Onigiri, la BD

Un onigiri, c’est une boulette de riz ronde ou triangulaire qui rentre dans la catégorie des amuse-gueules traditionnels japonais. Haku en fait manger à Chihiro pour la réconforter, dans le film de Miyazaki avec Chihiro dedans [[Le Voyage de Chihiro, pour rappel ou pour les deux du fond qui ne connaissent pas le film.]]. Maintenant que vous avez l’aspect visuel en tête, oubliez-le, vite. Il n’y a pas d’onigiri dans la BD Onigiri. On peut presque dire, vu le degré de nawak du truc, que c’est la seule chose qu’on n’y trouve pas. Mais rassurez-vous, il y a une explication [[Explication malheureusement moins poétique que celle du roman l’Automne à Pékin de Boris Vian, qui tient son titre du fait que l’action se passe en été et que le mot « Pékin » n’apparaît même pas dans le bouquin.]], que je vais me faire le plaisir de détailler dans ce qui suit.


Onigiri fait partie des BD collectives hébergées sur un site apparenté à l’Oubapo (Ouvroir de bande dessinée potentielle), le petit frère de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), dont vous avez peut-être entendu parler. A l’Oubapo, on expérimente des trucs pour élargir l’horizon de la BD: planches pouvant se lire à l’endroit ou à l’envers, variations autour du même dessin, cases intercalées pour changer les histoires… Quand des gars comme Sfar ou Trondheim s’y mettent, ça donne souvent des résultats très intéressants. Mais le cas de notre boulette de riz est un peu différent. Le concept d’Onigiri est simple: en partant d’un synopsis de base ultra-minimaliste et sans concertation entre les participants, un artiste différent prolonge l’histoire chaque semaine. C’est en suivant un lien laissé comme un cheveu sur la soupe dans un coin de Nanarland par un des co-auteurs que j’ai atterri sur la page.

Je résume le concept tel qu’il fut posé à l’origine:
_ Une lycéenne (blonde) est chargée d’aller porter ses devoirs à une camarade de classe absente depuis plusieurs jours. Cette dernière étant solitaire (brune) et auréolée d’une vilaine réputation, la mission a toutes les apparences d’une sale corvée. Et puis ça part complètement en live.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat suit ces instructions à la lettre. A partir du moment où Evie sonne chez Edéna [[La personne qui a choisi le nom de la camarade de classe savait-elle qu’Edéna est une marque d’eau de source? Etait-ce un jeu volontaire avec le fait que « Evie » sonne un peu comme « Evian »?]], ça devient n’importe quoi. Arrivent en pluie pouvoirs magiques, métamorphoses nanardes, mec à poil, lapin géant, voyages temporels et ficelles scénaristiques grosses comme des câbles d’amarrage de NGV. Cette faiblesse découle avant tout du concept, qui fait que faute de fil directeur, chaque auteur veut mettre l’histoire à sa sauce et trouve donc les moyens les plus invraisemblables pour aboutir à une situation qui lui convient. Mais on peut supposer que des auteurs de niveau professionnel feraient ça de façon plus subtile.

Livrée à la folie des auteurs, Evie a du souci à se faire!

Par un art de la transition qui doit vous laisser grave baba devant tant de virtuosité de ma part, on en arrive en effet à une seconde particularité d’Onigiri. La BD n’est pas réalisée par des artistes reconnus, ni même par une bande de copains qui se connaissent bien. Elle est une émanation directe du forum Onigiri, un très joli mais guère actif bulletin-board de dessinateurs, amateurs pour la plupart (même si on y croise des auteurs édités, Patricia Lyfoung [[Auteur chez Delcourt de la Rose Ecarlate, une sorte de « shôjo-manga-like au format franco-belge », Patricia Lyfoung a fait ses armes dans le magazine Coyote avec Strike, une sitcom de base-ball pas très aboutie.]] par exemple). Déjà, ça explique son titre, comme je l’avais promis. Mais aussi, ça signifie que les gens qui y participent n’ont en commun, en gros, que la passion du dessin. Du coup, si le niveau graphique de certains rend leurs planches très agréables à lire, Onigiri souffre d’un manque de cohérence indéniable. C’est n’importe quoi comme prévu, mais le Chaos n’est pas le bordel, et un nawak un peu plus lissé aurait sans doute eu plus de charme.

Ceci étant, pour ne pas être en reste, votre servante a pris un ticket pour ajouter sa pierre en papier-pixel à l’édifice. Et j’ai bien envie d’exploiter un détail du scénario pour créer une Evie berserk [[A condition que les planches à venir ne l’amènent pas dans une situation incompatible avec mon idée. La solution alternative du « c’était comme ça mais non en fait » a déjà été utilisée plusieurs fois.]]. Ça ne ferait que son quatrième changement d’apparence depuis le début de la série…

Et si on faisait une BD collective du Chaos?

Oph-nigiri