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‘Oph à nu’ Catégorie

  1. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel

    Commentaires fermés sur Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel

    juin 14, 2016 par Oph

    La tuerie de Paris, en novembre dernier, a frappé sans discernement particulier, si ce n’est que les lieux visés (cafés, salle de concert, stade) étaient des endroits où on allait pour le plaisir. J’ai eu l’énorme chance de ne compter aucune victime parmi mes connaissances directes. Des potes qui étaient sur place, ou juste à côté, oui ; heureusement, ils sont tous rentrés sains et saufs.
    Réaction viscérale de ma part : on veut nous punir d’aimer nous faire plaisir ? Zut ! Pas question de céder. Pas question de renoncer aux concerts, aux festivals ou aux soirées entre copainzécopines.
    La tuerie de Bruxelles, en mars dernier, visait des lieux publics, des lieux de passage. C’était encore plus générique, tout aussi douloureux, et possiblement organisé à la va-vite après l’arrestation d’un sale type dont je ne salirai pas ce blog en écrivant le nom. Baoum. Vous êtes européens, vous êtes vivants, ça nous suffit à vous vouloir du mal. Là encore, compassion et volonté de rester debout.
    Et arrive la tuerie d’Orlando. Plus ciblée, plus clivante aussi : on trouve beaucoup plus de gens qui réprouvent la méthode mais admettent que quelque part, fréquenter une boîte gay, c’est chercher, un peu.
    Curieusement, ou pas, je suis plus dans la réflexion, plus dans la révolte, que lors des précédents attentats qui me touchaient pourtant de plus près. Le mec n’a pas tiré au hasard, il a visé, pour une raison précise. Une raison qui me tord les tripes. Il a tué ces personnes parce qu’elles étaient homosexuelles, ou fréquentaient des homosexuels, et l’assumaient.
    John Barrowman et son mari Scott Gill. #neverstopkissing

    Qu’est-ce qu’on a raté pour qu’en 2016, autant de gens gardent au fond d’eux l’idée qu’il n’existe qu’un seul modèle de vie valable (le leur, comme par hasard) ?
    • vivre en couple hétérosexuel
    • toute sa vie avec le/la même partenaire
    • avoir des enfants
    • maintenir le clivage des genres envers et contre tout
    Quand on veut normer et qu’on est un tant soit peu extrémiste, on en arrive à éliminer ceux qui défient trop la norme.
    Donc il est urgent d’arrêter de vouloir normer.
    Une fois de plus, la conscience que plusieurs modes de vie sont possibles et même compatibles en bonne intelligence, c’est quelque chose qui ne peut venir que d’une ouverture globale de la société, et qui dit global dit « incluant la fiction ». Ça va au-delà de l’homosexualité, bien entendu. Il faut déboulonner le monopole de la norme dominante : celle du couple hétérosexuel monogame et très longue durée. La ramener à ce qu’elle est, à savoir, un modèle parmi d’autres.
    Oui, c’est moi qui vous dis ça ; moi qui fais mine d’être rock’n’roll mais qui ai, en fait, une sacrée famille Ricoré.
    Pensez donc ! Je suis mariée à un homme, nous avons deux enfants (un garçon et une fille), des emplois en CDI, une maison avec jardin, un barbecue, un lapin, un chat, deux voitures et la télévision. La seule différence avec la publicité, c’est que nous ne nous habillons pas en blanc pour prendre le petit déjeuner sur la terrasse.
    Ça marche pour moi. Cependant, je ne pense pas que les chemins du bonheur soient les mêmes pour tous. En particulier, accepter l’homosexualité ne suffit pas si le modèle du couple traditionnel reste appliqué de force. On peut ne pas s’épanouir en couple ; on peut être à la fois panromantique et asexuel ; on peut avoir une identité de genre non-binaire ; on peut ne pas vouloir d’enfants ; on peut… être soi. Et ça, quoi qu’en pensent certains fâcheux qui voudraient rendre invisibles les homosexuels et autres « gens différents » de peur qu’ils influencent leur progéniture, ça a besoin d’être dit. Au contraire, un enfant élevé dans un monde présentant un seul modèle va se sentir déviant s’il s’en écarte un tant soit peu, et c’est là que ça va se gâter dans sa tête.
    Si nous aimons nos enfants, et nos amis, et les autres, ne leur cachons pas la réalité : l’humanité est multicolore, multigenrée, et il existe mille et une façons d’être quelqu’un de bien.
    (bon sang de bois, j’ai l’impression d’être Captain Obvious en écrivant cette phrase)
    Des romans récents valorisant de façon nette un seul idéal de vie, je peux en citer ; ce point me choquait déjà il y a quelques années, quand j’étais bien moins militante. Aujourd’hui, je crois que je pourrais les passer par la fenêtre.
    Mon fils, tu as grandi avec moins d’œillères que moi puisque ton entourage n’a jamais été quasi-exclusivement blanc + hétéro + marié avec enfants, comme le mien le fut pendant les premières années de ma vie. Ton cerveau reptilien est sans doute moins confit de préjugés stupides que le mien. Tu sais ce que tu es, un garçon créatif, et tu déplores les normes genrées qui t’empêchent parfois d’exprimer cette créativité sous peine de te coller une étiquette qui ne te correspond pas. Aujourd’hui, je te parle d’Orlando et tu n’es qu’incompréhension tant ce mode de pensée t’échappe… Tu me demandes pourquoi et je ne sais pas quoi répondre, faute de mots capables d’expliquer simplement des mécanismes d’intolérance ancrés par trop de processus complexes. Pour le bien de ta génération, c’est à la nôtre d’agir et de changer.
    Bref, j’étais déjà attentive, dans mes textes, à varier les identités (de race, de genre, d’orientation…) et les modes de vie des personnages. Je le serai encore davantage après la fusillade d’Orlando, sans en faire un message politique puisque je ne prétends pas écrire autre chose que du divertissement.
    D’ailleurs, la politique, certains font ça bien mieux que moi.

