Conte de Noël Lovecraftien 2010

In hoc signo vinces

Un conte de Noël Lovecraftien

Arkham, 24 décembre 1922

Stanley Radcliff referma le parapheur de maroquin bleu qui se trouvait sur son bureau, et boucha son encrier. Avec méthode et précision, il nettoya sa plume de fer, rangea les lourds registres de navigation aux couvertures toilées marquées de lettres d’or, rajusta son gilet et enfila sa veste de velours vert aux coudes pourvus de ronds de cuir. Le jeune associé de la Hudelstone & Radcliff Shipping Agents Company consulta sa montre bracelet flambant neuve, et jugea qu’il était temps de rentrer à son domicile.

Dehors, une pluie fine et battante passait en rafales sur le fleuve Miskatonic. Ayant éteint la lampe électrique qui fournissait à son office une lumière moderne, sûre et fiable, il demeura quelques instants dans la pièce obscure. Son regard fut attiré par le veilleur de nuit de la Hudelstone & Radcliff. Le vieux Jim arpentait en boitant les quais du fleuve au bord desquels dansaient mollement quelques barges aux hautes coques noires. L’homme, toujours agité de tics nerveux, balayait du faisceau de sa lampe tempête les montagnes de caisses bâchées, à la recherche d’un hypothétique rodeur.

Stanley entendit la porte du bureau voisin se refermer, et un lourd trousseau de clefs s’agiter contre le bois de la porte. Il fit quelques pas rapides vers le portemanteau, pour y décrocher manteau et chapeau. Il retrouva l’honorable Ebenezer Hudelstone sur le palier.

– Ah ! Stanley ! Et bien, je vois que nous avons tous deux eu la même idée. Oui, oui, il est temps de rentrer. Inutile de veiller tard dans nos bureaux le soir de Noël !

Stanley fut soulagé de cette réaction de la part du vieil homme. Ebenezer était un modèle, mais il était parfois imprévisible pour lui. Compétent en affaires, intraitable avec ses concurrents et dur au labeur, il n’en était pas moins généreux avec ses employés, et avait cette pointe d’excentricité joviale que l’on tolère avec bienveillance chez les personnes d’un âge, mais qui serait inconcevable chez un individu plus jeune. Dans son bureau on pouvait trouver une Bible, des ouvrages sulfureux de James Joyce ou Oscar Wilde, quelques ouvrages latins de Tite Live ou d’Ovide, et même des exemplaires plus improbables d’ouvrages allemands aux titres incompréhensibles. Parfois, Stanley se demandait comment un tel homme avait put devenir agent maritime.

– Nous vous verrons à la messe, Monsieur Hudelstone ?

– De grâce, Stanley, pour la centième fois, appelez-moi Ebenezer ! Nous sommes associés, que diable ! Non, non… Je ne crois pas. Mais je sais que notre sauveur ne m’en tiendra pas rigueur. Je crois que je vais plutôt rentrer et passer la soirée avec Charlie et un bon cigare.

Il termina sa phrase d’un clin d’œil facétieux, qui fit remonter ses abondants favoris. Charlie était son labrador, son unique compagnie en ce soir de Noël. Stanley lui avait proposé de se joindre à sa famille pour la veillée, mais le vieil homme à la face aussi rubiconde que son gilet de soie sauvage avait décliné poliment cette invitation, non sans avoir fait livrer de merveilleux présents à Madame Clarissa Radcliff pour s’excuser de son refus.

Ils devisèrent quelques instants, prenant soin de fermer à clef toutes les portes de l’immeuble austère qui abritait leur compagnie. Les employés avaient eu congé à midi sonné, marque de générosité du vieil Ebenezer. Bien qu’associé, Stanley le laissait diriger la compagnie d’agents maritimes avec un mélange de courtoisie et –souvent– d’incompréhension. Eduqué dans les meilleures écoles de Nouvelles Angleterre, le jeune Radcliff était l’héritier d’une longue tradition d’hommes d’affaires évangélistes, certains de leur destinée et du soutien indéfectible de Dieu aux individus les plus méritants. Confronté au positivisme pendant son parcours universitaire, Stanley y avait finalement conforté ses convictions : Darwin et Calvin se rejoignaient dans la victoire des forts, que cela fut par prédestination ou sélection naturelle.
La volonté de Dieu s’affirmait directement ou indirectement, et l’échec des faibles n’était que l’issue inéluctable d’une logique divine de sélection des espèces et des individus.
La pluie redoublait, et un vent glacé et tranchant leur cingla le visage comme ils sortaient de l’immeuble. La pluie oblique rendit vite inutiles les petites lunettes rondes de Stanley, qui se résolut à les ôter. Devant lui, l’unique lampadaire à gaz du quai se mua en un halo lumineux inquiétant. Sa myopie s’aggravait d’année en année, et il serait bientôt incapable de trouver son chemin dans les rues d’Arkham sans ses verres correctifs sur le nez. Baissant la tête vers la poche de son manteau pour en sortir son étui à lunettes de cuir souple, il remarqua que Hudelstone tenait un petit paquet dans la main, un cube de papier kraft, entouré d’un nœud rouge. Il songea que Ebenezer avait un cadeau à lui faire et, par politesse, se résolut à attendre que le vieil homme ait choisi son moment.

