Silver Lining, The Inner Dragon

C’est pour deux euros, dans le bac à soldes d’un temple de la consommation culturelle, que je me suis procuré cet album à la pochette engageante représentant un diorama avec dragon et farfadet. D’un premier examen, il est ressorti que contrairement aux apparences, Silver Lining est un groupe français, et même lyonnais, et que la galette est sortie en 2004 sur le label lorrain Musea, spécialisé dans les petites productions « hors des modes ». D’une première écoute, il est ressorti que le contenu était quelque peu déconcertant, car totalement atypique. The Inner Dragon est une histoire fantastique plus qu’un album au sens classique du terme.


J’ai compris que je n’avais pas affaire à un groupe de métalleux en voyant les photos dans le livret: aucun chanteur de metal ne ressemble à tonton Jean-Michel [[Mon oncle batteur que je salue au passage. Bonjour tonton!]]. Mais pour autant, je n’ai pas été déçue du voyage. Parce qu’en dépit d’une allure qui évoque plus la musette que la guitare saturée, Silver Lining se définit sur son site comme un groupe de rock progressif. Autant dire que ça ne rigole pas.
_ The Inner Dragon nous conte sur douze plages l’histoire du farfadet Florrow, devenu un héros après avoir vaincu un dragon qui, pour ce qu’on en comprend, n’était autre que sa propre haine. Et quand je dis « conte », je ne plaisante pas: les voix se partagent à peu près à 50/50 entre le chant et la narration. Comme tout est en anglais et que le monsieur a un accent français assez prononcé, c’est d’ailleurs plutôt amusant (rappelons que le chant a tendance à lisser les accents, cf. Céline Dion [[Encore que. Même quand il chante, le monsieur a un accent audible.]]).
_ La morale de l’histoire: « Beware of all dragons, especially the one sleeping in you. »

D’un point de vue musical, le son de type rock symphonique, avec violon et piano, s’accorde bien avec le message. Ceux qui étaient au concert de Loreena McKennitt en 2007 au Grand Rex se souviennent sans doute que lors d’un duel entre un violon et une guitare électrique, le plus mange-tympans des deux n’est pas forcément celui qu’on croit. Chez Silver Lining aussi, il y a de grands moments quand les deux partent ensemble dans des envolées endiablées sur fond de grosse ligne de basse, mais le rythme reste en général assez posé, de même que la voix du narrateur. La structure typique d’un morceau alterne du parlé, du chanté et de longs moments d’instrumental. Il y a dans tout cela un côté « folk-rock », voire « folk-metal », indéniable. Mais l’adjectif qui correspond le mieux à l’album est sans doute « onirique ». Quand on se plonge dedans, on a l’impression de voyager dans le monde du petit peuple sur les ailes des solos de violon et des nappes de synthé. Ça s’écoute comme un rêve, c’est magique.

On est quand même tenté de regretter un aspect un peu mou du genou par moments. En état, l’album a le cul entre deux chaises au niveau du style, comme si les musiciens avaient une grosse envie de se lâcher mais faisaient tout leur possible pour se retenir [[Sans mauvais jeu de mots, merci.]], parce que bon, on n’est pas des métalleux, quand même. Ça déchire, sans aucun doute. Mais peut-être pas assez. Un peu plus de pêche, une batterie plus « tacatac », auraient le mérite de clarifier les choses et de renforcer les émotions que l’on ressent à l’écoute. C’est du moins mon avis, sans doute biaisé par le fait que je me biberonne à Dragonland et consorts depuis des mois.

Pour résumer et malgré cette réserve qui n’engage que moi, si vous dénichez cet album au hasard d’un tour chez votre disquaire, sachez qu’il est certifié « y’a bon » par Oph. Surtout s’il est à deux euros, auquel cas on n’hésite pas une seconde, on fonce.
_ Si vous ne le trouvez pas en soldes, il est en vente pour 12 euros sur le site officiel de Silver Lining.
_ Et pour vous faire votre propre idée, écoutez le petit montage joint à cet article.

Oph,
_ aventurière du bac à soldes

100 secondes de Silver Lining