Poubelle la vie

Depuis quelques mois, France 3 poursuit sa mission de promotions des régions de France en tentant de nous convaincre que Marseille, c’est un bon cadre pour un soap opera « à la française » [[Comprendre: qui singe au mieux ses modèles américains tout en conservant une certaine forme de kitscherie franchouille, un grand écart forcément contre nature.]], avec du drame, de l’action et des rebondissements. Résultat: même les Inconnus faisaient plus crédible avec leur satire de mauvaise série hospitalière, alors qu’ils avaient dix fois moins d’acteurs, vingt fois moins de budget et faisaient exprès de mal jouer.


Plus belle la vie. Un titre prometteur, plutôt joli, une promotion axée sur la ville de Marseille qui sert de cadre à l’intrigue, et un lancement presqu’en fanfare (à l’échelle de France 3 qui fait plutôt dans la discrétion). On pouvait espérer tomber sur une série axée sur les relations entre les personnages, qui développe un peu leur psychologie et invite le spectateur à venir s’installer dans les Bouches-du-Rhône. Sauf que cela aurait été trop facile. En quelques mois, Plus belle la vie s’est taillé une réputation nanarde presque au même titre que Pour être libre, la série des 2Be3, avec laquelle elle a d’ailleurs comme un air de famille au niveau de l’intitulé.

Alors j’ai vu. Ayant zappé dessus, j’y ai laissé traîner un œil, pour voir. Avant de devoir le ramasser par terre, où il était tombé, sous le choc.

De toute évidence, Plus belle la vie lorgnait très sérieusement du côté de Sous le soleil, dans le genre mythique du soap français à haut potentiel cérébral. Mais en beaucoup moins bien. Ce qui n’est pas peu dire.

Je n’avais pas vu Marseille. J’avais vu une série de décors de studio dignes de Premiers Baisers, et un bout de rue qui aurait pu se trouver à Paris ou à Nantes que ça n’aurait rien changé.
_ Je n’avais pas vu d’action. J’avais vu une tentative de meurtre d’une incroyable mollesse, suivie d’une arrestation encore moins dynamique qu’une scène d’exposition des Cinq dernières minutes [[Série par ailleurs fort intéressante, écrite par de vrais scénaristes, avec des clins d’oeil, une ébauche de jeu télé, et portée par d’excellents acteurs. Mais à qui aucune chaîne ne donnerait sa chance de nos jours.]].
_ Je n’avais pas vu de drame. J’avais vu une bande de jeunes pas très motivés faisant mine d’avoir des ennuis, au comptoir d’un café tenu par une jeune dame que même la boulangère de 5 rue Sésame, elle est crédible à côté. Seul point positif: ils n’étaient pas tous massés sur le même coin de banquette pour faire artificiellement face à la caméra, comme cela se faisait couramment dans les sitcoms pour djeun’s des années 90.
_ Je n’avais pas vu de rebondissements. J’avais vu un drôle de contraste entre quelques acteurs qui faisaient de leur mieux pour interpréter un personnage dont la psychologie tenait sur une demi-feuille de PQ, et les autres qui jouaient complètement à côté de la plaque, laissés en roue libre par un réalisateur très mauvais ou totalement démotivé (voire les deux), et dont les efforts pour ne pas regarder la caméra faisaient peine à voir.

Sur l’échelle des bouses sympathiques qu’il m’a été donné de voir, au moins, le nanar porno des années 80 [[Sous la jupe ramtamtam pas de culotte dzinng!]] que j’avais commenté à la radio il y a longtemps donnait l’impression d’avoir été filmé par des professionnels. Ce n’est même pas le cas de Plus belle la vie. Sans doute par flemme d’avoir des plans à penser et à monter, la réalisation est d’un statique à faire peur. Même quand les acteurs, déjà pas bien actifs à la base, font réellement quelque chose, c’est montré de façon tellement molle que même du théâtre filmé, un épisode des Feux de l’Amour ou un interrogatoire de Derrick paraissent plus dynamiques.

Récapitulons: un scénario qui casse encore moins de pattes à un canard que la trame du feuilleton de l’été de TF1, une réalisation archi-pourrie, des décors en toc, des acteurs en mousse, des personnages livrés par paquet de trente et qui n’ont que des prénoms. Pour faire simple, Plus belle la vie est un condensé de tout ce qu’il ne faut pas faire. La série rentre bien dans la catégorie du nanar, version « franchouille nawak », mais il lui manque un peu d’humour volontaire pour être vraiment drôle [[Parce qu’en plus, c’est une série qui se veut ‘achement sérieuse, avec des drames humains, des tensions, de la rivalité, de l’amour. Un vrai soap, quoi.]]. En l’état, son potentiel de sympathie tient avant tout à l’extrême nullité collective de l’ensemble des personnes qui ont travaillé à la faire. Mais ça revient à rire de beaucoup de monde, sans avoir aucune tendresse pour eux par ailleurs [[Tandis que Lou Ferrigno en Maciste monolithique, avec ses airs de gros nounours, on l’aime bien quand même.]]. Et ça donne l’impression d’être un vilain méchant cynique.

Ou alors, c’est un hommage au cinéma d’Ed Wood, mais alors, la pelure de scénario est encore beaucoup trop limpide et on comprend trop bien ce qui se passe.

Dans tous les cas, si vous avez l’intention de réaliser un court métrage un de ces jours, astreignez-vous à regarder un épisode et à faire exactement l’inverse de tout ce que vous verrez. Ça vous sera sans doute utile. Et si vous réalisez déjà des courts métrages, une dose de Plus belle la vie vous aidera à avoir une meilleure opinion de vos œuvres.

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