Ils firent quelques pas le long du quai, en direction de Garrison street. Ebenezer semblait chercher quelque chose du regard.

– Vous avez perdu quelque chose, cher associé ?

Le vieil homme ne répondit pas. Il se dirigea vers une haute pile de caisses de bois couverte d’un filet de chargement. Hudelstone avait encore la vue perçante, et il avait remarqué le mince filet de fumée qui s’en échappait.

– Ah ! Jim !

Contournant l’obstacle, ils parvinrent au bord du fleuve. Là, adossé aux boites, le veilleur de nuit contemplait les eaux sombres du Miskatonic qui grondaient entre les coques de tôle rouillées et le quai de pierre. Il marmonnait en fumant une cigarette, l’air absent.

Stanley ne l’aimait pas. C’était un homme étrange, agité de tics. Quel âge pouvait-il bien avoir ? Cinquante ? Soixante ans ? Peut-être d’avantage. Il était marqué par la vie. Son crâne pelé portait de grandes plaques de psoriasis, et son visage était zébré d’improbables cicatrices. La couperose de ses joues suggérait un individu alcoolique, ce que le la déformation perpétuelle de sa poche de caban par une bouteille de mauvais whisky venait confirmer. Un individu raté, manifestement limité dans son intelligence et dans ses capacités, et pour lequel Stanley avait un mélange de mépris et de curiosité morbide, à l’image des spectateurs qui se pressaient toujours nombreux dans la galerie des monstres du cirque de Mr Barnum. Il ne comprenait pas très bien pourquoi Hudelstone le conservait comme employé malgré sa dolence, ses infirmités et son peu d’entrain au travail. Peut-être son apparence inquiétante était-elle utile à un veilleur de nuit, mais il doutait que l’homme fut capable d’arrêter qui que ce soit.

– Jim, tout va bien ?
– Oui, M’sieur Hud’stone. Maudits poissons. Poissons de misère. C’est ce soir, M’sieur.
– Oui Jim. Noël, c’est en effet ce soir. Vous devriez rentrer chez vous !

Le veilleur ne répondit pas. Il logeait dans un des entrepôts du port, dans un appentis insalubre et encombré d’objets étranges, de bouteilles vides et, assez curieusement, de vieux livres. Stanley l’avait parfois observé y rentrer en boitant, en se demandant quel pouvait bien être l’usage de cet homme pour l’espèce humaine ? Sans doute une voie sans issue de l’évolution, une erreur de la sélection naturelle, condamné par avance par Dieu et les hommes.

– Tenez, Jim. Joyeux Noël !

Ebenezer tendit à l’homme le petit paquet de kraft. Stanley remarqua, plié sous le paquet, un billet de banque de vingt dollars. Stupéfiante générosité envers un simple veilleur de nuit, qui plus est particulièrement médiocre. Le jeune homme lissa sa fine moustache en contemplant le vieux marinier se saisir du paquet d’une main agitée de spasmes désordonnés. Il marmonna d’incompréhensibles propos à l’encontre du vieil homme, et replongea bien vite dans ses méditations.

Les deux associés s’éloignèrent sans un mot. Stanley se sentait affreusement gêné, et ressentait une pointe de jalousie à l’encontre du veilleur de nuit. Pourquoi lui ? Quelle était la raison de cette gratification ?
Ils parvinrent finalement à la hauteur du croisement entre Garrison et Main Street. Les lumières d’Arkham avaient chassé les ténèbres des quais. La pluie avait cessé provisoirement, et Stanley pu remettre ses lunettes, et revenir dans le monde réel, loin des ombres inquiétantes et des monstres des quais. Il ne pouvait pourtant se départir d’un étrange et profond sentiment de malaise.

– Vous avez été très généreux avec cet homme.
– Bah ! Il faut être généreux envers nos frères moins fortunés. Nous ne savons pas ce que le destin nous réserve.
– Ne pensez-vous pas que cet homme mérite son destin ?
– Allons, allons Stanley… Quel homme peut prévoir les accidents de la vie ? Ne jugez pas les individus d’après leur apparence, sans connaître leur histoire. Demain, nous pourrions fort bien être à sa place et lui à la notre ;
– Permettez-moi d’en douter. Que contenait le paquet ? Si ce n’est pas indiscret ?
– Oh, une babiole. Jim aime les artefacts du monde maritime. C’est une bricole que j’ai trouvé chez le bouquiniste à l’angle de Garrison et Curwen. Une tabatière en cuivre, ayant soi-disant appartenu à un marin anglais de l’époque des treize colonies. Le bouquiniste m’a dit l’avoir acheté à un collectionneur de bizarreries qui l’aurait trouvée sur une plage à Inssmouth.

