Télé en décembre

Décembre, c’est ce mois magique où on fait péter la carte bancaire en espérant très fort que les cadeaux choisis feront plaisir, vu ce qu’ils ont coûté. On se lâche aussi sur plein d’autres choses: le foie gras, la bûche glacée, le boulot [[Surtout chez les plus jeunes: une connaissance qui travaille dans le milieu enchanté de l’école primaire confirme qu’à cet âge, les derniers jours avant les vacances, c’est « la fête du slip, y’en a pas un qui écoute sauf si tu prononces le mot Noël ».]], l’univers et le reste. Dans le petit poste de télévision, c’est pareil. Tout le monde se détend, et des fois, même le PAF, habituel garant de la routine, ne ressemble à rien de structuré. A croire que c’est une tradition, une vieille charte ou quelque chose comme ça.


Le mois de décembre a ses rituels: le calendrier de l’Avent pour les gnomes, le Téléthon pour avoir bonne conscience, la nouvelle Miss France qui est particulièrement moche cette année, la finale de la Star Academy qui opposera une fois de plus une demoiselle à un damoiseau [[La nouveauté en 2006, c’est que pour la première fois, toutes les fourberies du monde n’ont pas réussi à imposer la traditionnelle « demi-finale garçons », ou alors c’est que la dénommée Cynthia n’est pas du tout ce dont elle a l’air.]], le retour de l’ami Jean-Pierre et d’Obi-Wan Kenobi. Insidieusement, les programmes habituels cèdent le pas à des émissions dites « à superlatif »: les 50 plus belles femmes du monde, les 50 chanteuses les plus marquantes, ou comme hier soir, les 30 impostures les plus incroyables [[D’ailleurs, si quelqu’un peut faire une criticounette constructive de cette émission que je n’ai pas vue, ça peut être intéressant.]]. Et dans la dernière semaine avant la nouvelle année, ça s’accélère. Toutes les émissions font leur best-of, et puis on enchaîne avec les inévitables bêtisiers, immanquablement présentés par d’accortes jeunes dames blondes dans des studios en forme de salon avec un sapin dedans. La soirée du Nouvel An est le summum du nawak avant de tourner la page et de se présenter au matin du 1er janvier, tiré à quatre épingles dans un costume anthracite flambant neuf, sérieux comme un pape pour annoncer ses bonnes résolutions.

Heureusement, du côté de la fiction, ça se passe mieux. L’ami Horatio garde ses lunettes de soleil et Abby reste la seule à pouvoir vanner Gibbs sans se prendre une beigne. C’est sans doute parce que nos distributeurs ont une fâcheuse tendance à passer les épisodes de Noël n’importe quand (pour les dessins animés, c’est souvent en septembre, ai-je cru remarquer). Dans tous les cas, tant que les séries n’ont pas été éjectées de la grille de programmes par les trucs de fin d’année, tout va bien, on contrôle encore à peu près.
_ Quant aux inévitables « films de Noël », leur définition est à géométrie hautement variable d’une chaîne à l’autre: cela va du vieux classique avec Gérard Philipe (Arte) à l’épopée med-fan avec des kangourous qui font des arts martiaux (M6). C’est souvent une bonne occasion d’enregistrer quelques somptueux nanars. Et ça permet de patienter à peu de frais quand on est coincé à la campagne au milieu de rien [[On dira ce qu’on voudra, mais connaissant Provenchères-sur-Meuse, je parie tout ce que vous voulez que Marly-Gomont, à côté, c’est super animé. Au moins, ils ont un terrain de basket.]] et que le réveillon ne commence que dans six heures.

N’oublions pas l’inévitable marronnier des enfants devenus grands, j’ai nommé Génération Albator dans la nuit du 24 au 25 décembre. Sous couvert de nostalgie, l’émission achève de tuer nos illusions en nous faisant prendre conscience de ce qu’étaient vraiment les dessins animés qui nous ont fait rêver il y a vingt ans: des produits de grande consommation dessinés à la va-vite à cause de fortes contraintes de production, culminant à 3 images par seconde dans les meilleurs moments.

C’est une chance, finalement, que cette période soit propice aux réunions de famille où on a autre chose à faire que mater la télé bêtement.
_ Si je m’ennuie? Réponse 3, je regarde un DVD.
_ Et c’est mon dernier mot, Jean-Pierre.

Oph