Battlestar Galactica

Si vous êtes fan de science-fiction, geek, ou les deux, vous ne pouvez pas ne pas savoir que Battlestar Galactica déchaîne les foules. Non pas la série TV de 1978 avec Richard Hatch et Dirk Benedict, qui comptait parmi ses producteurs le génial Don Bellisario également responsable de Magnum, JAG ou encore NCIS, mais bien son remake dont la minisérie pilote a conquis le public français lors de sa diffusion sur M6. Et ça change tout. Parce qu’à part le pitch et les personnages, il n’y a rien à voir entre les deux séries. Ce qui prouve bien, au passage, qu’un pitch et des personnages, quoi qu’on en pense, ça ne fait pas tout.

Galactica 1978

Depuis les années 60, le dénommé Glen A. Larson avait envie de produire une série de science-fiction narrant les aventures d’une poignée de survivants qui recherchaient une terre d’accueil suite à la destruction de leur monde, recréant une sorte d’arche de Noé dans l’espace. Succès de la Guerre des Etoiles aidant, c’est finalement en 1978 que sont diffusés les premiers épisodes de la série, qui connaît une seule saison à cause d’un succès mitigé, mais qui deviendra culte avec les années.

Le pitch est le suivant:
_ Le peuple de Kobol vivait sur douze colonies (douze planètes dont les noms évoquent les douze signes du Zodiaque) jusqu’à ce que les Cylons, des robots créés par une autre race aujourd’hui éteinte, détruisent leurs mondes. Quelques survivants, réunis dans une flotte de vaisseaux spatiaux menée par le Galactica, le seul vaisseau de guerre restant, se mettent alors en quête de la treizième colonie (la Terre), qui n’est mentionnée que dans des textes très anciens dont on ignore s’ils sont historiques ou mythiques.

Sous les ordres du commandant Adama, deux pilotes d’élite se disputent le rôle de jeune premier: Apollo (le fils d’Adama, joué par le ténébreux Richard Hatch) et Starbuck (dragueur et indiscipliné, joué par le presque blond Dirk Benedict [[Acteur que nous connaissons en France avant tout pour son rôle de Face en VO/Futé en VF dans L’Agence tous risques.]]). Autour d’eux gravitent des personnages importants comme le colonel Tigh, le président Adar, le pilote Boomer, et le méchant professeur Baltar qui a décidé d’aider les Cylons à finir ce qu’ils ont commencé en tuant ses semblables.
_ Le tout dans une esthétique qui rappelle à la fois Star Wars, pour le brun, le beige et les pistolets laser, et les Indiens d’Amérique pour le rapport au spirituel, les colliers et les franges. Un moyen imparable de se démarquer de Star Trek et de ses costumes en velours rouge, jaune ou bleu. Et aussi, rétrospectivement, d’avoir un petit parfum de flower power qui rattache immanquablement Battlestar Galactica aux années 1970.

Ca va, l'ordinateur n'a pas trop mal vieilli en trente ans...

On passera sur Galactica 1980, une tentative de suite qui posait quelques problèmes de continuité et fut un fiasco total en termes d’audience.

Galactica 2003

On prend presque les mêmes (Glen A. Larson compris) et on recommence avec une minisérie au format sensiblement identique à celui du pilote de la série originale.

Le pitch est le suivant:
_ Le peuple de Kobol vivait sur douze colonies (douze planètes dont les noms évoquent les douze signes du Zodiaque) jusqu’à ce que les Cylons, des robots qu’ils ont eux-même créés et qui se sont retournés contre eux, détruisent leurs mondes. Quelques survivants, réunis dans une flotte de vaisseaux spatiaux menée par le Galactica, le seul vaisseau de guerre restant, se mettent alors en quête de la treizième colonie (la Terre), qui n’est mentionnée que dans des textes très anciens dont on ignore s’ils sont historiques ou mythiques.

La différence avec l’original est subtile, mais elle donne une dimension quasi biblique à l’histoire en rendant les hommes victimes de leur propre folie.

On retrouve dans cette mouture divers éléments de l’original (son générique repris comme hymne national des colonies, les vieux Cylons aperçus dans un musée…), ainsi que les personnages d’Adama, Apollo, Starbuck, Tigh et Boomer (le président Adar meurt presque dès le début, remplacé au pied levé par sa ministre de l’Education, Laura Roslin), et pourtant, tous ceux qui pensaient voir un remake de la série originale prennent une grande claque: ça n’a rien à voir avec le Galactica de 1978.

Tout d’abord, parce que le parti-pris esthétique n’a plus rien à voir: les colonies de Kobol sont montrées comme aussi proches que possible de la Terre des années 2000, les messieurs portent des costards gris, les dames des tailleurs, les armes tirent des balles et non plus des lasers. Et aussi, parce que des personnages d’origine, à part les noms, la nouvelle série n’a pas gardé grand-chose.

Comparatif rapide sur six personnages

Un changement de sexe pour Starbuck [[Dirk Benedict, l’interprète original du rôle, a d’ailleurs craché tout le venin qu’il a pu sur ce choix, estimant que ce n’était pas à une femme de fumer le cigare, picoler, jouer aux cartes et draguer, activités caractéristiques de Starbuck.]] et Boomer, un changement de couleur et de caractère pour Tigh, Apollo qui n’a plus rien de ténébreux [[La plastique de l’acteur Jamie Bamber est en revanche à la hauteur du surnom emprunté au dieu grec: musculature avantageuse, visage régulier, yeux clairs.]], Baltar qui de génie du mal devient un geek schizophrène à cheveux gras, même pas méchant (mais à l’accent anglais absolument délicieux)… Il n’y a qu’Adama qui reste plus ou moins fidèle au personnage original. Edward James Olmos, vétéran de Hollywood nominé pour l’Oscar du meilleur acteur en 1988 [[Pas de pot, il y avait Dustin Hoffman dans Rain Man en face…]], joue avec une justesse remarquable ce rôle qui est la pierre angulaire du casting.
_ Mais le véritable coup de génie de la nouvelle mouture de Galactica consiste à rendre les Cylons encore plus imbattables que ceux de la série originale, en imaginant que dans leurs propres labos, ils ont mis au point des agents biomécaniques qui sont des copies parfaites d’humains. Quand lesdits humains s’en rendent compte, c’est la panique: n’importe qui peut être un Cylon infiltré. Heureusement, il n’y a que douze modèles différents, dont le fameux numéro 6 qui a fait fantasmer des générations de geeks (enfin, peut-être pas encore des générations, mais ça viendra, on n’en doute pas).

