Post-Mortem Pacific !!!

A l’occasion de l’émission spéciale Zombies, voici ma contribution. Je vous présente un de mes coups de cOEur de 2007, une BD inclassable et surprenante dont j’attends le tome deux avec… voracité.


Écrit et dessiné par Emmanuel Nhieu, colorisé par Florence Torta, Post-Mortem Pacific !!! (très important le « !!! ») est une étrangeté publiée chez Soleil dans la collection Soleil Levant. Et, contrairement à bien des BD de chez Soleil, ici, pas (trop) de couleurs criardes, et pas d’héroïnes dénudées portant de grosses épées. D’ailleurs, il n’y a pas d’héroïne du tout, tout juste des filles en second rôle, si on excepte Justine qui ouvre et ferme le tome. Ce tome, premier on l’espère d’une série plus conséquente, s’appelle « Épidémie ». Selon le quatrième de couverture, les héros sont : « le plus flegmatique des chaman-exorcistes [et] le plus possédé des gars du Tennessee ». Une fine équipe à qui il va arriver bien des aventures.

De la magie et du sumo...

L’histoire, donc, est un brin compliquée. Mais ça nous change de « youpi sauvons le monde avec nos pouvoirs qu’on vient de découvrir ! ». Comment dire… l’ambiance serait plutôt orientée western (aha, jeu de mot vaseux… pardon…) avec des winchesters, des saloons, des banques, des cabarets, des trains à détourner, et tout le toutim. D’ailleurs l’histoire semble se passer dans le Tennessee à la fin de la Guerre de Sécession. Oui mais voilà : il y a également de la magie, des robots géants, et surtout des zombies dont on n’a pas la moindre idée de la provenance. Pour résumer en ne conservant que l’histoire la plus simple et la plus développée, nous dirons que nos deux héros sont engagés par un type bizarre pour voler l’or qu’un confédéré en fuite compte faire voyager dans un train blindé.

De l'or...

Nos héros vont donc devoir déployer ruse, séduction, poison, déguisements, ingéniosité, mensonge et violence pour arriver à leurs fins. Oui mais voilà : entre eux et le trésor, il y a des filles superbes, des brutes épaisses, des canailles et des zombies. Ça promet. Vous êtes perdu ? Vous avez le tournis ? Prenez donc un bon vieux remède de grand mère… (oui, y en a aussi)
J’ai oublié de mentionner les petites histoires annexes dont on ne sait pas grand-chose sinon qu’elles vont sûrement avoir du sens pour les événements à venir : une jeune fille agressée dans une ruelle, une maison monstrueuse, une histoire d’amour éphémère… Bref, beaucoup, beaucoup d’ingrédients. Mais la recette fonctionne. On attend d’ailleurs le prochain tome avec appétit, pour savoir ce qui va finalement arriver à nos héros.

Des zombies bien dégueu...

Vous l’aurez compris, le style scénaristique de cette BD me plaît. De l’humour, du suspense, des énigmes, de l’aventure, beaucoup d’ingrédients indispensables pour ne pas s’ennuyer en lisant. Les héros ont leur petit caractère, et ce duo « le grand et le petit », qui pourrait sembler rebattu, fonctionne en fait assez bien. Surtout quand c’est le grand qui fait le comique des deux. Des tas de personnages secondaires croisés au fil des pages prennent peu à peu leur rôle, et même s’il est encore difficile, après un seul tome, d’en mesurer pleinement les conséquences, c’est tout de même compréhensible. Les mobiles d’action de chacun ne sont pas forcément évidents, mais on devrait en savoir plus dans la suite. Les zombies ne disent pas « cerveauuuu ! » mais sont tout à fait convaincants tout de même, dans leur silence. Une meute grouillante aux yeux rouges, particulièrement oppressante.

Comment ça pas frais mon zombie ?

Le dessin, maintenant. Nhieu a un trait bien à lui, entre la BD et les comics, mais très propret. Oui, des zombies proprets, c’est bizarre… mais ça a son charme ! Les expressions et la gestuelle des personnages sont très marquées, et le trait est mobile, ce qui permet d’avoir une constante impression de mouvements et d’action. Bien sûr, comme toujours chez Soleil, c’est un dessin net, sans bavures et aux contours bien encrés qui a été privilégié. Un peu trop policé. Mais on peut tout de même noter que le style de l’auteur est reconnaissable, c’est déjà bien. Question couleurs, les couleurs vives et nettes appliquées uniformément alternent avec une ambiance plus « sépia »et à mon avis plus intéressante. C’est-à-dire que, sans réussir à atteindre une originalité artistique flagrante, l’ensemble est honnête. J’avoue que ce que je préfère, c’est la manière de dessiner les zombies.

Des filles en petite tenue...

En bref, vous aurez compris que j’aime beaucoup cette BD, même si elle a des défauts : dessin peu original, histoire un brin entortillée, et surtout un seul tome, ce qui limite l’appréciation. On rit, on grimace, et on s’étonne, ce qui veut dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde dans ce tome. Vous aimez les westerns ? Vous aimez les zombies ? N’hésitez plus. Plongez-vous dans cette BD pimentée et rigolote, qui vous soumet quelques mystères pour cogiter, et des personnages un peu second degré. Cerveauuuuuuu ?