Cham von Schrapwitz

Des milliers de gens ont lu mes articles de l’Encyclopédie de Naheulbeuk, sans savoir qu’ils sont de moi… Aujourd’hui, il est temps de révêler un des secrets de polichinelle les mieux gardés de toute la Transnistrie Subcarpathique : Welf et Cham von Schrapwitz sont une seule et même personne, votre serviteur.
Du coup, j’en profite pour lever un coin du voile de feu sur ce magicien élémentaliste, Capitaine Flamme de la Boule de Feu, et docteur Honoris Causa de la Pyromancie Carbonisatrice.


Il en va des personnages fictifs comme des êtres humains réels : leur existence est rarement linéaire, ils passent par diverses phases dans leurs « vies alternatives », ils font différents métiers, connaissent différents cercles de relations.

Au total, une personnalité s’en dégage, qui évolue en même temps que celle de son créateur.

Parfois, les personnages fictifs nous échappent, et mènent leurs vies dans d’autres univers, dans d’autres fictions, avec d’autres auteurs.
Pourtant, il reste dans l’esprit du créateur un lien subtil, une attache personnelle. Un peu de nous, donné à un peu d’imaginaire, pour construire un peu de rêve. Et puis la satisfaction énorme d’avoir créé un bout de quelque chose qui attire la sympathie des autres, et qui transmet une part de rêve…

« Ach ! Fous n’êtes qu’une bande de babouins hydrocéphales attardés ! Perzonne ne komprend rien à mon génie ! Scheize ! »

Merlin dans

Cham von Schrapwitz est un personnage de magicien irascible, élementaliste du feu, créé à l’époque lointaine de mes parties de jeu de rôle « Advanced Dungeons and Dragons » (ou AD&D 2e édition pour ceux qui connaissent). Dans cette époque reculée, les livres de jeu de rôle ne contenaient que du texte et des tables, et de trop rares illustrations. Les caractères étaient petits, le papier n’était pas glacé, et il n’y avait ni figurines en plastique, ni jeux vidéo en 3D pour nous aider à nous amuser. Pourtant, avec des dés, des crayons et du papier et des pizzas, nous arrivions quand même très bien à…

Et voila : je fais le vieux con qui radote. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de Cham von Schrapwitz, d’être un vieux con.

Au commencement était le nom

Il faut un nom à un personnage. C’est sans doute le plus important (à mon avis). Son nom conditionne tout !

Croyez-le ou non, mais le nom de « von Schrapwitz » vient de la Grande Evasion (le film) et d’un trou de mémoire.

Dès le début, je voulais créer un personnage avec un accent germanique à couper au couteau. Après avoir trouvé le prénom dans « la Légende des Siècles » de Victor Hugo (Cham, prononcez « Kamm », un nom de démon), je cherchais un truc qui fasse très « noble prussien irascible et méprisant ».

De mémoire, ayant vu quelques jours auparavant « La Grande Evasion », je me souvenais d’un sergent stupide au nom imprononçable. Après avoir tourné et retourné mon esprit quelques instants, j’arrivais à la conclusion que son nom était « Schrapwitz »… Pour la petite histoire, son nom est « Strachwitz », ce qui prouve que ma mémoire part en couille, parfois…

D’emblée, j’avais envie de jouer un mage du feu, pour en faire un personnage abject sur le plan humain. J’ai toujours trouvé que la magie du feu va avec une certaine irascibilité : le coté « brûlures d’estomac » sans doute.

En plus, cela partait d’un certain opportunisme : face à un MJ qui nous faisait jouer la plupart du temps des scénars « du commerce », je voulais utiliser une des magies les plus « courantes » dans le JDR, et donc la plus propice à trouver des objets et des sorts qui lui sont liés. Cham n’est pas un « Grosbill », plutôt un personnage « optimisé à son environnement ».

Dans un scénario « standard », les livres de sort du feu sont plus courants que ceux de magie intra-entropique subluminaire chaotique mineure des éléments froids…Allez savoir pourquoi.

