiques de sous-vêtements, de chemises et de bermudas à fleurs. Votre valise sentais bon la Soupline, fermait sans problèmes, et vous étiez fiers du résultat obtenu. Au retour, vous avez jeté avec fougue et hâte vos vêtements froissés, mélangeant sans complexe votre garde robe avec un peu de sable, de coquillages, d’aiguilles de pins, d’insectes divers, de tubes de crème solaire entamés et de cadeaux kitchs pour Belle Maman. Moins sérieux et surtout moins facile à fermer.

Après quelques heures occupées à vous faire assécher les sinus devant un mauvais film dans un avion bruyant, vient enfin le moment du tapis roulant. L’angoissant moment même. Car chaque touriste porte en lui un petit enfant angoissé qui pense que le Père Noël pourrait l’oublier au pied du sapin le 25 décembre. Chacun sait que les Compagnies Aériennes comptent dans leurs rangs des personnels fourbes et comploteurs, qui ourdissent en secret des plans destinés à martyriser VOS valises. A les perdre, à les endommager, à les renvoyer à Tamanrasset avec la complicité d’employés d’aéroport borgnes et difformes, officiant dans de noires caves peuplées d’appareillages mécaniques compliqués et inquiétants.

Pour survivre à ce moment de doute et d’anxiété que constitue la récupération des bagages à l’aéroport, voici quelques conseils de survie prodigués par tonton Welf. Ils sont le reflet de mon expérience parfois douloureuse, et bien entendu n’engagent que moi.

Première chose, pour faire diminuer l’angoisse légitime que représente (surtout à l’aller) la perte possible de vos valises, n’oubliez jamais de prendre avec vous, dans le bagage en cabine, de quoi vous changer une fois arrivés. Maillots de bain, appareils photo, documents de voyage, et une journée de vêtements confortables : voilà qui vous permettra de profiter de votre villégiature en cas d’égarement de vos valises.
Deuxième chose, le vif du sujet, la grande compétition de la vie, la lutte pour la survie des espèces, la guerre pour le tapis roulant. Le Mano à Mano devant la Samsonite. Ici, je serais sans détours :

Avant tout, vous n’êtes pas obligé de vous munir d’un chariot à bagages pour transporter vos valises à roulettes : elles ont des roulettes, et à ce titre, n’ont pas besoin d’un chariot de transport. Cela crée donc un corolaire fondamental dans mon raisonnement :

vous n’êtes pas obligés de vous agglutiner tous les uns contre les autres avec vos saloperies de chariots à bagages, au bord du tapis roulant, pour former un mur d’acier à roulettes impénétrable, véritable ligne Maginot du plagiste en short, qui empêche l’accès aux centaines de passagers qui vous suivent (et qui ont aussi une saloperie de chariot).
L’homme moderne est ainsi fait qu’il est généralement pourvu de deux bras et de deux jambes. Le poids des bagages en soute est limité à une cinquantaine de kilos, voire moins, à répartir le plus souvent en deux bagages.

La plupart d’entre vous sont largement capables de porter deux valises de 20 kilos sur quelques mètres, pour rejoindre s’il le faut vraiment un chariot à bagages. Oui, c’est fou, mais les plus récentes études américaines le prouvent : la plupart des gens en sont même capables pour sortir de chez eux et aller jusqu’à la voiture, sans utiliser de chariot d’aéroport entre leur chambre et leur porte d’entrée [[note : en principe, quand on cite une étude américaine, ça cloue le bec à n’importe qui]] !
Si vraiment vous estimez que vous ne pouvez pas vous passer du chariot à bagages pour quelques mètres, soit parce que vous êtes âgé, physiquement faible, muni d’un excédent de bagages sans roulettes ou que vous n’avez rien à carrer de ce que je raconte, voici quand même quelques conseils de savoir vivre, qui peuvent se résumer en une phrase :

Vous n’êtes absolument pas obligés de vous comporter comme un blaireau d’automobiliste sur la place de la Concorde à Paris !

Je veux dire par là que les coups de chariot dans les tibias et les mollets des autres participants à la foire d’empoigne ne sont pas l’ultime réponse à votre attente angoissée. Vous n’êtes donc pas forcés non plus de bourriner comme des cons pour tenter de pousser les chariots devant vous : à priori, les bagages sur le tapis n’avanceront pas plus vite, et vous ne contribuez qu’à emmêler entre eux les chariots.

Comme je l’ai dit plus haut, la plupart d’entre vous ont deux valises. Vous avez même deux mains. Il y a dans votre groupe un « homme fort » (ou une femme, peu importe) capable de porter deux valises sur quelques mètres.

Corolaire, là encore : vous n’êtes pas forcés d’attendre en famille, agglutinés avec vos enfants le nez devant le tapis roulant, avec deux chariots à bagages (un par valise, les enfants c’est joueur). Je comprends l’angoisse post-partum qui peut frapper un jeune parent à l’idée de se séparer de son (morveux) (mouflet) chérubin chéri pendant quelques minutes, mais n’oubliez pas que la plupart d’entre vous ont un conjoint, un petit frère, un cousin, ongle Gérard ou même tante Simone pour garder les mômes pendant cinq minutes.

Ca évitera d’encombrer de bras inutiles la zone d’attente des bagages, en même temps que cela diminuera substantiellement le risque que vos enfants se prennent un coup de chariot à bagages par un type qui ne lit pas ce que j’écris ou n’en a rien à faire.

Enfin, là, seul, sans chariot, face au tapis, entouré de vos camarades d’infortune eux aussi fatigués par le décalage horaire, pensez que vous êtes le citoyen d’un monde unique et formidable, et que vous n’êtes, à ce titre, pas du tout forcé de vous conduire comme un gros con d’égoïste.

Quand une petite dame d’environ 70 ans vous demande gentiment, d’un doigt tremblant et d’une voix usée « ma valise » en désignant un improbable sac en cuir qui a du accompagner Capa sur tous les champs de bataille de la Seconde Guerre Mondiale, et qui s’éloigne d’elle trop vite pour que ses maigres bras ne puissent s’en saisir, vous n’êtes pas du tout contraint de répondre « je la prend pas c’est pas la mienne ».

Véridique et entendu, pas plus tard que la semaine dernière, à la descente de l’avion en provenance de Pointe à Pitre via Fort de France. J’aurais volontiers aidé cette dame, mais j’étais coincé par un chariot à bagages piloté par un gosse qui venait de m’en mettre un coup dans les tibias.