Arkham, 24 décembre 1902

Le professeur Hopkins traversa en trombe le grand hall du bâtiment Atwood, les bras chargés de plusieurs ouvrages de poids. Le jeune universitaire était affreusement en retard. Il devait rendre une communication importante, corriger plusieurs copies, et s’occuper des cadeaux de Noël de sa fiancée et de sa belle famille…

– James Hopkins ! Où allez-vous de ce pas martial ?

Le doyen de l’Université du Miskatonic brisa son élan. Ses semelles de cuir glissèrent sur le marbre ciré du grand hall des sciences. La voix haute et forte du doyen avait fait se retourner quelques étudiants et étudiantes. Les jeunes filles s’attardèrent sur le jeune Hopkins, individu brillant à l’intelligence foudroyante, qui avait en quelques années accumulé plusieurs doctorats en mathématique, physique, archéologie, histoire et littérature. Dévorant les savoirs et élaborant les constructions intellectuelles les plus audacieuses, le jeune chercheur correspondait avec les personnalités les plus éminentes du monde universitaire, et à vingt-huit ans seulement les plus grandes universités d’Amérique et d’Europe lui ouvraient les bras. Pourtant, il souhaitait demeurer à Arkham, et poursuivait avec assiduité de complexes recherches dans des disciplines assez ésotériques.

– Je dois passer à la section de littérature ancienne. J’ai promis à Peabody de lui rendre ces ouvrages avant ce soir.

Le doyen fit une moue perplexe, et, chaussant ses besicles, tira un des ouvrages de la pile.

– « Le Roi en Jaune »… Et bien mon ami, vous-vous adonnez au théâtre français ? Encore une lubie ?
– Pas tout à fait, professeur.
– Bon, bon… J’ai quelque chose à vous montrer. C’est tout à fait remarquable… Passez dans mon bureau de l’Armitage avant midi.

Hopkins pesta intérieurement contre ce nouveau contretemps. Il avait tant à faire. Il espérait qu’il ne s’agissait pas de documents administratifs assommants, d’états comptables de l’université ou de pénibles mémoires sur l’organisation des cours. Malgré tous les efforts du doyen pour l’associer à la vie et à l’organisation de la noble institution aux murs de briques couverts de lierres séculaires, il ne parvenait pas à se plonger dans cette partie de la vie du parfait universitaire.

Arrivé dans la l’Armitage library de l’université, Hopkins se débarrassa de sa corvée de livres et monta quatre à quatre les escaliers qui menaient au bureau du doyen. Arrivé dans la grande pièce qui sentait bon le tabac de Virginie, le vieux cuir et le potpourri de fleurs séchées, il fut instantanément fauché dans ses préoccupations par ce qu’il y trouva.
Le doyen était debout près de la grande table de merisier qui d’ordinaire était chargée de livres et de dossiers de recherche. On y avait fait un ménage radical, et trônait maintenant au milieu de l’ovale de bois une étrange statuette d’environ un pied de diamètre. Elle représentait un être amorphe, tentaculaire, parsemé de polypes étranges et d’appendices incongrus. Deux yeux protubérants et clos dépassaient d’un renflement qui pouvait être une tête. Hopkins pensa d’abord qu’il s’agissait d’une céramique, mais en s’approchant il crut distinguer des veines boisées. Le contact était froid comme du métal, et vaguement désagréable.

– Stupéfiant, n’est-ce pas ?
– Absolument, professeur, répondit-il l’air absent, ne pouvant détacher son regard du protoplasme tentaculaire. D’où vient-elle ?
– Du port.
– Pardon ?
– Amenée ce matin. Trouvée dans le filet d’un pêcheur au large d’Inssmouth, dans un sac de toile. Elle pèse un poids stupéfiant pour sa taille, plus de trente livres !
– Curieux. Sa facture est mélanésienne je dirais. Peut-être un minerai rare du Pacifique.
– Même avis en ce qui me concerne. Malheureusement le professeur Daniels est en congés à New Haven pour la semaine, nous attendrons-donc son retour pour avoir son avis d’expert. Voici le sac qui contenait la statue.

Il s’agissait d’un fort sac de toile cirée et goudronnée, jadis cousu et calfaté. Il avait résisté aux assauts du temps, et dieu seul savait depuis combien de temps il était au fond de l’eau.

Hopkins regarda le sac sous toutes ses coutures. Il crut distinguer une inscription à l’intérieur. L’enthousiasme des deux universitaires était pareil à celui d’écoliers devant un jeu de piste au trésor. Ils découpèrent consciencieusement la toile, et exposèrent les lettres brouillées par l’humidité près du bec de gaz qui brulait au mur du bureau du doyen. « HMS Sidon ».

