Stone Baby

Stone Baby est le premier roman de Joolz Denby, qui a choisi d’aborder le polar par l’angle méconnu de l’entourage du tueur. En effet, si dans la littérature, les criminels psychopathes sont souvent des solitaires sans famille ni entourage proche [[Parfois parce qu’ils ont eux-mêmes tué père et mère, d’ailleurs]], dans la vie, ils sont rarement coupés du monde. Ils ont des amis, une famille, qui ignorent tout de leurs crimes et tombent des nues le jour où le masque tombe. Le film Scènes de Crime, par exemple, aborde brièvement cet aspect trop souvent négligé de la vie du tueur.
_ Dans Stone Baby, donc, pas d’enquête policière vécue en direct, pas de rencontre avec les victimes si ce n’est à la télévision, mais un récit à la première personne, signé d’une jeune femme qui annonce dès les premières pages avoir côtoyé un tueur pendant plus d’un an avant de comprendre que loin d’être une simple grande gueule insupportable, il était capable de passer à l’acte.
_ Ce profil atypique, difficle à caser sous une étiquette précise, explique peut-être que l’auteur [[Je rappelle à tout hasard que je refuse d’utiliser le mot « auteure », qui est à mon sens une monstruosité de la langue française.]] et son agent se soient battues bec et ongles pendant des mois pour faire connaître le roman.


Vulgaris Médical:

Le lithopédion est un foetus qui est mort et qui se calcifie après avoir passé un long séjour à l’intérieur de l’abdomen de la mère. Ce phénomène, très rare, est le résultat de l’évolution d’une grossesse. Le lithopédion est découvert généralement par hasard à la suite d’un examen radiologique. En effet, la patiente ne se plaint d’aucun symptôme susceptibles de trahir la présence du foetus calcifié dans son abdomen. Il s’agit d’une affection survenant essentiellement chez les femmes présentant un niveau socioculturel défavorisé ce qui aboutit à une diminution du nombre des consultations chez le médecin ou le gynécologue. Il s’agit également de personnes habitant dans des zones rurales ou dans des zones sous médicalisées.
_ Le phénomène (physiopathologie) de constitution du lithopédion est le suivant. La grossesse, au lieu de se dérouler à l’intérieur de l’utérus, se produit à l’intérieur de l’abdomen. Il s’agit donc d’une grossesse extra-utérine qui n’est pas diagnostiquée à temps et qui va évoluer jusqu’au cinquième ou sixième mois environ. Le lithopédion est découvert parfois très tardivement. Le cas d’une femme de 60 ans, a été relaté récemment.
_ Le fait de bien supporter le foetus calcifié à l’intérieur de l’abdomen ne provoque l’apparition d’aucun symptôme. Très rarement les patientes âgées ressentent une fièvre ou des douleurs abdominales ou pulmonaires (la patiente est alors considérée, à tort, comme une bronchitique) qui empêchent une respiration normale. Les radiographies, dans ce cas, mettent en évidence le lithopédion et l’intervention chirurgicale donne le diagnostic. Le chirurgien découvre dans ce cas le foetus qui est enveloppé dans des membranes et au travers desquels il est possible de découvrir également des cheveux.

Avant d’attaquer l’histoire par son épilogue (ce qui coupe court, de façon tout à fait volontaire, à tout suspense policier), l’auteur case une courte et véridique histoire de lithopédion découvert tardivement. Histoire de justifier le titre, « Stone Baby », en français « bébé de pierre », ou « bébé pétrifié ». Puis nous laisse mariner dans notre jus, car il n’y a dans son histoire aucune grossesse, extra-utérine ou non.

En fait, le rapport est purement métaphorique: deux des protagonistes principaux ont subi des traumatismes qui font d’eux, quelque part, des enfants engoncés dans des corps d’adultes. Les voilà, les « stone babies », aux névroses similaires mais compensées de deux façons radicalement différentes.

Nous voici donc dans les confidences de Lily, jeune comptable à l’esprit bohême [[Des exemples de la vie réelle prouvent que ce n’est absolument pas incompatible.]] qui sert également d’agent à son amie et colocataire Jamie, qui gagne sa vie en faisant du stand-up [[Toute référence au Planète Terreur de Robert Rodriguez serait purement accidentelle. D’ailleurs, allez voir ce film.]]. Pour apporter une réponse définitive à la question récurrente « Mais vous saviez, ou pas? », Lily raconte comment Jamie est tombée amoureuse de Sean, et quelle a été leur vie commune pendant un an et demi, avant que ledit Sean ne se révèle être un tueur en série. Pour dire « Non, nous ne savions pas ». Lily savait, et Jamie, sans se l’avouer, se doutait aussi, que Sean était violent, raciste, homophobe, misogyne, mythomane, méprisant. Pas qu’il était un assassin.

Tout au long du roman se déroule l’inexorable progression vers un dénouement qui passe à deux doigts du tragique, deux doigts seulement, car sinon, comment l’histoire pourrait-elle être narrée à la première personne? Et tout au long de cette progression, on se dit que tout sonne juste, les personnages sont vivants, leurs relations crédibles. Les mots de Lily, même, sont extrêmement bien choisis. On est en plein dans une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui.

Au bout de cette extrême vraisemblabilité et d’un climax quasi insoutenable, on bute sur le retournement final du personnage de Sean, que je n’ai pas réussi à trouver crédible. Et comme c’est la fin du bouquin, c’est un peu dommage.
_ Ceci dit, malgré cette note de Deus ex Machina assez malvenue et l’absence de vrai dénouement qui laisse les choses un peu trop en suspens à mon goût, l’ensemble m’a laissé une excellente impression. Stone Baby, c’est un roman qu’il est bien pour le lire. A caser en « roman noir » plutôt qu’en « roman policier ». Et à dévorer de préférence quand on est de bonne humeur, parce que ça fait réfléchir sur des sujets assez malsains.

De quoi attendre avec impatience qu’on traduise les autres romans de Joolz Denby. Ou les lire en anglais, pour ceux qui lisent l’anglais couramment [[Techniquement, c’est mon cas, mais j’ai des facilités pour obtenir les versions traduites, sans compter que les nombreuses notes explicatives du traducteur laissent entendre qu’un Français risque de passer à côté de pas mal de références culturelles en VO.]].

Oph