    (et tant pis si c’est un fake, c’est beau, bon sang)

    Justin Trudeau (Premier Ministre canadien) et Thomas Mulcair (chef du Nouveau Parti Démocratique canadien). #neverstopkissing #fake #maisvachementbien

  2. Trouver sa voix

    Commentaires fermés sur Trouver sa voix

    mars 10, 2016 par Oph

    Écrire un texte de fiction, c’est travailler le contexte, l’intrigue, les personnages, le rythme…
    Mais c’est aussi, et avant tout, choisir la voix de narration. Quel temps ? Quelle personne ? Chaque option possède ses forces et ses faiblesses, dont l’auteur jouera au mieux en fonction de ce qu’il souhaite raconter, mais aussi de ses goûts et de sa sensibilité. Il n’est pas rare d’hésiter avant de se lancer, voire de reprendre un projet déjà partiellement écrit en changeant la personne ou le temps.
    Hé oui, encore une chose à laquelle il faut penser quand on écrit…
    C’est l’heure d’une petite visite guidée et de mon grain de sel personnel.
    Esprit bouillonnant de l’écrivain au travail (allégorie)
    Rappel : les voix de narration
    La Modification, de Michel Butor, est un très intéressant exercice de roman écrit à la deuxième personne : le personnage principal, c’est « vous ». Un tour de force d’autant plus étonnant que ledit personnage n’est pas des plus attachants… Bref, une lecture à tenter.
    Cependant, en général, on trouvera des romans et des nouvelles narrés à la première ou à la troisième personne.
    • Première personne : un personnage raconte l’histoire en disant « je ». Plusieurs « je » peuvent se succéder au sein d’un même roman, afin de laisser parler plusieurs protagonistes (procédé vu dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Rêves de Gloire de Roland C. Wagner, mais aussi dans New Victoria de Lia Habel).
    • Troisième personne : il n’y a pas de « je », que des « elle » et des « il ». Le narrateur n’existe pas dans l’histoire. Il peut être un simple observateur extérieur (focalisation externe, rare), un espion mental sachant ce qui se passe dans toutes les têtes (narrateur omniscient), ou une sorte de caméra embarquée ne connaissant que la vision et les pensées d’un personnage à la fois (focalisation interne).
    Rappel : les temps de narration
    Il existe probablement des nouvelles écrites au futur, mais n’en connaissant aucune, je partirai du principe qu’on peut écrire soit au passé, soit au présent. Dans le premier cas, il s’agira de passé simple pour l’immense majorité des textes, mais il existe des fictions écrites au passé composé (en général, plutôt des nouvelles, où l’expérimentation passe mieux que dans des romans).
    Forces et limites des différentes combinaisons
    • Première personne + présent : on suit le protagoniste en même temps qu’il vit l’histoire, on a droit à ses pensées sur le vif, on vit véritablement l’action avec lui. Idéal pour des fictions où il se passe beaucoup de choses, avec action et sans temps morts. Inconvénient : le personnage n’a aucun recul sur ce qui lui arrive.
    • Première personne + passé : le protagoniste a vécu depuis l’action, et relate donc les faits avec un peu (voire beaucoup) de recul. Cela permet des mises en perspective du type « je croyais ça à l’époque » ou « je n’avais pas fait attention, mais en fait, c’était important ». Inconvénient : le passé simple à la première personne du pluriel (« nous passâmes ») est extrêmement littéraire et donc bizarre si le registre est plus familier par ailleurs.
    • Troisième personne + présent : on gagne en souplesse ce que l’on perd en proximité avec le personnage, et le narrateur peut se permettre un peu de distance et/ou d’ironie avec la situation. Cela facilite également la gestion des intrigues complexes, mais on ne peut pas anticiper l’avenir.
    • Troisième personne + passé : le choix littéraire par excellence, de loin le plus employé. Induira une certaine distance par rapport aux événements, qui ne se déroulent pas sous nos yeux mais sont relatés après coup. En revanche, tout est permis en termes de flash-back / flash-forward et autres jeux d’ironie narrative.
    Et moi dans tout ça ?