– Un navire Anglais, manifestement. Cela ne me dit rien. Et vous, Hopkins ?
– Je crois avoir lu quelque chose à son propos. Dans les archives d’Arkham. Un naufrage pendant la Guerre d’Indépendance, je crois.
– J’envie votre prodigieuse mémoire, Hopkins. Une mémoire instantanée. « Photographique », pour employer le vocabulaire des nouvelles technologies.
– Professeur, puis-je emprunter la statuette ?
Le doyen remarqua le regard avide du jeune professeur. Ses yeux étaient dilatés, son visage tendu, et il remarqua qu’il déglutissait plusieurs fois de suite, comme s’il avait la gorge sèche. Il prit cela pour de l’excitation.
– Bien entendu. Mais de grâce, ne l’offrez pas à Amanda ! Elle pourrait rompre vos fiançailles !

Le reste de la journée passa trop rapidement au goût de Hopkins. Sachant que son futur gendre était du genre à oublier jusqu’à la soirée de Noël, l’honorable Francis Cleverfield, juge de paix à Arkham, avait envoyé son fils, Harvey, pour extraire « manu militari » le jeune chercheur de ses lectures. C’est avec un regard circonspect que le futur beau-frère de Hopkins l’avait regardé emballer jalousement une forme étrange dans un sac de coton. Lubie ? Cadeau ?

– Votre sac semble lourd, James. Vous voulez un coup de main ?
– Jamais ! Non je… Non merci, Harvey. Prenez plutôt ce registre de navigation.

Harvey Cleverfield ne releva pas l’interjection, pourtant lancée avec un regard parfaitement menaçant. Il mit cela sur le compte de l’improbable caractère que développent inéluctablement les esprits supérieurs lorsqu’ils passent trop de temps déconnectés de la réalité du commun des mortels.
Hopkins s’acquitta de sa tache d’achat des cadeaux de Noël avec beaucoup de détachement. Il avait trouvé un compte-rendu du naufrage du HMS Sidon dans des archives du New Hampshire Gazette.

Apparemment, la frégate avait fait naufrage la nuit de la Nativité devant les grands bancs d’Inssmouth, alors qu’elle revenait d’un voyage d’exploration dans le Pacifique oriental. Le navire, qui rentrait en Angleterre avec d’importants spécimens botaniques et anthropologiques, avait été dérouté lors d’une escale aux Antilles pour faire cap sur la Nouvelle Angleterre, et renforcer les stations du blocus que la Royal Navy tentait de maintenir le long des côtes Américaines. Le plus étonnant dans ce naufrage était qu’il avait eu lieu par beau temps, dans des eaux bien cartographiées, et par une belle nuit étoilée. Un seul corps déjà mutilé par les prédateurs sous-marins avait été rejeté par la marée, un jeune officier de la Royal Navy identifié comme étant le lieutenant Andrew Hudelstone.

– James, êtes-vous sûr que ça va ?
– Oui, bien entendu Monsieur Cleverfield. Je vous remercie.
Le jovial magistrat de la ville sourit au jeune professeur. Ses pommettes rondes et luisantes remontèrent sous ses yeux malicieux. Il posa un doigt sur son nœud papillon. Hopkins réalisa qu’il avait omis de nouer le sien, et que celui-ci pendait lamentablement à son col de chemise.
– Amanda n’est pas encore rentrée. Je vais vous aider. Alors, qu’est-ce qui vous obsède aujourd’hui ? Un nouvel article de Rieman sur les mathématiques non-euclidiennes ?
– Pas du tout. Je fais des recherches sur le naufrage d’une frégate britannique pendant la Guerre d’Indépendance.

Le juge Cleverfield saisit la balle au bond. Les sujets de conversation accessibles étaient rares avec son futur gendre, et il connaissait fort bien l’histoire de la région. Son père, Réginald, avait amassé quantité de documents datant de cette époque troublée, et qui se trouvaient dans l’imposante bibliothèque familiale, scrupuleusement rangés et classés dans de lourdes boites d’archives.

– Vraiment ? Formidable ! Puis-je les voir ? Maintenant ?
– Hé bien ! Pour une fois que je suscite votre intérêt, jeune homme !

Hopkins se passionna pour ces archives. Il ne vit pas l’heure tourner, ni n’entendit sa fiancée entrer dans la pièce. Alors que le juge l’avait laissé seul depuis quelques minutes, Amanda fit son apparition. Toujours belle, toujours avec ces longs cheveux noirs de geai, ces grands yeux d’un bleu azur et ce teint sans défaut. Elle fronça de fins sourcils inquiets en voyant l’état dans lequel se trouvait Hopkins. Des cernes de fatigue, violacés, étaient apparus sur son visage blanc comme la tombe. Il était décoiffé d’avoir trop tenu sa tête entre ses mains nouées par l’angoisse et l’excitation.