En plus, le feu c’est classe, ça brûle (ce qui est très avantageux, et ça permet de jolis effets distrayants. Le feu effraye nombre de créatures, et cause de gros dégâts à d’autres, par combustion. Un mage du feu est plutôt avantagé contre les morts-vivants face à un mage de l’air ou de l’eau… Et mon MJ aimait bien les morts vivants.

Cham a donc mené une belle carrière à AD&D, avec les sorciers rouges de Thay à ses trousses, à travers le Cormyr, puis dans le Nord, en passant par les Vaux et une quête liée à une épée pourrie…

Cham, sa vie, son oeuvre

Cham est un érudit. C’est aussi une de ses caractéristiques. Cela vient de mon coté « j’ai toujours un truc à dire »… En termes de jeu, cela donnait des élucubrations sans fin et totalement impromptues sur l’histoire d’un objet mineur et ridicule, ou du pointillisme juridique face à des officiers royaux bornés du Cormyr… A l’occasion, je terminais la discussion d’un revers de manche enflammé, et on faisait passer ça pour un incendie accidentel…

Car Cham est un individu misanthrope. C’est une de ses (la ?) caractéristiques vitales. Il hait ses contemporains, et surtout ceux qu’il juge moins intelligents (99,98% de la population). Il ne voit pas pourquoi il devrait faire quoi que ce soit de « bon » ou « utile » pour quelqu’un d’autre. Ni de mauvais d’ailleurs. Son alignement était chaotique neutre (dit aussi, « TPMG », Tout Pour Ma Gueule). La seule chose qu’il honorait était son engagement contractuel salarial (il ne trahissait pas ses employeurs, même s’il s’avéraient être des enflures).

Cham, en figurine

Du coup, Cham était plutôt orienté « jeu en solo », à la différence d’autres persos (comme Welf le paladin, on en reparlera).

Une de ses plus belles « actions égoïstes » était la boule de feu en pièce fermée. Avec les bonus d’élémentaliste, son anneau de résistance au feu et une potion bue au moment opportun, il pouvait jeter une boule de feu sur ses pieds en ignorant 95% des dégâts… Tout ce qui se trouvait dans la pièce se retrouvait carbonisé : la plupart des monstres étaient morts, et quelques PJs étaient brûlés au 69e degré. Mais bon : il y a des prêtres, ils sont là pour ça !

Soigneurs !

Cela vous donne une idée du personnage et de sa « popularité ». Je crois qu’il n’a jamais commis une « bonne action en conscience ». Je me revois encore en train d’expliquer à une jeune comtesse que non, son sauvetage n’était ni gratuit ni désintéressé, et que si nous n’arrivions pas à un accord financier honnête sur des bases claires et certifiées, je la rendrai à ses kidnappeurs, et son domaine serait livré à la vindicte des morts vivants de son adversaire vampirique (juste le temps d’aller chercher du renfort chez le culte de Lathandre, et de reconquérir son domaine moyennant payement dudit culte).

Cham a cessé de se promener dans les Royaumes Oubliés et Ravenloft à l’époque où j’ai arrêté de jouer à AD&D (ça tombe sous le sens). Il est devenu un perso de Baldur’s Gate, le jeu vidéo… Au fil des extensions, il est arrivé au niveau 20… Passablement bourrin. L’original s’était arrêté au niveau 8 « IRL » dans AD&D, ce qui n’est pas si mal. Cela dit, jouer un personnage de jeu vidéo est bien moins drôle, voire pas drôle du tout…

Un

Cela dit, depuis cette époque, j’ai pris l’habitude d’être plutôt systématiquement du coté du Maître de Jeu que du joueur. J’aime maîtriser des parties, et Cham est devenu un PNJ (Personnage Non Joueur ) « de luxe » : il a conservé son statut d’archimage acquis dans Baldur’s Gate. Il est même devenu une sorte de parangon du magot, qui ignore même jusqu’à son âge et son niveau exact (who cares ?). Il a achevé sa mutation, et est passé de l’autre coté du décors, parmi les gens qui font souffrir les PJs.

