Monter un NAS – Tuto pour les Nuls

Je ne sais pas si vous avez remarqué (indice : regardez votre installation informatique et les pubs des supermarchés dans votre boite aux lettres), mais la capacité de stockage des disques durs augmente de façon affolante.

Le quidam moyen (vous, moi, ma voisine de pallier, et même votre beau frère) se voit proposer pour quelques malheureux euros des disques de 300, 500 voire 750Go, quand ce n’est pas carrément le To qui pointe le bout de son nez grec [[Terra octet n’est pas la huitième pub pour un liquide de lavage des sols]].

Face à cette prolifération de stockage, en USB, disque interne, disques externes et autres, on pourrait croire que nous sommes à la veille d’une époque dorée, heureuse, et parasitée seulement par la taxe pour la copie privée qu’on nous fait payer tout en remettant en cause le droit en question.

Voire !

Une époque dangereuse!

Celui qui a déjà grillé un disque dur sait de quoi je parle. Celui qui a déjà essayé de transférer des gros volumes de données (300Go) d’un PC à un autre le sait aussi…

Il en va des disques durs comme des roses, des étoiles, des humains et des isotopes. Ils ont une durée de vie, un début et une fin. Comme les gens suspendus au bout d’une corde au dessus du vide dans les thrillers, ils finissent par lâcher. Et c’est rarement au « bon moment ».

Or, avec un disque de 750Go, la catastrophe emportera toutes vos photos de vacances, vos archives personnelles, vos documents de travail, votre collection de mp3 achetés bien légalement sur itunes, etc etc etc… Et un disque dur, passé 4 à 5 ans, cela peut claquer à chaque instant (précisément à chaque démarrage / arrêt).

Et là vous me dîtes « facile, je grave des DVDs »…

Double erreur. D’une part, vous faites confiance à un support ayant une durée de vie de 15 à 20 ans. D’autre part, QUI a encore la patience de faire de l’incrémental sur des galettes de 7Go avec un disque dur de 750 Go ?

En tous cas, par moi.

La solution du « ouai je copie tout sur mon disque externe USB » est un bon pis-aller. Mais ce n’est pas très pro, ça prend du temps, et en plus, si vous avez plusieurs PCs, c’est compliqué pour se passer le disque. Surtout si le boîtier n’est pas alimenté via USB. En plus, cela vous oblige à faire des sauvegardes périodiques. Et entre deux sauvegardes, rien n’est sauvegardé. Donc, si un disque vous lâche, vous perdez une certaine quantité de données.

Maintenant, observons votre lieu de travail : il y a de fortes chances pour qu’au boulot, vous ayez accès à un « drive réseau partagé ». Un espace de stockage sur serveur, accessible via le réseau, et sur lequel vous stockez vos Power-Points Aubade, vos images débiles, vos blagues salaces, vos films de vacances, et même quelques fichiers pour le travail…

Pourquoi ne pas faire pareil à la maison ?

Difficile ? Cher ?

Que nenni !

Pour moins de 400 euros, vous pouvez monter un serveur NAS, avec des disques durs en RAID, accessibles depuis le réseau.

Un petit mot sur le RAID

Je vais faire très simple, pour que tout le monde comprenne (amis barbus, allez plutôt prendre une bière, vous avez sans doute déjà un NAS chez vous depuis 1971 (sur z/os émulé sur un Amiga avec 48 disques SCSI de 40mo bien sûr)).

Le « RAID » c’est une méthode pour utiliser plusieurs disques durs ensemble. Vous pouvez (pour faire vite là encore) faire du « stripping », du « miroring » ou un peu des deux (si vous êtes riches).

Le stripping ne nous intéresse pas en l’occurrence (à la différence du strip-ease). Il s’agit de répartir la charge de travail sur deux disques, qui se partagent l’écriture et la lecture de vos fichiers. Avantage : ça va beaucoup plus vite. Inconvénient : si un seul disque lâche, TOUTES vos données sont perdues. C’est le RAID 0

Vous voila bien embêté !

Le miroring consiste, au contraire, à répliquer vos données d’un disque à l’autre. Inconvénient : c’est plus lent.
Avantage : si vous perdez un disque, l’autre a encore le MÊME jeu de données. Il suffit de rebrancher un autre disque pour que la matrice se reconstruise. Facile, non ?

D’ailleurs, ce mode de fonctionnement existe pour de nombreux PCs un peu « évolués » (genre celui de Welf).