– James, pour la millième fois, vous travaillez trop ! James ?

Il ne répondit pas. Il fouillait dans une pile de papiers issus d’une forte enveloppe de toile, et à laquelle pendait une petite chaine en argent qui s’ornait d’une médaille officielle de la Royal Navy. Manifestement l’officier britannique rejeté sur la côte portait une liasse de papiers. Ils étaient incompréhensibles pour la plupart. Tachés par l’eau malgré la toile cirée, ils étaient couverts en tous sens d’écritures improbables, qui mêlaient symboles mélanésiens, égyptiens, chinois, arméniens et sumériens. Malgré son excellent niveau en langues rares, Hopkins était incapable de discerner une logique, et cela semblait n’être qu’une collection de feuillets sans queue ni tête, remplis par un individu au cerveau malade.

L’esprit mathématique du jeune professeur y devinait pourtant un sens, une raison logique, une suite… Il y avait là une énigme qu’il devait briser. Coûte que coûte. Peut-être qu’en appliquant une transformation de Fourrrier sur les suites de caractères il pourrait construire une représentation géométrique du texte ? Un signal, une forme d’onde ?

– James ?

Amanda posa sa main sur son épaule. Il sursauta, et la regarda incrédule, comme s’il la voyait pour la première fois. A la main, il tenait un parchemin à l’aspect fort ancien, et qui était rédigé en latin. Le texte se résumait à une seule sentence : « In Hoc Signo Vinces ». Elle hésita un instant, clignant des yeux.

– Par ce signe tu vaincras. C’est bien cela, James ?

Amanda était éduquée, et elle était heureuse de montrer à son futur époux que son intelligence se ne limitait pas au choix des corsets et des rideaux d’ornement. Sans vraiment prêter attention à son interlocutrice, il approuva la traduction de la tête.

Le parchemin était déchiré, et on devinait à un trait d’encre noire visible le long de la déchirure qu’il avait du comporter un dessin. Le dessin du signe par lequel on promettait la victoire au lecteur.

– Mais de quel signe s’agit-il, James ? La croix de Jésus Christ ?

Arkham, 24 décembre 1912

Le professeur Hopkins traversa lentement le grand hall du bâtiment Atwood, les bras chargés de plusieurs ouvrages de poids. Boiteux, morne et blafard, il passa près de plusieurs groupes d’étudiants sans remarquer qu’il attirait rires en coin et regards dédaigneux. Les jeunes filles en particulier détournaient le regard à son passage. Les tempes grises, vêtu d’une vieille veste de laine aux coudes usés et d’une chemise élimée, il hésita plusieurs minutes au centre de la pièce, suivant des yeux les motifs des veines vertes du marbre qui couvrait le sol comme si elles avaient des vertus hypnotiques.

– James ! Hé bien ! C’est Noël ! Ne pouvez-vous pour une fois arborer un sourire sur ce visage toujours terne et froid ?
Le nouveau doyen de l’université se tenait devant lui. Il leva lentement la tête, plongeant dans son regard ses yeux noirs, toujours cernés de violet.
– C’est ce soir, professeur Stillwell.
– Oui, en effet, c’est ce soir ! Noël !
– Non, la conjonction astrale autour de Neptune. Comme il y a dix ans.
– Ah ? Peut-être, en effet. Je ne suis pas féru d’astronomie.

Le doyen remarqua que le professeur Hopkins dégageait une odeur épouvantable. Il avait peine à croire qu’il s’agissait là du jeune universitaire brillant qu’il avait connu et qu’il avait tant jalousé, voici dix ans. Il est vrai que le drame dont il avait été frappé aurait rendu des esprits moins solides et moins étayés complètement fous. Au lieu de cela, James Hopkins était devenu un homme mû uniquement par une seule force, celle du travail. Il s’était plongé à corps perdu dans l’étude des civilisations anciennes, de l’occultisme et surtout de la sémiotique, l’étude des signes et de leur signification.
Dix longues années pendant lesquelles il avait accumulé une somme considérable des notes sur les symboles les plus complexes et les plus méconnus des civilisations les plus obscures. Il avait recensé trois-cent dix-huit formes d’ankh égyptien, ou encore sept-cent-trois modèles de swastika bouddhiste. Le mur de son bureau s’ornait de suites interminables de symboles, tous tracés avec beaucoup de soin et comportant d’infimes variations. Au dessus, dominant le tableau noir, la phrase latine « In hoc signo vinces » était suivie du monogramme IHS qui accompagnait généralement la citation attribuée à l’empereur byzantin Constantin, à la bataille du pont de Milvius, le 28 octobre 312. L’empereur avait alors affirmé voir le signe « IHS » dans le ciel, le monogramme du Christ en grec.

Sur le tableau de Hopkins, le signe IHS était barré de rouge.

