Yodji

Comme tous les ans, Japan Expo est l’occasion pour de nombreux éditeurs de BD de sortir quelques nouveautés en exclusivité. A l’occasion de l’édition 2008, ZoC se propose de vous en faire découvrir trois, pas forcément les plus connues, mais qui valent sans aucun doute le déplacement.
_ Après Magical JanKen Pon, on reste dans la BD très fortement inspirée manga, puisque c’est au tour de Yodji d’avoir droit à une présentation personnalisée.


Kami, c’est la filiale manga (et beaucoup manhwa) des éditions Tournon-Carabas, connue par chez nous pour être l’éditeur de Sentaï School. Cette année, ils espèrent tirer profit de la mode de la BD française au format manga en lançant leur nouvelle collection Yômâ. Il s’agit donc de BD petit format en noir et blanc, avec quatre titres pour commencer:
Cassius, de Saïd Sassine
Lorkahn, de Digard&Richard et Tadjah
Yodji, de Noë et Nini
Magical JanKen Pon, de Philippe Cardona

Chez Yômâ, on ne pousse pas le vice jusqu’à faire travailler les auteurs dans le sens de lecture japonais (comme c’est le cas, par exemple, dans l’adaptation de Lanfeust au format manga) et c’est tant mieux.
_ En revanche, on reprend les codes des genres du manga. Yodji est donc un shônen, une série d’action lisible dès 10-12 ans mettant en scène un héros adolescent qui se découvre une grande destinée, ici dans un monde fantasy.

Noë et Nini sont un jeune couple dans la fourchette d’âge de 25-30 ans [[On n’en dira pas plus. Il paraît qu’on ne demande pas son âge à une dame, et du coup, pas à son compagnon non plus.]], tous deux dotés d’un joli coup de crayon et qui, s’ils ont déjà réalisé à quatre mains des illustrations pour le plaisir, présentent ici leur premier projet professionnel en commun. Noë a déjà publié chez Carabas Venezzia, où il officie au dessin et à la couleur. Nini, quant à elle, a plutôt une expérience d’illustratrice.
_ Pour Yodji, le scénario est écrit en commun, et en général, c’est Noë qui dessine et Nini qui encre. Mais pas toujours.

La couverture

Âgé de quatorze ans, le jeune Nata habite le paisible village de Tenno où il donne des représentations avec le théâtre de marionnettes hérité de son père. Mais son ambition ne s’arrête pas aux portes du village: il s’est bricolé un pantin de combat à l’aide duquel il espère bien briller au prochain Tournoi de Manipulation, l’exutoire imaginé par le pouvoir en place pour canaliser sans dommages collatéraux la rivalité légendaire entre les Télékans et les Mékans.

La différence entre les deux factions se voir au premier coup d’oeil: si les Mékans utilisent pour la manipulation des fils, poulies, ressorts et autres méthodes mécaniques, les Télékans n’ont besoin que de leurs pouvoirs magiques (merci Noë pour la précision). Nata lui-même est un Télékan. Tous les objets s’animent selon sa volonté… tous sauf Yodji, un lapin en peluche condamné à rester inerte loin de la scène du théâtre de marionnettes.
_ Et puis un jour, Yodji s’anime sous l’effet de ce qui semble être une volonté propre. C’est à partir de ce moment que l’aventure commence vraiment pour Nata.

Un bout de planche, avec ses décors de conte de fées

Yodji allie une trame très classique pour un shônen (un garçon plein d’ambition avec un don rare + un tournoi permettant d’affronter des adversaires de plus en plus forts [[Pensez Dragon Ball, Yuyu Hakusho, Naruto…]]) à un cadre issu d’un imaginaire très européen (les décors semblent tout droit sortis d’un conte des frères Grimm). Le personnage de Nata n’est pas trop transparent et reste assez crédible dans ses motivations: bridé dans l’utilisation de ses pouvoirs par la mamie de choc qui s’occupe de lui, il rêve, comme n’importe quel garçon de son âge, de pouvoir enfin se lâcher et prouver à tous qu’il est le meilleur.
_ Quant au dessin, on sait déjà à la base que Noë comme Nini ne sont pas manchots. Pour l’occasion, ils ont mâtiné leur trait d’une patte manga marquée, dans laquelle on reconnaîtra notamment l’influence d’Akira Toriyama (Dragon Ball) et celle d’Eiichirô Oda (One Piece). Et le résultat se tient plutôt bien. Le character design, notamment, est très réussi pour pas mal de personnages.

Bref, je crois qu’on tient là un beau spécimen de « manga français » de qualité.

Avis après lecture complète

Rien à dire, c’est un vrai bon petit shônen. Bémol: les quelques éléments où l’auteur rappelle qu’on est dans une BD (procédé couramment utilisé, par exemple, par Mitsuru Adachi) sont amenés avec de trop gros sabots à mon goût. Mais ils sont peu nombreux et je pense que le public visé ne boudera pas son plaisir.

Oph