    J’ai utilisé à peu près toutes les options, première et troisième personne, passé et présent. Mes nouvelles, en particulier, m’ont permis d’explorer des trucs (dont l’écriture au passé composé, très sympa). Avec l’expérience, mes préférences se sont ainsi affinées : j’écris le plus souvent, soit au passé et à la troisième personne, soit au présent et à la première personne. Mais pas toujours. Dans un même texte, je peux aussi alterner passé et présent, ou première et troisième personne, à condition que le procédé serve à quelque chose (sinon c’est un effet gratuit, le style pour le style, bref, pas mon genre).
    À la troisième personne, je manie à peu près exclusivement la focalisation interne. Même en tant que lectrice, j’ai énormément de mal avec les narrateurs omniscients.
    Pourquoi ne pas directement écrire à la première personne, dans ce cas ?
    Pour deux raisons : d’une part, j’aime bien garder le pas de côté qui permettra au narrateur de faire passer subtilement son jugement quand le personnage focus fait un truc un peu bête, et d’autre part, je n’aime pas changer de « je » en cours de route. Dès lors qu’il y a plusieurs protagonistes à suivre, j’écris donc à la troisième personne, et en général, je profite des sauts de chapitres pour changer de focus.
    Ainsi, La dernière fée de Bourbon compte pas moins de huit personnages points de vue : Hyacinthe Rivière sur le premier chapitre, puis Lisha surtout, mais aussi Marie-Ève, Narcisse, Hélène, Martin, Jocelyn et Pierre-Matthieu. Pourquoi ? Parce qu’on ne pourrait pas résumer ce roman à l’histoire d’une seule personne. Il se passe des choses importantes hors de la vue de Lisha.
    Ysa Zéro, mon futur roman de SF YA, base toute sa dynamique sur une alternance : un chapitre vu par Ysa, un chapitre vu par quelqu’un d’autre (qu’il s’agisse de sa colocataire Lidari, de son coéquipier Emilio, de son mentor Thora Sanchez ou d’un des multiples autres personnages), et on recommence. Troisième personne, focalisation interne, toujours.
    Par goût personnel, je réserve la narration à la première personne aux cas où toute l’action est vue par un même personnage. On retrouvera donc cette voix plus souvent dans mes nouvelles que dans mes romans : hors « tiroir des innommables » (tous mes textes impubliables), sur fiction longue, je n’y ai recours que dans la série Ana l’Étoilée.
    Le « je » n’a rien d’évident pour moi, bien qu’il ait la faveur d’un grand nombre de jeunes auteurs et même de lecteurs, qui trouvent plus facile de s’identifier au personnage principal avec ce pronom. Je crois que ce qui me bloque, c’est justement cette identification trop facile : on présume que si je dis « je », je parle de moi, Ophélie Bruneau. Ça n’a d’ailleurs pas loupé : on m’a déjà demandé si Ana, c’était moi.
    Réponse : je ne suis pas plus Ana que je ne suis Lisha ou Axel, forcément un peu mais pas tout à fait non plus.
    Voilà pourquoi je rechigne moins à écrire à la première personne quand le personnage ne peut pas être confondu avec moi dès le début : j’ai prêté mon « je » à un prince en fuite dans un monde fantasy, à un soldat allemand de la Seconde Guerre Mondiale, à un amant anonyme et nostalgique… Si c’est un homme, si le monde est lointain, on ne présume pas que je parle de moi. Bizarre, non ?
    Une fois posée la première personne, pour Ana l’Étoilée, j’ai tout de suite choisi d’écrire au présent.
    Pourquoi ? D’une part, parce que ça permet une immersion immédiate et dynamique, que j’ai pu apprécier dans des romans comme Les Pilleurs d’Âmes de Laurent Whale ou Métaphysique du Vampire de Jeanne-A Debats. D’autre part, parce que, dans le cas d’un texte au passé, j’ai besoin de me représenter le narrateur racontant son histoire : quand, pourquoi, comment, à qui ? C’est essentiel pour orienter le ton du récit. Or Ana, qui n’est pas du genre à raconter sa vie pendant des heures, ne se pliait pas à cet exercice mental. J’ai donc embarqué ma caméra directement dans sa tête, déroulant ses pensées au fil de l’intrigue, alors que, contrairement à moi, elle ne sait pas ce qui l’attend.
    En résumé
    Il y a les grands principes, et il y a les goûts des auteurs. Faites comme vous le sentez, vérifiez à l’usage si la dynamique de narration va bien avec celle de l’intrigue, et tout ira bien.