– James, vous avez quelque chose de prévu, ce soir ?

Le doyen avait suivi Hopkins jusque dans son bureau, et il tentait de se frayer un chemin dans l’effrayant capharnaüm de livres, de statues mélanésiennes, de notes manuscrites et de reliefs alimentaires plus ou moins avariés.

– J’ai du travail. C’est ce soir.
– Je sais, James. Cela fait dix ans aujourd’hui… Cela me peine affreusement de vous voir ainsi. Vous aviez un si brillant avenir devant vous ! Vous devriez être à ma place.

Le doyen était sincère. Il y a dix ans, alors qu’il était l’ainé de Hopkins d’une bonne quinzaine d’années, il jalousait prodigieusement le jeune homme. Il se voyait comme un Salieri qui aurait trouvé son Mozart. Hopkins avait fait un parcours sans faute, n’avait que des amis, une merveilleuse fiancée et il était d’une intelligence si parfaite et si instinctive qu’il ne pouvait que s’incliner avec aigreur et résignation. Lorsqu’était survenu le tragique évènement du 24 décembre 1902 à la maison Cleverfield, Stillwell avait été positivement heureux. Il en avait honte maintenant. La jalousie avait cédé la place à la compassion, et alors qu’il voyait son ancien adversaire réduit à l’état de loque mu par une obsession incompréhensible, il avait développé pour lui les sentiments les plus confraternels.

– Je ne vous propose pas de vous joindre à nous à la messe, mais si vous passiez prendre un verre chez nous vers minuit ? Suzan serait heureuse de vous voir. Personne ne devrait être seul ce soir.

Il mentait pieusement, son épouse ayant en horreur cet homme si effrayant. Et d’ailleurs, il connaissait déjà la réponse. Pourtant, il aurait aimé que Hopkins accepte. Mais James plissa les paupières et oscilla la tête en signe de refus. Il avait pris son regard sombre à l’évocation de la messe. Depuis dix ans, James Hopkins avait développé un anti cléricalisme violent, à la limite de l’hystérie. Il ne pouvait rester dans la même pièce qu’un pasteur ou un prêtre, et avait été surpris plusieurs fois à dégrader des croix ou des représentations du Christ. Interrogé sur la raison de ses actes, il répétait que « ce signe ne vaincrait jamais ».
On lui pardonnait, car il avait été le seul survivant du carnage.

Stilwell, de retour dans son propre bureau, se versa un verre de bourbon. Il médita un long moment sur sa propre existence, la vanité de certains de ses choix, ses erreurs. Il passa une main sur son crane presque chauve, et regarda tristement ses diplômes jaunissants au mur. A quoi bon ?
Il ouvrit un de ses placards, et en tira une pochette poussiéreuse, dans laquelle se trouvait une unique coupure de l’Arkham Advertiser, datée du lundi 29 décembre 1902. On y voyait la photographie du jeune James Hopkins, aux côtés de celle de la demeure des Cleverfields. Depuis neuf ans, la veille de Noël, il relisait toujours cet article, pour se remémorer avec honte cette époque ou la jalousie dévorait son âme.

Noël sanglant à Arkham

Alors que la plupart de nos concitoyens s’apprêtaient à fêter la Nativité en famille, un drame terrible se jouait dans la maison de l’honorable Francis T. Cleverfield, juge de paix dans notre ville depuis plus de quinze ans. Le magistrat et la totalité de sa famille ont été sauvagement massacrés par des individus non identifiés. Les corps ont été découverts par le cousin du juge, Raymond Schœffeld, qui a fait état de blessures épouvantables et de mutilations profondes, apparemment faites à l’arme blanche. La rumeur fait état de décapitations, voire d’autres détails plus horribles encore et que nous nous refusons de divulguer à nos lecteurs en cette période de fête et de recueillement.
Le seul survivant, le professeur James Hopkins, l’un des plus éminents cerveaux d’Arkham, a été transporté dans un état critique à l’hôpital Sainte Marie. Il semble que, malgré ses profondes blessures au torse et aux jambes, il soit hors de danger. Il a été retrouvé sous le corps mutilé de sa propre fiancée, Amanda Cleverfield, dont on peut penser que la mort l’a protégé des pulsions meurtrières des assassins. Il semble qu’il étreignait encore un crucifix, couvert de sang.
L’inspecteur Clifford Anderson, chargé de l’affaire, s’est refusé à tout commentaire. L’asile d’aliénés d’Arkham a apporté un démenti catégorique aux rumeurs selon lesquelles un dangereux psychopathe se serait échappé à la faveur du repas de Noël.
Quelle est la raison de ce crime ? Vengeance ? Crime crapuleux ? Basses œuvres d’activistes socialistes ? Délire d’un malade mental à la faveur de l’éclipse de lune ? Cérémonie impie issue d’un autre âge ?
Les corps ne seront pas exposés au public pour des raisons évidentes, mais des offices seront célébrés dans toutes les églises de la ville, et les employés de la ville d’Arkham observeront trois jours de deuil.