Son érudition ne s’exprimait pas seulement dans le pinaillage sur d’obscurs savoirs : Cham est un inventeur. La magie du feu est pour lui le pinacle de la magie. Le reste n’a aucun autre intérêt qu’un vague utilitarisme. Cela ne veut pas dire qu’il soit ignorant dans les autres domaines. Pas du tout même. Cham maîtrise quelques sorts de base de l’électricité et de l’eau, juste comme ça, au cas ou… Face à un MJ qui « jouait le jeu », cela donnait une confrontation désopilante avec un adversaire qui se vantait pendant trois minutes de son « bouclier de résistance totale au feu », avant qu’un éclair électrique ne viennent le transformer en tas de cendre…

Par contre, la magie du feu est chez Cham une passion (LA passion). Elle attire l’invention, dont certaines passablement débiles. Son accent germanique lamentable n’arrange rien. La « poule de feu », vieux classique germanisant, était finalement assez utile : une volaille enflammée courant dans tous les sens c’est amusant dans la maison en bois d’un chef Hobegobelin, surtout quand 15 de ses guerriers se mettent à courir après.

La plupart de ses inventions débiles (dont certaines injustement refusées par les MJs) se retrouvent dans l’Encyclopédie de Naheulbeuk, mises en forme par votre serviteur pour coller à la Terre de Fangh.

A mon avis, certaines inventions sont très injustement méprisées : le cube de feu optimise les tiers en intérieur. La poule de feu est très utile. Les ailes de feu très bonnes pour le charisme… Et le charisme, ça le connait!

Physiquement, Cham est un type classe, qui dédaigne la vulgarité. Son coté précieux lui valu plus d’un quolibet pendant les parties d’AD&D, mais Cham choisit toujours meilleures auberges, les vins les plus fins, les tuniques de soie. Sa barbe noire est soigneusement taillée (trop long, ça brule), et ses vêtements sont toujours impeccables grâce à son sort de « hand of fer à repasser ». Oubliez donc les mages mal mis, à la barbe longue et sale (Gandalf, take note), portant une robe salissante, mal peignés, et couverts de piercings et de tatouages lamentables. Cham is an Attitude…

Cham fut aussi présent sous la forme de PNJs dans d’autres mondes. Il fut même Président de la Ligue de Smalkaad dans un projet de JDR spatial avorté. Il fut, sous son vrai nom, mage du Collège Flamboyant d’Altdorf dans le JDR de Warhammer, puis, sous le nom d’Aloïsus Schneider (mais c’était bien lui), patron de l’école de magie d’Ostermark.

Je ne désespère pas de créer à BattleFleet Gothic une flotte de guerre « Cham von Schrapwitz », voire d’en faire un PNJ dans le JDR Warhammer 40K quand il sortira… On verra bien !

Un autre Cham

Cham von Schrapwitz, héro multi mondes et personnage acariâtre, a planté sa tente sous la forme de la Tour de Blizdand, dans la Terre de Fangh, un jour de 2004, lorsque John Lang, plus connu des foules en délire sous le nom de Pen Of Chaos[Coucou, François Pérusse!]], m’a parlé de l’Encyclopédie de Naheulbeuk. Un projet avec un petit coté « fan sub de luxe », pour écrire sur le background de la Terre de Fangh aux cotés d’autres boulets dissimulés eux aussi derrière d’improbables personnages[[pour tout savoir sur Nak’hua Thorp: [c’est par ici]].

Pour la peine, Cham s’est retrouvé propulsé professeur de magie, et mage mégalomane doté de privilèges fiscaux scandaleux, s’étant approprié une tour passablement confortable qui domine la rade du port de Waldorg, puissante Cité de la Terre de Fangh (le background de cette cité fut d’ailleurs un de mes premiers articles, preuve que charité bien ordonnée commence par moi).

Ce rôle d’érudit misanthrope, écrivant sur tout et n’importe quoi du haut de sa tour lui convient comme un gant de flammes.