  3. Blogs de lecture, on vous aime !

    Commentaires fermés sur Blogs de lecture, on vous aime !

    mars 2, 2016 par Oph

    Une fois n’est pas coutume, au lieu de râler, d’argumenter ou de me justifier, aujourd’hui, je vais jouer les bisounours.
    Ce week-end, au Salon Fantastique, j’ai passé deux jours à dédicacer à côté d’Estelle Faye, que je commence à bien connaître, qui est volubile et souriante, et donc nous avons passé pas mal de temps à papoter. Jusqu’ici, tout va bien.
    Nous avons ainsi découvert un point commun entre deux de nos livres respectifs : Un éclat de givre pour elle, et La dernière fée de Bourbon pour moi.
    Mais quoi donc ? Qu’est-ce qui peut rapprocher un post-apo joyeux, parisien et jazzy, d’une uchronie victorienne magique et tropicale ?
    La réponse est : les blogs.
    (cette photo de mon carton de fées vous est aimablement offerte par l’amicale des fournisseurs d’images n’ayant qu’un lointain rapport avec le propos de l’article)

    Un éclat de givre, comme La dernière fée de Bourbon, sont des romans qui se sont vendus doucement à leur sortie. Tranquilles, mais sans faire de vagues.

    Et puis les chroniques positives se sont accumulées, des blogs parlant de chacun en termes élogieux, voire leur décernant des coups de cœur… tant et si bien qu’au bout de quelques mois, les ventes ont augmenté (je ne dirai pas qu’elles ont « décollé » parce qu’elles ne partaient pas de zéro non plus). Comme quoi le bouche à oreille fonctionne, et a son rôle à jouer dans le succès d’un livre, en particulier dans la petite édition où les grosses machines de promotion type « tête de gondole à Carrefour » ou « affiche dans le métro » ne sont pas envisageables.
    Donc aujourd’hui, je tire mon chapeau aux blogs de lecture et aux personnes qui les tiennent.
    Vous avez le droit de ne pas aimer mes livres. Je relaie les chroniques négatives aussi bien que les positives, par honnêteté intellectuelle. J’y trouverai même parfois matière à m’améliorer.
    Et si vous aimez, si vous le dites… Alors chacun de vos mots aura pour moi la saveur du miel.
    (ah, on me dit dans l’oreillette que j’en fais trop)
    Bref, les blogs, je vous aime, on vous aime. Vous êtes formidables, surtout n’arrêtez pas de partager vos découvertes !
    (d’ailleurs, même en tant que lectrice, il m’arrive de choisir mes lectures en fonction de vous)

  4. Quinze ans de Chaos

    Commentaires fermés sur Quinze ans de Chaos

    janvier 12, 2016 par Oph

    Aujourd’hui 12 janvier, c’est un anniversaire.
    Le Donjon de Naheulbeuk fête ses quinze ans.
    Il y a quinze ans, John Lang mettait en ligne les premiers fichiers de la saga qui allait mettre à la mode les aventures en MP3 (aujourd’hui quelque peu supplantées par les chaînes Youtube), lancer le Naheulband, les BD, les jeux, et faire de son créateur, non plus un webmestre bricolant du son sur son temps libre, mais un artiste à temps plein.
    Et il n’est pas le seul à avoir vu changer le cours de sa vie. Naheulbeuk a infléchi de nombreux destins, provoqué des rencontres, fait naître des vocations et même des enfants.

