Le Mauritius

C’est une petite rue toute calme dans le secteur de Denfert-Rochereau / Montparnasse. Si on y passe rapidement, on ne voit que l’enseigne colorée du restaurant japonais, mais en s’attardant, on se rend vite compte qu’il y a du monde dans l’établissement d’à côté, qui sans cela aurait semblé bien discret. Bienvenue au Mauritius, sa petite salle tout en longueur, son bar en bambou et ses sourires.


Au Mauritius, même inconnu, on est accueilli presque en ami. Tout sourire, le patron a le type indien et c’est normal: l’île Maurice est fortement métissée comme sa voisine la Réunion, mais avec, en proportion, moins de gens d’origine africaine et plus de gens d’origine indienne. Cette coloration légèrement différente se retrouve également dans l’assiette, avec de la coriandre et du curry là où la cuisine réunionnaise se base plutôt sur le gingembre et l’oignon. Par égard pour le palais des habitants de notre pays tempéré, les rougails [[Rien que pour embêter les non-initiés, le mot « rougail » peut désigner deux choses très distinctes: d’une part une sauce à base d’un fruit au choix, ail, oignon et beaucoup de piment, et d’autre part un plat où la viande est sautée avant de mijoter avec de l’oignon et de la tomate. L’astuce, c’est que si le mot rougail précède un nom de fruit, c’est la sauce. S’il précède un nom de viande, c’est le plat.]] sont servis dans des petits pots à part. Les plus courageux peuvent en tenter la dégustation en attendant qu’on prenne leur commande.

Classique des classiques, le rougail tomates. On en mangerait...?

On peut manger à la carte ou en menu rapide du midi, mais si on est d’humeur à se faire plaisir et qu’on a suffisamment faim, le menu à 25 euros a tout prévu. Ça peut sembler un peu cher, 25 euros, surtout si on a un budget d’étudiant, mais ce prix-là comprend apéritif (punch ou cocktail maison), entrée, plat, dessert, quart de vin (ou une eau minérale pour ceux qui veulent rester sobres) et un petit café. Difficile de faire plus complet, surtout sachant que presque tous les plats de la carte sont disponibles dans ce menu.
_ A la carte, justement, on a le choix entre divers rougails pour quelque chose de typiquement réunionnais, du massalé ou du biryani pour le côté mauricien, et même quelques plats malgaches qui sont sans doute les plus surprenants du lot. Sans être d’un raffinement exemplaire, c’est bon et suffisamment copieux pour contenter tout le monde [[Sauf deux-trois personnes de ma connaissance, dont l’estomac surdimensionné n’atteindra certainement la satiété qu’après avoir fini les restes de leur voisin de table.]]. Apparemment, la langouste est à éviter, mais je ne saurais me prononcer sur ce point puisque ce n’est pas dans ce genre de restaurant que je vais pour manger des fruits de mer.

Ne vous étonnez pas de ne pas trouver les desserts proposés très exotiques: il n’y a pas vraiment de tradition du dessert aux Mascareignes. Non pas qu’il n’y ait point de recette sucrée dans ces contrées qui vivent encore beaucoup de la culture de la canne à sucre, bien au contraire. Mais à mon avis, les confiseries de type « bonbon coco » sont sans doute trop sucrées pour un palais métropolitain (les Réunionnais aiment le sucre à un point qui frise la déraison) et les pâtisseries de type gâteau à la patate douce tiennent certainement trop au corps pour être consommées en dessert. Enfin bon, il y a quand même un gâteau coco pas mauvais du tout.

Faute de lexique dans la carte, si des termes posent problème, il ne faut pas hésiter à demander des précisions au personnel qui répondra avec plaisir. Oui, le letchi est bien le nom local du litchi. Le terme « brède » [[Qu’ils écrivent « bred », d’ailleurs. Bonjour à nos amis banquiers.]] désigne un légume dont on mange la feuille cuite, la brède la plus courante par chez nous étant l’épinard. Et ainsi de suite.

Au niveau de l’ambiance, la déco est juste assez exotique pour être remarquée, avec des dodos sur le menu et des cartes des trois îles (Maurice, Réunion et Madagascar, pour ceux qui n’ont pas suivi) sur les murs. Dans les oreilles, du maloya comme on en produit à la pelleteuse à la maison, qui fait « oté, la Rényon, la Rényon » en boucle jusqu’à plus soif. Difficile de faire plus typique.

Bénéficiant d’un bon bouche à oreille, le restaurant est rarement vide et peut afficher complet le samedi soir. Il vaut donc mieux réserver, surtout si on vient nombreux.
_ Il n’y a pas de menu enfant, mais mon poussin de quatre ans a dévoré son rougail bœuf.

Oph,
_ reporter de l’extrême Grand Sud