Le « RAID5 » utilise 5 disques (comme son nom l’indique) pour faire du stripping miroring et sauvegarder des bouts de vos données sur les 5 disques. Vous pouvez perdre un disque sans rien perdre, du moment que vous en branchez un 5e avant qu’un autre n’explose (en clair, vous disposez d’un espace de stockage équivalent à 4 disques).

Inconvénient : c’est cher.
Avantages : tout le reste !

Les disques SATA sont rapides, et les cartes mères modernes prennent en charge le RAID 1 de base, avec paramétrage via le BIOS. De cette façon, c’est transparent pour l’utilisateur.

Bon : résumons-nous.

Vous avez décidé de créer un serveur de fichiers avec deux disques en RAID 1 à la maison.

Avantages : toute la famille y aura accès, vos données sont sécurisées, et vous allez pouvoir faire le ménage dans votre disque dur. Le prochain PC que vous achèterez pourra tourner avec un disque dur ridiculement petit…

Inconvénients (apparents) : la note risque d’être salée, et vous n’êtes pas un barbu de l’informatique (amis barbus, allez plutôt aider notre ami J.O. à faire marcher le serveur de ZoC).

Heureusement, ZoC Radio est là pour vous !

Intro un peu longue à ce qu’on dirait… 🙂

J’ai testé (et réussi avec succès, et un peu d’aide de la part de Skro) le serveur à monter soi-même.

Un mot avant tout : il existe des serveurs NAS « clef en main » à acheter sur le Net. En dehors du fait qu’ils prennent rarement en charge le RAID, ils sont plus chers que la solution proposée ici. Facilement le double. Et souvent, ils ne sont pas évolutifs. Pas moyen d’y ajouter plus de deux disques (pour les premiers prix).

La solution : monter un PC dédié et en faire un serveur.

Si vous souhaitez en savoir d’avantage sur le NAS (Network Attached Storage), allez ici par exemple

Par quoi commencer ?

Par un dessin de principe, toujours !

nas_for_dummies.jpg

Vous avez à la maison un accès ADSL ? Il y a de fortes chances pour qu’il fasse routeur et qu’il ait une antenne Wifi.

Pour commencer, il va falloir « monter » un serveur NAS. Pour ce faire, vous avez besoin d’une carte mère, un peu de RAM, un microprocesseur, une carte graphique (elle peut être sur la carte mère), d’un boîtier, d’une alimentation, de deux disques durs de grosse capacité (tant qu’à faire), d’un Operating System dédié et d’une clef USB… C’est tout !

Si vous avez un vieux PC dans un coin, c’est le moment de le recycler. N’importe quelle charrette avec un Pentium II et 64mo de RAM ou plus fera parfaitement l’affaire, du moment que vous pouvez y brancher deux disques durs (si possible SATA)[[notez que si votre PC n’est pas capable de booter sur une clef USB, il faudra copier l’OS Freenas sur un CDRom ou un vieux disque dur et démarrer le vieux PC dessus]].

Sinon, faîtes comme moi, essayez un comparateur de prix, genre www.monsieurprix.com, et achetez du matériel neuf au rabais.

Fin août 2007, les prix étaient (en gros) les suivants :

– Deux disques de 500go SATA RAID : 220 euros (les deux)
– Un boîtier PC avec alimentation >300 Watts : 35 euros
– Une carte mère socket 754 : 40 euros
– Un CPU Sempron 3000+ et son ventilo : 38 euros
– 256 Mo de RAM : 16 euros
– Une carte graphique au rabais : 25 euros
– Une clef USB : gratuit (si on vous en a donnée une un jour, même de 64mo, sinon rajoutez 10 euros au total).

Pour un total de (tadam) 374 euros.

Personellement, j’ai investi environ 500 euros, car je voulais des disques durs de très bonne qualité. La rapidité des disques n’est pas un critère, car vous serez limité par la vitesse de votre équipement réseau (et de votre carte wifi). Achetez de bonnes marques, le disque, c’est le cœur de votre serveur. Pour le reste des équipements, prenez les prix plancher !

Et l’OS ? Vous vous préparez à le pirater, mes gaillards ?

Non ! C’est Mal (TM) !

C’est là qu’est la ruse : il existe un très bon OS serveur de fichiers, stable, sympa d’utilisation : Freenas.