Stillwell referma la pochette, et vida son verre d’un trait. Dix ans. Et ce soir la conjonction astrale de Neptune revenait. Il prendrait soin de fermer à double tour les verrous de sa demeure, et de garder près de lui une arme chargée.

Un détail lui revint à l’esprit. Il y a dix ans, le précédent doyen avait confié à Hopkins une étrange statuette. Curieux. Il ne l’avait jamais revue depuis.

Arkham, 24 décembre 1922

Le veilleur de nuit empocha le billet de vingt dollars. Il regarda la tabatière de cuivre. Elle portait, gravée sur le couvercle, un Christ en croix. Il fronça les sourcils, et émit un grondement sinistre. De toutes les forces de son bras meurtri, il lança la tabatière sur le sol, pour qu’elle s’y fracasse.

James Hopkins prit une longue gorgée de whisky. Depuis dix longues années, il se morfondait, comme un clochard, dans les rues d’Arkham. La nuit de Noël 1912 lui avait couté ce qui lui restait de raison et de respectabilité, et l’avait conduit pendant six longues années dans un asile d’aliénés. Il avait pensé qu’il serait assez fort pour se venger de la chose qui avait massacré les siens la nuit de la Nativité de l’an 1902. Il avait acquis de tels savoirs de sémiologie qu’il était persuadé de détenir « le signe », celui par lequel il devait vaincre. Il avait été vaincu.

Il sentit la pluie sur son visage. L’odeur de la pluie lui revint en mémoire. L’odeur de la pluie le vingt-quatrième jour de décembre 1912. Cette odeur qui n’avait jamais quitté son esprit.

Fouillant dans ses poches, il en sortit le vieux parchemin déchiré qui portait la formule maudite. Il était taché du sang d’Amanda. De son sang et de ses larmes. Unique souvenir d’un amour perdu, d’une vie oubliée.

Vaincre. Vaincre la bête, l’indicible horreur, la chose sans nom. C’était devenu son unique raison de vivre.

Comme toutes les choses innommables, il avait finit par lui en donner un, fruit de ses découvertes et de ses conjectures. « Ghatanothoa ». Etait-ce un dieu ? Un démon ? Un être supérieur venu d’une galaxie lointaine ou même d’une dimension étrangère à la notre ? Impossible de n’avoir aucune certitude.
Il avait fait bien des découvertes, sur les cultes anciens de la région, sur les traditions des indiens algonquins, sur les cultes mélanésiens. Il avait lu pendant les dix années qui avaient séparés les deux précédentes conjonctions astrales de Neptune tous les livres les plus obscurs et les plus menaçants de la section des livres rares de l’université du Miskatonic, du Necronomicon aux Cultes Innommables. Un monde s’était peu à peu ouvert à lui, un monde de folie, d’horreur, de tourments permanents.

Il se rappelait distinctement de ce jour d’été 1908, lorsque le souvenir précis de cette nuit d’horreur de Noël 1902 lui était soudain revenu en mémoire, à l’instant où ses yeux s’étaient posés dans un de ces ouvrages maudits sur la gravure d’un être étrange à l’allure d’amphibiens.

Il avait soudain revu en lui-même les étranges créatures aux yeux globuleux, les formes impossibles, la déformation de l’espace et le sentiment de perte de contrôle sur la réalité qui avaient envahis tous les habitants de la maison Cleverfield, peu après qu’il ait, sur le coup de minuit, déchiffré une des phrases écrites en copte sur un des parchemins du marin anglais. Le carnage lui était également revenu à l’esprit, ainsi que ses tentatives futiles pour tenter de repousser les créatures à l’aide de la croix. Et finalement, la mort d’Amanda.

Depuis ce jour, il savait que quelqu’un le cherchait, par delà le mur du temps, dans les contrées étranges de ses rêves. Son esprit avait, par un déni de souvenirs, créé une muraille qu’il avait lui-même détruite.

Interné un temps à l’asile d’Arkham pour sa propre sécurité, James Hopkins avait été libéré en 1918, lorsque l’asile avait dû faire de la place pour accueillir les premiers militaires traumatisés par la guerre en Europe. Jugé inoffensif pour lui-même et pour la collectivité, il avait retrouvé sa liberté six ans après avoir été retrouvé divaguant dans les rues d’Arkham, couvert de sang, non loin de l’église abandonnée de Covent Field, dans laquelle les corps mutilés de trois vagabonds furent retrouvés le lendemain.

James Hopkins était devenu « Jim », « le vieux Jim », « le clodo », un clochard parmi tant d’autres à Arkham. Pris en pitié par le vieil Ebenezer, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Il se répétait sans cesse, comme une interminable litanie, toutes les formules qui auraient du lui permettre de détruire cette entité malveillante une fois convoquée. Si seulement il avait connu le signe. Le signe par lequel il devait vaincre.