La Tour de Blizdand

Avec l’irruption de la guerrière de Naheulbeuk dans ma vie, il était naturel que cela ressurgisse dans la vie de ce bon vieux Cham, qui auparavant traitait la gent féminine avec le même mépris que les gobelins, les barbares et les morshlegs. Il n’y a pas de raisons que Cham soit imperméable à l’amour cela dit, et la présence dans la tour de Blizdand d’une guerrière armée d’une massue anti-suédoises, qui tente de ranger le bordel du magicien, de faire des tartes aux myrtilles et de mettre des fleurs aux fenêtres est porteur d’un potentiel comique non négligeable.

Car oui, Cham von Schrapwitz a de l’humour. Un humour bien à lui, méprisant et humiliant pour ses contemporains, mais qui amuse les spectateurs ignifugés. Comme lorsqu’il brûla la barbe d’une troupe de guerriers Nains par une boule de feu bien placée, ce qui fut pour eux une humiliation telle qu’ils décidèrent de quitter le champ de bataille sous les huées générales…

Cham est un formidable défouloir. Nous avons tous (enfin je pense) en nous quelque chose d’arrogant, de méprisant, d’égoïste, de fat, de suffisant… Une sorte de nature profonde enflamée, que nous taisons avec plus ou moins de bonheur et de conscience pour nous fondre dans la masse de la société. Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres… Dans le cas de Cham, ses pouvoirs lui permettent d’enflammer les frontières des libertés des autres (ainsi que leur fond de pantalon), pour se faire une place plus grande au soleil.

Pourquoi, dans ces conditions, Cham n’est-il pas maître du monde ?
Je crois qu’il est tellement égoïste et content de lui-même qu’il n’a pas de grande ambition. Cham ne souffre d’aucun complexe d’infériorité/supériorité qu’il faudrait assouvir par la destruction aveugle à grande échelle et le pouvoir sans freins. Ce qui lui importe, c’est son petit confort, pas d’influer sur la vie des autres ou de s’investir d’une mission pour la société. Cham, il ne cherche qu’une maison confortable, des livres pour assouvir son insatiable soif de savoirs, des nouveaux sorts dont la simple maîtrise constitue un but en soi, et suffisamment d’or pour ne pas avoir à se dire « ai-je les moyens d’acheter cet objet magique ce mois-ci » ?

Et l’avenir ?

Nul ne sait de quoi demain sera fait pour nos personnages. Chose amusante, Cham s’est retrouvé « propulsé dans la vie réelle » à l’occasion de la conférence Naheulbeuk à Game in Paris, puis du concert de Lyon, aux cotés entre autres d’Err Zatz, fonctionnaire obtus de la Terre de Fangh, incarné par Zaz, le scénariste de la Tour de Kyla (qui me poursuivait avec un extincteur à la main)… J’ai eu l’occasion d’endosser un costume rouge et orange, de reprendre mon accent germanique ridicule, et dispenser quelques unes de mes piques et vannes favorites, en commençant bien entendu, après quelques applaudissements peu nourris par un « moi aussi je vous hais »…

Cham, en chair et en os

Il est possible que je retourne un jour sur des planches avec Cham, ou que je courre quelques festivals. Cela dit, je ne crois pas faire un trop gros spoiler en disant que j’ai aussi « prêté » Cham à John Lang pour sa prochaine création débile sur le monde de Naheulbeuk. Même si je revendique la « propriété morale » de ce personnage, ça sera sans doute un bon hommage pour ce bon vieux Cham, quels que soient les ennuis ou aventures qui vont lui arriver.

Une chose est sûre : le mage du feu n’a pas dit son dernier mot. Parce que personnage est une source infinie d’inspiration, de bons mots, de scènes débiles, de moments exutoires et de poilade entre amis.
Il n’est pas exclus par exemple qu’on se fende un jour de quelques scénettes de « Cham et la Guerrière », vie ordinaire à la Tour de Blizdand, avec au menu gobelins carbonisés, suédoises assommées, barbares en pagnes et en déroute, boules de feu lancées au hasard et jeux de mots lamentables.

Et si un jour il tente d’écrire ses mémoires, je vous tiendrai au courant.