Maurice, l’île!

Elle aurait pu s’appeler île Robert, ou île Marcel, mais finalement, ce fut Maurice, et on s’y habitue assez vite, en fait.

Fiche signalétique de l’île Maurice:

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Localisation: dans l’archipel des Mascareignes, à 800 km à l’est de Madagascar.
_ Pays: la République Mauricienne [[La République Mauricienne se compose des îles Maurice et Rodrigues, ainsi que d’un certain nombre d’atolls et autres îlots.]]
_ Monnaie: la roupie mauricienne (environ 44 roupies pour 1 euro en octobre 2007)
_ Population: 1 200 000 habitants
_ Langue officielle: l’anglais
_ Capitale: Port-Louis
_ Point culminant: Piton de la Rivière Noire, 826 m
_ Principales ressources: tourisme, textile, agro-alimentaire

Une petite histoire de l’Océan Indien

Maurice est composée d’un socle basaltique né d’un volcan aujourd’hui éteint [[C’est le même point chaud qui a donné naissance à la Réunion, mais aussi aux Maldives, et aux Trapps du Deccan en Inde]]. Puis l’érosion a fait son travail, lui donnant son visage actuel.

La première mention de l’île sur des documents européens date de 1512, bien qu’apparemment, elle ait été connue des navigateurs arabes avant cette date. Déserte à l’époque, elle fut colonisée en 1598 par les Hollandais, qui voulaient comme tout le monde un petit pied-à-terre pour se fournir en fruits frais et en eau potable sur la route des Indes. Elle fut appelée Maurice en hommage à son premier gouverneur, le prince Maurice d’Orange, mais il n’y eut pas de peuplement durable à cette époque.
_ L’île fut ensuite française de 1715 à 1810, date à laquelle elle passa aux mains des Anglais suite au débarquement de Cap Malheureux. Ces mêmes Anglais abolirent l’esclavage en 1835 et accordèrent l’indépendance aux Mauriciens en 1968, tandis que la Réunion voisine demeurait française et l’est toujours aujourd’hui.

De cette histoire résulte une société fortement diversifiée et globalement très harmonieuse. La composition ethnique est différente de celle de la Réunion, car au dix-neuvième siècle, tandis que les Français « importaient » des travailleurs de leurs colonies africaines, les Anglais faisaient venir les leurs de leur empire indien. On estime que plus de 60% des Mauriciens d’aujourd’hui sont d’origine indienne, le reste de la population se partageant entre Européens, Africains et Chinois. Ils sont moins métissés que les Réunionnais car un reste de communautarisme dans les mentalités fait qu’on travaille ensemble, qu’on se serre les coudes au besoin, mais qu’on n’habite pas ensemble.

Carnet de voyage

La première chose qui frappe quand on arrive de la Réunion et qu’on voit l’île Maurice en contrebas de l’avion, c’est que c’est vachement plat.
_ Beaucoup plus érodée que son île-soeur, Maurice se présente sous la forme de grandes zones de plaine d’où émergent çà et là des sommets montagneux. Cette configuration permet à l’agriculture d’être plus intensive qu’à la Réunion, et aussi aux montagnes de rester vierges, là où les Réunionnais ont dû très tôt partir à l’assaut des hauteurs de leur île. Elle est aussi quasi entourée de récifs coralliens qui abritent les nombreuses plages.

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La deuxième chose, c’est que les douaniers passent cinq bonnes minutes sur chaque passeport, pointant une à une les infos qu’on a notées dans la fiche d’immigration, pour ensuite tout rentrer dans leur système informatique en tapant avec deux doigts. Ce qu’on ne sait pas encore, à ce stade, c’est qu’ils seront tout aussi minutieux lorsqu’on ressortira de leur territoire…