Ce n’était pas le signe du Christ.

Depuis 1902, il avait perdu toute foi, tout espoir, toute croyance dans le destin, dans un être supérieur, dans un Dieu qui aurait aimé et protégé l’Humanité.

Plus jeune, alors qu’il était jeune scientifique, il contemplait déjà avec un mélange de doute et d’amusement cette religion, en se disant au fond de lui-même qu’il restait malgré tout une petite place pour la croyance et le doute, au milieu de cet océan matérialiste.

Depuis le 24 décembre 1902, il n’y avait plus rien dans l’univers que la froideur du néant, et plus rien dans l’éternité que des puissances malveillantes et implacables, prêtes à réduire l’Humanité en poussière.

Ce soir, James Hopkins allait les appeller, pour qu’ils viennent le prendre, pour qu’ils mettent un terme à son existence misérable et sans espoir.

Au même moment, dans une rue perpendiculaire, le jeune Stanley Radfliff expirait. Son corps sans vie tomba mollement sur le sol, son visage encore stupéfait. Ebenezer, membre éminent de l’Ordre Esotérique de Dagon, retira lentement du corps de son « associé » une étrange dague rituelle à la lame ondoyante. Et maintenant, pour la plus grande gloire de son Maître, il allait enfin débarrasser la surface de la terre de celui qu’il avait mis tant d’années à retrouver. Il était souvent las de jouer les hommes généreux, affables et excentriques. Il avait été jusqu’à offrir un cadeau à ce clochard. Plus rien ne l’arrêterait, maintenant. Le destin. Dieu. Noël. Rien de tout cela n’avait d’existence.

Jim projeta au loin la tabatière d’un violent coup de pied. L’objet termina sa course sur un bollard d’amarrage, et se brisa en deux.

Sa cigarette s’éteignit, à la faveur d’une rafale.

Il fit quelques pas pour ramasser le tabac contenu dans l’objet brisé, et remarqua que la coque avait cédé, dévoilant un double fond qui contenait un parchemin plié en quatre. Un parchemin porteur d’un signe. un signe inconnu.


In hoc signo…

Fin

Désolé pour les puristes du Mythe: j’ai toujours du mal à écrire des fins totalement désespérées. C’est Noël, merde!

Welf, Happy Solstice!

Bandes de pervers!

Il y a peu, l’ancien premier ministre polonais déclarait:

« Je ne suis pas enthousiaste de ce qu’un jeune soit assis devant un ordinateur, regarde des films, de la pornographie, sirote de la bière et vote quand bon lui semble »

Là, forcément, une levée de bouclier de la part de tous les gens qui sont sur le Net pour des choses bonnes et morales comme se tenir au courant des nouvelles importantes du monde, lire des blogs intéressants ou lire ses e-mails, bref que des choses morales et raisonnables.

Et puis l’on regarde les statistiques d’un site tout à fait au hasard. Un site qui parle de n’importe quoi, donc de tout, très vite, et qui a donc, entre autres, des articles où l’on case des allusions à des stars dénudées et une section où l’on parle de ça, quelques trucs pour pingouins, et d’autres trucs pour des gens plus ou moins normaux.

Et là, c’est le drame.

Voici le top 10 des recherches qui ont mené en ces lieux nos lecteurs depuis le début de l’année:

|croupe |96 (5.22 %)|
|default |26 (1.41 %)|
|creole for dummies |22 (1.20 %)|
|claude françois vibromasseur |15 (0.82 %)|
|granado espada |14 (0.76 %)|
|sex toy usb |13 (0.71 %)|
|zezette |11 (0.60 %)|
|le plus gros gode du monde |11 (0.60 %)|
|sex toys usb |11 (0.60 %)|
|tuto freenas |10 (0.54 %)|

De là, deux enseignements majeurs:

  1. ‘tain, il avait raison, le bougre
  2. On devrait plus parler de bière dans ces pages…

Et comme en France, tout finit par des chansons: quelques notes pour illustrer le phénomène…

GoogleZoC

A la rédaction, nous sommes friands de ce que nous appelons les GoogleZoC, les mots-clés entrés par les internautes dans les moteurs de recherche et qui les ont menés tout droit sur le site de la radio du Chaos. Parfois, nous nous penchons sur le détail de leur recherche, et c’est à la hauteur du site lui-même: n’importe quoi très vite.

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Les voeux d’Oph

J’en ai amené un plein panier, servez-vous! Ils sont tout frais, mes meilleurs vOEux de santé, de joie, de bonheur, d’amour, de richesse et surtout de chaos pour toute l’année 2007 et aussi pour celles qui suivront. Parce que c’est facile de faire des VDD (vOEux à durée déterminée), mais que les VDI, sur le long terme, c’est quand même vachement moins précaire.

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