    Ça vaut pour moi aussi.
    On ne s’en rend pas forcément bien compte, vu de l’extérieur, et pourtant, s’il n’y avait eu ces fichiers MP3 narrant les aventures pathétiques d’archétypes fantasy pas très fins, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui.
    En 2001, quand j’ai découvert les premiers épisodes qui étaient en ligne depuis quelques mois, j’étais une jeune travailleuse, parisienne depuis peu, avec une vie sociale assez réduite (je ne connaissais pas grand-monde autour de Paris) et des rêves créatifs en sommeil, essentiellement occupée à m’installer dans ma vie professionnelle. Là-dessus arrive Naheulbeuk, un truc marrant et sans prétention, avec une sorte de forum primitif (un livre d’or Ketix) sur lequel j’engage des discussions avec John lui-même, ainsi qu’avec d’autres intervenants réguliers.
    Le temps passe. Le Ketix devient forum et attire une population de plus en plus riche, nombreuse et variée. Rencontres IRL en France, en Belgique et en Suisse. Certains d’entre nous écrivent, d’autres sont vidéastes ou musiciens ; tous, nous sommes aux premières loges de l’évolution de la saga, de la carrière débutante de Pen of Chaos et du Naheulband.
    Je fais partie des fous furieux qui s’impliquent au plus proche de la source, juste parce que ça m’éclate. À aucun moment je n’ai l’impression de détenir un quelconque titre dans une quelconque cour, parce que pour ça, il faudrait déjà que John soit roi ou président, et ce n’est pas son genre. D’ailleurs, à titre professionnel, dire « j’ai collaboré à Naheulbeuk » ne m’a jamais ouvert la moindre porte.
    Le forum est en sommeil aujourd’hui, tombé en désuétude sous la pression des réseaux sociaux. Je n’ai pas écouté un épisode de Naheulbeuk depuis des années, et je ne révise pas les chansons du Naheulband entre deux concerts. Je n’en reste pas moins marquée par le Chaos.
    • Le Chaos entre amis
    Encore aujourd’hui, une bonne moitié de mes amis se compose d’anciens du forum Pen of Chaos. Au fil des années, j’en ai vu s’aimer, se reproduire, se séparer ou se marier, parfois tout ça, et pas forcément dans cet ordre.
    Ces derniers mois, j’ai percé des fûts de bière avec des chaotiques, grillé moult barbecues avec des chaotiques, pourri mon spa avec des chaotiques, marié un dragon et une sorcière selon les rites discordiens, et fêté le Nouvel An avec des chaotiques. Samedi dernier, on a mangé la galette avec des chaotiques.
    Meilleurs potes ever.
    Le réveillon chaotique, ça donne des trucs dans ce genre.
    • Le Chaos en froufrous
    La fréquentation de filles assumant leurs goûts, leurs envies, n’ayant pas froid aux yeux et ne s’obligeant surtout pas à se conformer à la mode, tout ça m’a aidée à forger mon style : un peu d’observation par-ci, un conseil judicieux par-là, une audace en petit comité… Le temps a fait le reste. Donc si, aujourd’hui, mes excentricités froufroutantes vous ravissent, vous le devez au moins un peu à LadyFae, à Keridwen, à Armorphée, à Drak et à d’autres ravissantes femmes du Chaos.
    • Le Chaos en vidéo
    La honte ? Connais pas. S’il y a une chose que l’on apprend en traînant au milieu de John et de ses copains, c’est que le ridicule ne tue personne, et peut vachement défouler, en plus.
    C’est ainsi que j’ai fini sur certaines des vidéos du sieur Zaz, que c’est souvent nul, mais que j’assume.
    D’ailleurs, je rejoue (mal) dans un film amateur, quand vous voulez.
    Ma bêtise préférée reste celle-ci :
     
    • Le Chaos en musique
    Bien sûr, j’ai toujours aimé chanter, mais avant, c’était juste sous la douche.
    Depuis, initiée aux chansons traditionnelles par LadyFae, j’ai animé divers événements, subjugué la Flander’s Company autour d’une pizza (si, si)…
     
     
    … et on sait, dans les milieux autorisés, que si Lili la guerrière a un grave empêchement, je peux la remplacer sur certains morceaux (bien que je sois loin de valoir l’originale).
     
     
    C’est aussi un peu par le biais du Chaos que j’ai fini recrutée par The Deep Ones : Ghislain m’avait déjà entendue sur scène, et a donc fait confiance à Nathalie quand celle-ci lui a suggéré mon nom, le jour où il y a eu besoin d’une chanteuse supplémentaire.
     
     
    • Le Chaos triumviral
    Trois lettres : ZoC.
    Beaucoup, beaucoup, beaucoup d’idées dingues.
    Avec Welf et Skro, il se produit une étrange alchimie qui nous rend tous beaucoup plus heureux quand nous racontons des bêtises ensemble. Les gens des éditions Elenya se souviennent encore du dernier Trolls & Légendes, où j’ai à moitié défoncé leur stand pour aller me jeter dans les bras de Welf, que je n’avais pas vu depuis beaucoup trop longtemps (oui, il est marié et moi aussi, où est le problème ?).
    Aujourd’hui, on fait de la radio à la télé sur ordinateur, cherchez pas, c’est du n’importe quoi très vite version 2.0 !
    Émissions en direct certains dimanches soirs, on les annonce à l’avance et elles restent en ligne ensuite.
     
    • Le Chaos littéraire
    Last but not least, bien entendu !
    C’est sur le forum Pen of Chaos que j’ai fait mes premières armes d’auteur-qui-montre-des-trucs (par opposition à l’auteur-qui-cache-ses-textes). C’est avec John Lang que j’ai obtenu mon premier vrai public, par l’intermédiaire de l’Encyclopédie. C’est avec les Arcanes de Naheulbeuk que j’ai touché mes premiers vrais droits d’auteur.
    Si on pousse un peu plus loin, le jour où Daelf a recruté du monde pour l’accompagner sur le NaNoWriMo 2006 (au cours duquel j’ai commis Et pour quelques gigahertz de plus…), elle est venue le faire sur le forum POC.
     