En plus c’est du BSD (un truc style UNIX), ce qui pourra vous réconcilier avec vos amis barbus qui trouvent que vous abusez avec Windows, et vous permettre de draguer les geekettes les plus affriolantes en annonçant fièrement que vous avez un « serveur sous Linux » sans votre salon. Si vous êtes une fille, vous pourrez draguer des geeks, mais, franchement, il y a mieux à faire… 😀

Freenas démarre très bien sur une clef USB, et la plupart des BIOS sont capables de booter sur un périphérique USB depuis quelques temps.

Donc, c’est très simple : montez votre NAS

– Trouvez un tournevis cruciforme, un tournevis plat, une table solide et bien protégée contre les rayures,
– montez le boîtier, branchez son alimentation,
– installez la carte mère, paramétrez les jumpers conformément au manuel, ce qui implique que d’abord vous avez,
– lu le manuel !
– Branchez votre CPU et son ventilo,
– branchez votre carte graphique.
– C’est fini ?
– Non : n’oubliez pas les barrettes de RAM,
– dans le bon sens, merci.
– N’oubliez pas les LEDs de façade, ça sert toujours !
– Branchez vos deux gros disques dans la tour,
– Ayez un cable RJ45 à portée de la main, pour brancher votre serveur sur le modem ADSL routeur wifi,
– Buvez une bonne bière,
– Votre serveur est prêt sur le plan « hardware ».

L’Operating System

– Copiez, depuis votre PC fixe, Freenas sur votre clef USB en suivant les instructions du site
– débranchez écran et claviez, et branchez-les sur le « serveur »,
– configurez le BIOS du serveur pour démarrer sur la clef USB,
– suivez les instructions de l’excellente documentation disponible sur le site de Freenas,
– une fois configuré, vous pouvez débrancher l’écran et le clavier du serveur, et le placer dans un endroit discret et proche du routeur wifi (pour branchement par câble RJ45).
– Le conseil de Welf : imprimez une doc de Freenas, et stockez-la à coté du serveur. On ne sait jamais !
– Reste à configurer le routeur pour attribuer une adresse IP à votre serveur. Par exemple 192.1.68.1.5 en admettant que le modem soir 192.168.1.1, le premier poste fixe .1.2 et le portable .1.3. Vous pouvez aussi laisser le DHCP faire joujou tout seul… Assurez-vous juste de bien maîtriser les plages d’adresses IP. Indice: on n’y trouve ni sable, ni parasol, ni demoiselles en maillot de bain.

– Ensuite, vous pourrez vous connecter au serveur depuis votre PC fixe via un explorateur web style Firefox pour configurer la matrice RAID et le système de fichier (LISEZ la documentation de Freenas). N’importe quelle bille (même moi) comprend comment ça marche !
– Une fois ceci fait, vous pourrez créer un drive partagé sur le réseau, que tous les PCs de la maison pourront voir. Il sera bien au chaud derrière le Firewall de votre routeur. En outre, Freenas étant un OS très simple et sans autres applications sur le serveur, les risques de piratage et/ou infection sont quasi nuls (enfin n’oubliez pas d’inclure le nouveau lecteur dans vos recherches de virus périodiques).
– Conseil facile : il y a une fonction « recycle bin » / poubelle dans Freenas, pour créer une « poubelle » comme dans Windows (traduisez : un espace où sont conservés les fichiers « éffacés » par vos soins et éventuellement par mégarde).

Et voila : vous avez maintenant un serveur de fichiers, d’une capacité de 500Go, qui démarre sur clef USB (moi j’avais un vieux disque dur de 30Go, ça marche aussi).

Il contient toutes vos données en double, vous pouvez y accéder de partout dans la maison, de n’importe quel ordi. N’importe qui venant chez vous avec un ordinateur portable peut s’y connecter via votre modem/routeur.

En le laissant tourner pendant que vous n’êtes pas chez vous, et moyennant quelques bricolages, vous pourrez même y accéder depuis internet…

Plus de DVDs à graver, plus d’angoisse lorsque le lecteur USB plante.

Si vous grillez un des disques, voici ce que je conseille : comme deux ou trois ans se seront écoulés, achetez deux autres disques d’une capacité double ou triple (c’est le principe de la course aux armements), branchez-les dedans, construisez une nouvelle matrice RAID, et copiez les données du vieux disque…

Et si vous n’avez plus de place, comme vous avez acheté un grand boîtier de PC, rajoutez deux disques !

Elle est pas belle la vie ?

Merci qui ? Merci ZoC !

A bientôt pour les solutions « client léger »… 😀