Magical JanKen Pon

Comme tous les ans, Japan Expo est l’occasion pour de nombreux éditeurs de BD de sortir quelques nouveautés en exclusivité. A l’occasion de l’édition 2008, ZoC se propose de vous en faire découvrir trois, pas forcément les plus connues, mais qui valent sans aucun doute le déplacement.
_ A tout seigneur tout honneur, le premier titre dont il sera question est Magical JanKen Pon, un projet personnel de Philippe Cardona, mon ami de trente ans [[Ceci n’est pas tout à fait une blague: Philippe a vraiment eu trente ans cette année.]], qui lui tenait à cOEur depuis déjà un certain temps et qui voit le jour chez Kami.


Kami, c’est la filiale manga (et beaucoup manhwa) des éditions Tournon-Carabas, connue par chez nous pour être l’éditeur de Sentaï School. Cette année, ils espèrent tirer profit de la mode de la BD française au format manga en lançant leur nouvelle collection Yômâ. Il s’agit donc de BD petit format en noir et blanc, avec quatre titres pour commencer:
Cassius, de Saïd Sassine
Lorkahn, de Digard&Richard et Tadjah
Yodji, de Noë et Nini
Magical JanKen Pon, de Philippe Cardona

Chez Yômâ, on ne pousse pas le vice jusqu’à faire travailler les auteurs dans le sens de lecture japonais (comme c’est le cas, par exemple, dans l’adaptation de Lanfeust au format manga) et c’est tant mieux.
_ En revanche, on reprend les codes des genres du manga. Magical JanKen Pon (MJKP pour abréger) est donc un shônen, une série d’action lisible dès 10-12 ans [[Ce qui ne la rend pas pour autant sans intérêt pour des adultes, sinon je ne m’embêterais pas à écrire ceci.]] mettant en scène un héros adolescent qui se découvre une grande destinée.

La couverture (la résolution est toute pourrie, mais c'est fait exprès)

Quelque part dans le sud de la France…
_ Élève de troisième dans la belle ville de Port-Veyre, Pol est un garçon solitaire, affligé d’une intolérance au soleil particulièrement handicapante en milieu méditerranéen et donc cible facile pour les petits caïds de sa classe. Il habite une immense maison vide, seul avec son père qui n’est déjà pas Jo le Rigolo à la base et qui, en plus, se montre particulièrement froid avec lui, officiellement parce qu’il ressemble trop à sa défunte mère [[Excuse pourrie s’il en est, d’autant qu’il refuse de parler d’elle à son fils alors qu’il semble par ailleurs vénérer sa mémoire.]].
_ Bref, il est clair dès ce postulat de départ que le paternel a quelque chose à cacher.

Arrive Caroline, surnommée « Carotte » à cause de sa chevelure flamboyante, et plus rien n’est comme avant. À la surprise générale, cette nouvelle élève curieuse, volontaire et bien dans ses baskets se prend d’amitié pour le jeune tristounet. C’est grâce à Carotte que Pol s’ouvre (un peu) au monde, puis découvre que sa mère était en fait une super-héroïne. Mais c’est aussi Carotte qui provoque un incident à la suite duquel des super-méchants se retrouvent lâchés dans la ville. Voilà Pol obligé de reprendre le matériel de sa mère pour sauver la Terre et son unique amie.

Je pense que j’en ai assez dit sur le pitch, bien que le résumé officiel soit plus détaillé. Le premier chapitre est disponible en basse résolution sur Actu Manga pour se faire une idée, mais j’ai la chance d’avoir eu droit à une séance de conte par l’auteur, avec comme support les originaux de tout le tome 1 et d’une partie du tome 2. Je peux donc en dire un poil plus sur l’ensemble du premier volume.

Retrouver ça, ça motive pour sauver la Terre (crayonné perso de l'auteur)

Le goût assumé de Philippe Cardona pour les super-héros, qui n’est plus à prouver depuis qu’avec sa complice Florence Torta, il a tourné le genre en dérision dans Sentaï School, trouve ici un autre terrain d’expression. Dans MJKP, moins de second degré et d’humour, plus d’action et de réalisme. Les personnages sont caricaturaux (shônen oblige) mais profondément humains, la situation ancrée dans un réel bien français malgré le format manga, et on s’attache vraiment à ce Pol qui doit s’improviser super-héros alors qu’il n’est même pas sportif. Les influences japonaises et américaines qui définissent le genre sont à mon sens parfaitement digérées, et le résultat est à la hauteur de l’ambition qu’avait l’auteur de créer un héros en costume qui ne ressemble pas à une resucée d’autre chose.
_ Graphiquement, c’est à la fois lisible et super fouillé, un boulot de perfectionniste psychopathe (ceci étant dit en toute amitié). Le costume du héros, relativement simple et inspiré par Wingman et Zetman, est presque la partie la moins intéressante, du coup.

Bref, bien que je connaisse l’histoire jusqu’à un stade assez avancé, j’attends avec impatience d’avoir le volume relié dans les mains.
_ Pour vous l’offrir avant tout le monde, filez sur le stand Kami à partir du 3 juillet à midi. Si vous êtes moins pressé, il devrait sortir en librairies quelques jours plus tard.

Oph