    Tout ça pour dire un truc extrêmement idiot, absurde en apparence et pourtant totalement vrai :
     
    Si je suis écrivain aujourd’hui, si je parcours la France pour rencontrer des lecteurs, si je chante sur scène et si j’ai les meilleurs potes du monde, c’est grâce à Naheulbeuk.
     
    Et ça, c’est énorme.
    Merci encore, John.

  5. Default to white

    Commentaires fermés sur Default to white

    décembre 22, 2015 par Oph

    Je suppose que si vous suivez plus ou moins l’actualité du monde de l’imaginaire, vous êtes au courant : le casting de la pièce de théâtre Harry Potter and the Cursed Child est annoncé et il fait grand bruit.
    On rappellera que ladite pièce est centrée sur Albus Severus Potter, mais que des versions plus âgées (une petite quarantaine) de Harry, Ron et Hermione interviennent. Et là, c’est le drame.
    Ron n’est pas roux.
    Bon, ça, ça devrait se régler avec une petite teinture, les coiffeurs font ça très bien.
    Mais surtout, Hermione est noire.
    La tempête, chez des fans habitués à voir l’héroïne sous les traits délicats et la peau pâle d’Emma Watson, a été telle que J.K. Rowling elle-même est montée au créneau pour signaler qu’elle approuvait le choix de l’actrice Noma Dumezweni.
    Sont « canon » : yeux marron, cheveux pleins de frisottis, très intelligente. Peau blanche jamais précisée. Rowling adore l’Hermione noire.

     
    Apparemment, c’est un peu plus complexe : des lecteurs ont exhumé des passages suggérant que le personnage avait la peau claire ; mais mince, est-ce qu’on peut faire confiance à l’auteur pour savoir ce qui convient ou pas, en matière d’adaptation ?
    Matthew Lewis, l’interprète de Neville dans les films, est lui aussi intervenu pour signaler que dans les livres, son personnage était blond.
    Et malgré tout, ça continue à coincer sur les réseaux sociaux.
    Tout ça, j’en suis sûre, c’est la faute au « default to white » : le fait que, dans l’inconscient collectif du monde occidental, si on ne précise pas l’origine ethnique d’un personnage, tout le monde ou presque va partir du principe qu’il est blanc.
    Je plaide coupable : je fais « default to white » comme tout le monde. Cependant, j’ai assez de recul pour me dire que voilà, si une actrice noire joue Hermione sur les planches pendant quelques mois, le monde ne va pas s’écrouler. Au contraire, ça va envoyer un message tout à fait sympathique :
    « Dames et jeunes filles qui avez la peau foncée, rien ne vous empêche d’être cette héroïne intelligente, cool et forte qui fait rêver le monde entier. »
    Parce que bon, le monde de l’héroïsme est encore vachement blanc, à l’heure qu’il est, presque en 2016. À l’heure où Barack Obama achève son deuxième mandat de président du pays le plus influent du monde, l’air de rien.
    Quand on lit cette note d’Aliette de Bodard (en anglais), on se rend compte à quel point les jeunes lecteurs non-blancs peinent à trouver des héros qui leur ressemblent, alors même que statistiquement, nous autres blafards ne sommes qu’une minorité, à l’échelle de la planète.
    Je ne me suis rendu compte du problème qu’à l’âge adulte, sur les réseaux sociaux.
    En fait, j’ai eu bien de la chance d’avoir trouvé des figures à qui m’identifier sans trop de soucis, parce que j’étais blanche. Pendant ce temps, une métisse comme Aliette de Bodard avait toujours le cul entre deux chaises, et ne trouvait quasi que des blondes à gros seins dans ses lectures. Débrouille-toi pour t’identifier, fillette.
    Pourtant, avant même d’avoir pris conscience de ce manque, et de notre responsabilité, en tant qu’auteurs, dans l’évolution des représentations… j’avais des personnages de couleur dans mes textes.
    Sur ce coup-là, je crois qu’être (un peu) réunionnaise m’a beaucoup aidée, parce que ça a imprimé dans mon cerveau l’image d’un monde multicolore, que je reproduis sans effort et sans avoir l’impression de révolutionner quoi que ce soit.
    Zut, quoi. Ça ne devrait pas être hors norme d’avoir des personnages non blancs.
    Ainsi, pour prendre un texte antérieur à mon entrée dans les réseaux sociaux, le monde futur des Gigahertz est massivement métissé. Avec son type indo-mauricien très foncé, Shania Artemisia est la plus noire du casting principal, mais ça ne veut pas dire que les autres sont tous blancs : Lya Carlottini, avec son teint pâle et ses yeux bleus, est la seule « pure » européenne du roman. Tous les autres tirent quelque part entre le mat et le basané. Même Marianne Sablay a la peau claire, mais pas laiteuse (et, secret, elle n’est pas naturellement blonde).
    En gros, « default to light brown », à peu près.
    Pourquoi ne l’ai-je pas mentionné ? Parce que je travaille en focalisation interne et que cette situation est normale aux yeux de l’équipage.
    Générateur d’avatars pour la future suite : Shania Artemisia, Milo Tikosh qui est un poil plus foncé que ça « en vrai », imaginez un Italien du Sud bien mat… et Marko Pesnik, un nouveau personnage dont la blancheur hors norme rend évidente son ascendance doroane (il vient d’une colonie dont 80% de la population est d’origine finlandaise – même si son nom est slovène)
    Bref.
    Malgré ça, quand j’ai cherché un casting imaginaire pour un éventuel film Gigahertz, je me suis retrouvée à plus ou ou moins whitewasher tout le monde… et j’ai eu beau y passer des heures, je n’ai trouvé aucune actrice correspondant à Shania Artemisia. Si le profil général va, la couleur ne va pas, et ainsi de suite.
     
