Le tour du monde…

J’ai quelque part dans mes cartons une photo de ma petite soeur (une dizaine d’années à l’époque) complètement scotchée par les poupées dansantes de l’attraction disneyenne à la guimauve « it’s a small world ». Tous les enfants sont conquis par cette féérie musicale, où des poupées habillées aux couleurs du monde entier chantent la même chanson, chacune dans sa langue. Quand on est adulte, cependant, la magie prend beaucoup moins, surtout après une douzaine d’années d’exploitation. De passage chez Mickey, j’ai pris le temps de noter mes impressions.


Des couleurs de bonbons, des personnages avec de faux airs de Playmobils géants, c’est la troisième chose qui frappe quand le bateau entre dans l’attraction. La première chose était le placement produit France Télécom, dès l’entrée dans la file d’attente; la deuxième, la chanson, entêtante, omniprésente, prodigieusement agaçante. Si l’on n’y prend garde, on la garde en tête jusqu’à la fin de la semaine [[Proposition de contre-chanson: Rimini des Wampas. Ce titre-là tient bien au corps aussi, mais c’est infiniment moins désagréable.]].

Le principe de l’attraction est de faire le tour du monde au fil d’une balade en bateau au milieu d’un décor où dansent des poupées. Mais alors, quel monde! Attention les yeux, l’inventaire est très partiel, mais c’est déjà du lourd.
– La France: des danseuses de cancan sous la Tour Eiffel.
– L’Italie: un char romain devant la silhouette du Colisée.
– L’Egypte: de toute évidence, ces gens-là sont restés en l’an -2000.
– Le Kenya: une brochette de guerriers masaï.
– L’Australie: un aborigène avec un boomerang flanqué d’un petit blond en costume colonial [[A ce point de l’attraction, un chœur de « C’est Sae! Bonjour Sae! » s’élève du bateau. C’est éminemment private joke, mais ça valait la peine d’être mentionné.]]. Même pas de chapeau à bouchons.
– Le Canada: un garde de la police montée, un orignal, un Inuit qui pêche sous la glace.
– Les USA: le Far West, les Rednecks et Hollywood.

On sort de là avec du cliché jusqu’aux oreilles, de la guimauve débordant en grosses vagues roses de tous les pores de la peau. Pour peu qu’on ait de l’humour, ça passe très bien à coups de « muahaha, que c’est niais ». Parce que quand même, c’est drôlement mignon.

Mais le pire reste à venir: le paradis des poupées. Les mêmes que précédemment, toutes réunies sur les mêmes manèges dans des costumes blancs. Il y a de la paillette partout, des poupées bavaroises dansent main dans la main avec des poupées mexicaines, la joie, le bonheur, la paix dans le monde… Sauf que l’attraction fonctionne depuis déjà bien des années. De nombreux personnages présentent de sérieux signes d’usure, notamment au niveau de la bouche. Du coup, quand ils chantent, des crevasses s’ouvrent dans leurs joues, leur donnant une inquiétante allure de Chucky. C’est alors que le visiteur doté d’un peu de sens critique comprend qu’en fait, il est tombé en enfer.

Heureusement, cette partie ne dure pas longtemps. On a vite fait de quitter le faux paradis des Chucky cannibales en strass. Ne reste que la musique, ancrée dans la tête comme si sa vie dépendait de notre temps de cerveau disponible.

« Comptez vos neurones! »
_ « Un, deux… Il y a quoi après deux? »

Le visiteur un peu faible (typiquement: un enfant), correctement mis en situation après un tel traitement, est prêt à s’attarder dans la publicité France Télécom par laquelle on est obligé de passer pour sortir de l’enceinte de l’attraction. Le visiteur critique, quant à lui, prend ses jambes à son cou en délogeant d’un geste nerveux les petites notes de musique encore accrochées à sa chemise.

« It’s a small world » à Disneyland, une attraction à faire si vous avez de jeunes enfants ou si vous voulez mettre à l’épreuve votre santé mentale. Pour caser une demande en mariage, préférez Space Mountain, qui aura au moins le mérite de l’originalité.

It’s a small Oph after all