Une fois qu’on a survécu à ça, on est le bienvenu. Que dis-je, le Bienvenu avec un grand B.
_ Maurice était un pays pauvre jusqu’à ce qu’un entrepreneur ait l’idée géniale de se lancer à fond dans le tourisme « de qualité » et de faire des promos sur les voyages de noces. Aujourd’hui fleurissent les hôtels 4 et 5 étoiles (norme mauricienne) avec vigiles et plage privée, où les filaos qui poussent naturellement le long du littoral ont été arrachés pour planter des cocotiers tellement plus conformes à ce qu’attendent les touristes… De nombreux chauffeurs de taxi sont prêts à vous emmener n’importe où, surtout dans les boutiques et restaurants qui leur versent une commission pour ça. Des commerciaux de tour opérateurs viennent vous chercher sur la plage de l’hôtel pour vous proposer des excursions. Levez un doigt et quelqu’un accourt. Vous êtes Celui qui Amène la Prospérité à la Nation.
_ Corollaire: toutes les destinations touristiques sont fort dluliennes. On n’a jamais plus de 200 mètres à marcher pour voir une cascade ou un point de vue. Quand on a l’habitude de la Réunion où il est possible de passer quinze jours sans quitter les sentiers de grande randonnée, ça surprend. L’endroit où nous avons le plus marché était sans doute le jardin botanique de Pamplemousses: nous avons été déposés devant l’entrée, mais le jardin lui-même est immense.
_ Voir tout ce monde qui travaille pour vous sans rien avoir à faire vous-mêmes, ça donne un peu l’impression d’être Dlul au pays d’Oboulos.

Sur le chemin du point de vue...

Evidemment, les cascades, les plages, les coraux et les poissons sont à voir, mais attardons-nous plutôt sur quelques points parfois moins pittoresques mais tellement typiques:

La route
_ L’île Maurice n’est pas (encore?) un pays riche et peu de gens possèdent une voiture. La plupart des véhicules particuliers sont des taxis ou des voitures de location (avec ou sans chauffeur), le reste de la population se déplace en autocar ou à mobylette. L’infrastructure routière est à la mesure de cette situation: l’unique voie rapide du pays relie Grand-Baie au nord à Plaisance au sud. Le reste se compose de petites routes étroites qui traversent les villages. Autant dire qu’on ne roule jamais bien vite et qu’un temps de deux heures pour aller du Morne à Trou d’Eau Douce, séparés d’environ quarante kilomètres à vol d’oiseau, est raisonnable. Comptez plus en cas d’embouteillages. Les taxis et les autocars tentent de compenser en roulant comme des tarés au milieu de la route (théoriquement, on roule à gauche dans cet ancien fief anglais). Quant aux trottoirs, ils restent à l’état de concept dans les villages, et peuvent être dangereux dans les villes: lors de notre séjour, la famille d’une petite fille qui s’était cassé la jambe lorsque le trottoir avait cédé sous son poids [[Avis au club des Ignobles: la petite avait une corpulence tout à fait normale.]] a obtenu des dommages et intérêt, deux ans après les faits.

Curepipe, 120 000 habitants

La diversité
_ Le traité de prise de possession de l’île par l’Angleterre précisait que l’occupant s’engageait à ne pas bousculer la population dans ses habitudes, qu’il s’agisse de coutumes de vie, de langue ou de religion. Il en résulte une situation un peu schizophrène où les panneaux officiels sont en anglais, les noms de villes sont presque tous français, et où une bonne partie de la population parle un créole plus proche du français que de l’anglais, ce qui donne parfois lieu à la superposition de textes en français, anglais et créole, lesquels ne disent pas tous la même chose, d’où l’intérêt de comprendre les trois langues (heureusement, c’est mon cas [[J’ai pu vérifier en écoutant la radio qu’avec de bonnes notions de réunionnais, on arrive à peu près à suivre les conversations en mauricien.]]). Les commerçants parlent généralement aussi bien le français que l’anglais, avec le sympathique accent mauricien qui rappelle l’accent réunionnais en plus cool.
_ Du côté des religions, l’hindouisme est en tête avec notamment la présence d’un lieu saint [[Le Lac Sacré de Grand Bassin, rempli d’après la tradition de la même eau sacrée que le Gange. Pour vos prières, préférez l’eau du Lac Sacré, on n’y jette pas les morts.]], mais Maurice compte aussi des musulmans, tamouls, chrétiens et bouddhistes. Particularité insulaire, les doubles religions sont fréquentes. Le diocèse de Port-Louis est obligé de donner dans l’oecuménisme puisque nombre de ses fidèles sont biclassés hindous ou tamouls.
_ Tout cela donne des couleurs à la culture mauricienne, fortement marquée par l’influence indienne, mais ouverte aux échanges avec le monde, à commencer par la Réunion, son île-soeur.