    Au pire, si on a su transformer Robert Downey Jr en blond aux yeux bleus maquillé en sergent noir dans Tonnerre sous les Tropiques (une double transformation absolument savoureuse, au passage), on peut envisager de bronzer des acteurs blancs. C’est techniquement possible, mais ça reste du blackface. Tout ça parce que je n’ai pas trouvé assez de gens mats/basanés correspondant à mes personnages sur l’IMDb.

    Dans des contextes plus contemporains, je précise qu’Unetelle ou Untel est blanc(he)… si le personnage focus est racisé. Parce que quand on est blanc, on n’y fait pas attention naturellement, j’en sais quelque chose.
    Typiquement, Axel vu par un blanc => « un jeune homme de taille et de carrure moyennes, aux cheveux châtains ».
    Axel vu par un noir un peu plus loin dans le roman => « un homme blanc de taille moyenne ».
     
    Ceci étant, je ne compte pas changer ma façon de procéder, parce que je ne suis pas là pour transformer mes histoires en pamphlets : les personnages continueront à prendre la couleur avec laquelle ils me viennent en tête. Ils pourront être blancs, ou alors colorés, suivant ce qui va dans le contexte et dans l’humeur du moment.
     
    C’est ainsi que Lisha n’est pas vraiment blanche, pour ne citer qu’un exemple récent (tous les créoles réunionnais, même les plus clairs de peau, sont métissés).
     
    Surtout ne pas créer « un personnage caution pour que l’équipe ait l’air diverse ». Juste un personnage, ou deux, ou trois, avec leur histoire, leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses.
    Des héros.
    En couleurs.

  6. Le goût de réécrire

    Commentaires fermés sur Le goût de réécrire

    octobre 19, 2015 par Oph

    En ce moment, je consacre l’essentiel de mon temps d’écriture à la préparation de mon NaNoWriMo. Parfois laborieuse, la planification a aussi ses moments de grande fluidité, ces vagues où les éléments du puzzle se mettent en place sans accroc, et où on se dit que, oui, ça va le faire. La ligne narrative tient la route, les personnages prennent forme et une alchimie se crée entre eux. On frissonne par anticipation.
     
    Le flocon créé avec mon titre. Je trouve qu’il colle bien à l’ambiance.
     
    Cette phase où nous sommes nombreux, à travers la planète, à nous préparer, chacun à notre façon, à nous aligner sur les plots de départ, est l’occasion d’échanger avec d’autres auteurs. De ces discussions, il ressort que nous aimons tous ressentir cette excitation. Il y a un côté « compte à rebours » affolant et délicieux.
    Et puis, à partir du 1er novembre, ce sera le sprint. Ou le marathon. Sans doute un peu des deux. La phase principale du processus, l’écriture à proprement parler.
    Suivront les diverses phases d’édition, correction, réécriture, indispensables pour transformer le premier jet en roman abouti.
     
    En discutant, justement, je me suis rendu compte que la plupart des autres auteurs redoutaient cette dernière phase.
    Ce fut mon cas, autrefois : j’estimais avoir tout donné lors de l’écriture, et revenir dessus m’ennuyait, quand je n’avais pas carrément l’impression de dénaturer mon travail. Je m’y suis mise à reculons, voyant la réécriture comme une sorte de mal nécessaire.
    Mais ça, c’était avant.
    Je crois bien qu’à présent, l’édition est ma partie préférée du processus créatif.
     
    Pourquoi ? J’y vois deux raisons.