Et pour bien faire comprendre qu’il y aura sans doute une suite, le dernier plan nous révèle l’identité d’un des Cylons embarqués à bord, et là, pour les habitués de Galactica 1978, la surprise est de taille…

Galactica 2004

Devant le succès de la minisérie, la production d’une vraie série est lancée dans la foulée. On y suit l’exode de la flotte à la recherche de la treizième colonie, en compagnie des personnages principaux qui ont tous rempilé. Prévoyante, la production avait fait signer aux acteurs un contrat dans lequel ils s’engageaient à revenir si on les rappelait!
_ Une galerie de personnages secondaires vient étoffer le casting récurrent [[La plupart figuraient déjà dans le pilote.]]: du personnel de centre de contrôle (Gaeta, Dualla), des pilotes (Hot Dog [[Pour l’anecdote, le rôle de Hot Dog est interprété par Bodie Olmos, le vrai fils d’Edward James Olmos.]], Kat, Racetrack, Helo), des mécanos (Tyrol, Cally, Socinus), des civils (Billy, Elosha, Ellen) et un toubib de choc, le médecin militaire dans toute sa splendeur (Cottle). Sans compter Richard Hatch, l’interprète original d’Apollo, qui s’est vu proposer le rôle de Tom Zarek, le gars pas clair par excellence. Initialement sceptique, l’acteur se fait visiblement plaisir [[Il avoue volontiers qu’ayant joué essentiellement dans des soaps pendant vingt ans, il commençait à se lasser du métier d’acteur, et que ce rôle est tombé à point nommé pour le sauver de l’ennui.]] avec ce personnage qui, comme par hasard, est souvent en conflit avec Apollo.
_ Tous ces personnages ont une épaisseur et une vraie personnalité, aucun ne saurait se réduire à un archétype, et aucun n’est à l’abri de la mort. Du coup, on tremble pour eux quand ils sont en danger.

Il n’y a pas une once de second degré dans la nouvelle série qui privilégie une approche réaliste de ce qu’on peut vivre quand on est cinquante mille survivants en quête d’un refuge et qu’on sait qu’on a sans doute une demi-douzaine d’ennemis infiltrés dans la flotte: le stress permanent, la fatigue, le nécessaire rationnement quand on ne sait pas si on tombera prochainement sur une planète où trouver des ressources, le désespoir qui gagne aussi bien les civils que les militaires, et aussi la tendance très pardonnable à se tourner vers la religion quand tout le reste fout le camp.

Parlons-en, tiens, de religion.
_ Les Kobols sont polythéistes. Ce n’est sans doute pas un hasard si leur panthéon rappelle fortement celui de la Grèce antique (on mentionne au moins Zeus, Apollon et Athéna), bien que les figurines utilisées pour prier n’aient rien de grec dans leur forme. Le rôle de la religion est plus ou moins le même que dans notre monde moderne: importante en privé pour pas mal de monde, mais invoquée en public seulement par certains. La présidente Laura Roslin est elle-même croyante et se trouve en cours de route une vocation de Messie qui déplaît souverainement à Adama. Polythéiste aussi, la chanson du générique, que plusieurs sources identifient comme étant une prière hindoue (et par rapport à mon expérience des prières chantées hindoues, ça correspond tout à fait).
_ Là où les choses deviennent intéressantes, c’est que les Cylons aussi sont croyants. Eux, en revanche, croient en un Dieu unique, qui aime tous ses enfants sans distinction ou presque (il a quand même désigné les Cylons pour être son peuple élu et leur a ordonné de croître et de se multiplier). Toute ressemblance avec des monothéismes terriens a de fortes chances de ne pas être fortuite.

Entre ça et la consternation qui ne peut que saisir le spectateur devant les humains qui, même réduits en nombre et menacés d’extinction, trouvent encore le moyen de se tirer dans les pattes, on en arrive parfois à se demander où sont les bons et où sont les méchants là-dedans. Certains estiment que le flou d’identification qui en résulte est une faiblesse scénaristique, mais je pense au contraire que c’est original et courageux. On en vient à oublier la nature mécanique des Cylons et à regarder le conflit comme une guerre entre deux peuples.

L'évolution des Cylons

La cohérence et la profondeur de l’ensemble sont d’autant plus remarquables que contrairement à une série comme Babylon 5, Battlestar Galactica n’est pas pré-écrite. L’écriture n’a que quelques épisodes d’avance sur la production. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le tournage de la quatrième et dernière saison [[Dernière? Oui, mais un spin-off en forme de préquelle est envisagé de plus en plus sérieusement.]] est actuellement en hiatus, mis sur la touche par la grève des scénaristes.
_ Espérons que ce conflit n’empêchera pas la série de se terminer proprement, elle le mérite. Et pas seulement à cause du numéro 6.

Galactic Oph,
_ qui n’a pas encore tout vu et s’est donné beaucoup de mal pour recouper ses sources sans se spoiler.