Le lac sacré

La faune
_ Les Hollandais ont fait venir des chiens d’Europe et des cerfs de Java. Il y a donc d’un côté de nombreux chiens errants, et de l’autre quelques domaines de chasse avec plein de cerfs en liberté. On peut également faire un mini-safari dans le parc de Casela, au milieu desdits cerfs, de quelques autruches et d’une famille de six zèbres. Sur les lieux touristiques, on trouve également des macaques qui vivent de chapardages. L’île Maurice a aussi sa propre race de pigeon (le pigeon rose, espèce protégée) et son canard local, même si quelques colverts squattent aussi les mares. De nombreux parcs mauriciens abritent quelques spécimens de tortue géante des Seychelles.
_ Le dodo, exterminé par les premiers habitants, est devenu un des deux symboles phares de l’île, avec Paul et Virginie (mais si, l’histoire de cette cruche qui préfère mourir plutôt que d’enlever sa robe à crinoline…)

Tortue des SeychellesLe pigeon rose de l'île Maurice

Les boutiques
_ De même qu’on trouve à Paris certaines boutiques de luxe destinées plus aux touristes qu’aux habitants, certains coins de l’île Maurice sont truffés de boutiques en duty-free où les étrangers sont invités à acheter des produits fabriqués sur place. Du textile essentiellement (Armani Jeans, Von Dutch, Billabong et autres marques qui veulent des standards de qualité supérieurs à ceux de la Chine tout en gardant un coût de fabrication modeste), mais aussi des bijoux, l’île comptant quelques très bons spécialistes de la taille des diamants. Autant le savoir à l’avance, sinon, pour peu qu’on soit sensible à ce type de produits, on a vite fait d’exploser son budget. Et il ne faut pas hésiter à marchander.
_ Les boutiques de souvenirs et les marchés pratiquent des tarifs plus réduits pour des produits plus rigolos et souvent kitschouilles à souhait.

Les maisons
Passons sur les cases en tôle: oui, il y a des bidonvilles à l’île Maurice, comme partout où il y a des pauvres (c’est-à-dire à peu près tous les pays du monde). Le secteur de la construction n’en est pas moins florissant, et pas seulement parce que des hôtels continuent à pousser le long du littoral.
_ L’absence totale de régulation autorise toutes les folies architecturales: colonnades tarabiscotées, vigie digne du Fort Boyard, tour crénelée rose, tout est possible. De toute façon, quand on peut croiser une église, une mosquée, un temple hindou et un temple tamoul dans le même village, il serait difficile d’imposer quoi que ce soit.
_ Le modèle le plus couramment rencontré est néanmoins la maison « à construction perpétuelle ». Partant du principe qu’on ne paie d’impôts sur sa maison qu’une fois celle-ci achevée, nombreux sont ceux qui choisissent de construire petit, à la mesure de leurs moyens, et d’ajouter des pièces, et le plus souvent des étages, à mesure que la famille et la fortune s’agrandissent, tout en vivant déjà dans la partie terminée. Moralité: près d’une maison sur deux est en construction dans certaines zones.
_ La maison à construction perpétuelle se caractérise par un toit plat, des escaliers souvent extérieurs qui montent jusque sur ledit toit (pour acheminer les matériaux le jour où on agrandira, et pour monter étendre le linge en attendant), et des morceaux de ferraille qui dépassent pour bien indiquer que la maison n’est pas finie. Le tout disponible dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et dans plusieurs variantes, dont un modèle à demi-niveaux très audacieux vu dans l’est de l’île.

Pendant qu'on agrandit, la vie continue!

L’île Maurice, c’est un vrai dépaysement à bien des égards, et une destination idéale si on veut être servi comme un roi pour un tarif raisonnable. Néanmoins, la déférence à l’égard du visiteur met fatalement de la distance et c’est un peu dommage. Mais les paysages sont superbes, les gens souriants et tolérants [[La tolérance a ses limites. Il est par exemple très mal vu de se croire partout à la plage et de débarquer en maillot dans les restaurants. Mais ça, ça me paraît normal.]], et on peut aussi bien passer quinze jours à bronzer sous un cocotier que passer ses vacances à visiter les montagnes et les îlots. Bref, à n’éviter que si on est intolérant au soleil.

La roche Cristal: dépêchez-vous avant que l'érosion ne la ronge!

Oph