     
    1- C’est moins ardu qu’autrefois
    Mon premier roman vraiment terminé, Et pour quelques gigahertz de plus…, a subi une bonne douzaine de réécritures, des ajouts de personnages, des suppressions de scènes, une reformulation massive de bon nombre de paragraphes, et j’en passe. Xavier Dollo, mon directeur d’ouvrage, a accompli un boulot pédagogique titanesque pour m’inculquer des règles de gestion narrative.
    Mais par la même occasion, ce que j’ai appris sur ce roman m’a servi sur les suivants. Idem à chaque nouveau texte : je progresse en continu.
    Ces nouveaux acquis profitent en amont : meilleure préparation, principes d’écriture intégrés dès le premier jet. Mes textes sont ainsi très « propres » dès le départ, et je m’en tire désormais avec quatre ou cinq versions maximum avant d’attaquer le travail éditorial. Plus de peaufinage, moins de gros ravalement.
     
    2- C’est plus reposant que l’écriture
    L’écriture est grisante quand elle est portée par un élan puissant. Cependant, il arrive que ledit élan se tarisse et que l’on doive alors, soit faire une pause (qui peut durer des années), soit avancer vaille que vaille, à coups de pied aux fesses.
    Dans tous les cas, transformer un fichier vierge en premier jet complet nécessite un effort soutenu. Chaque mot doit s’arracher au néant, construire une route à partir de rien. C’est beau, c’est fort, mais c’est épuisant. Tous les ans, c’est pareil : le NaNoWriMo me laisse le cerveau vidé.
    En comparaison, revenir sur un texte déjà écrit revient à refaire la déco d’une maison déjà construite. On améliore, on redresse, on coupe ici pour coller là. Quoi que l’on fasse, l’essentiel de la structure est déjà là, si bien que l’effort cérébral n’est pas le même.
     
    Bref, la feignasse que je suis utilise la correction pour s’aérer la tête, quand l’écriture d’un premier jet s’apparente plus à une plongée en apnée. Quand on passe en mode « travail éditorial », mes éditeurs pourront d’ailleurs témoigner que je corrige très vite.
    J’aime réécrire, voilà. Et si cela fait de moi une bête curieuse dans le paysage littéraire, ainsi soit-il.

  7. Quand la mémoire frappe

    Commentaires fermés sur Quand la mémoire frappe

    octobre 14, 2015 par Oph

    J’aurais dû le savoir depuis longtemps. Tous les éléments étaient réunis devant moi, ou dans ma tête, et pourtant, j’ai mis des années à comprendre qu’ils s’emboîtaient.
    Curieux animal que la mémoire. Curieux labyrinthe que le cerveau.
    Je sais désormais que, même chez quelqu’un comme moi qui se targue de faire les connexions vite et bien (ça aide, quand on a la prétention d’écrire de la fiction), certains liens peuvent refuser de s’établir. Ça ouvre tout plein de possibilités de développement psychologique pour de futurs romans.
     
    Mais de quoi est-ce que je parle ?
    De mon passé, et du présent de la France. D’un truc anecdotique, qui ne m’impressionne que par la force avec laquelle je l’ai occulté (et l’intensité du coup de boomerang consécutif).

    Année scolaire 1987-1988 : je suis dans une classe de double niveau CM1-CM2. Jusqu’ici, tout va bien (à part mon don de l’époque pour choisir des lunettes ignob’). Patelin que l’on qualifiera sobrement de « bon niveau socio-culturel », bambins proprets et bien élevés. Nickel.

     
     
    Au passage, merci à ma maman qui a retrouvé la photo de classe.
     
    La charmante dame a été une super enseignante, surtout dans une période où je n’étais pas facile à gérer. Ma mémoire étant ce qu’elle est, je garde peu de souvenirs de mon passage dans sa classe, mais ils sont tous très bons.
    Son fils cadet était au CP à l’époque. Encore petit, très mignon, il aimait venir lui faire un bisou à la récréation.
     
    Dernièrement, puisqu’avec les éditions du Chat Noir, nous causions dédicaces, j’ai mentionné le fait qu’il y avait désormais un important Salon du Livre dans cette jolie petite ville. Que ça vaudrait peut-être le coup d’y participer, un jour, en tant qu’ancienne enfant du coin. Ça m’a fait remonter quelques souvenirs, dont les noms de mes maîtresses.
    Sans comprendre pourquoi, j’avais un black-out sur celle-ci. Alors j’ai forcé. Je n’aime pas quand ma mémoire me refuse certaines données que je sais avoir quelque part dans le disque dur.
    Et vlan.
    Ma maîtresse de CM1, cette très gentille dame souriante, s’appelait Madame Philippot. Et son fils cadet, le mignonnet… Florian.
     
    Mince alors, voilà pourquoi le nom de Florian Philippot m’avait toujours paru familier sans que je sache pourquoi ! Parce qu’en fait, j’étais allée à l’école avec lui !
    J’ai vérifié, c’est bien le même. Tout concorde : dates, lieux, profession des parents. Le petit bonhomme adorable de mes souvenirs est bel et bien devenu le numéro 2 du Front National.
     
    Circonvolutions de la mémoire, que me cachez-vous encore ?

  8. En quelle taille, votre beauté ?

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    août 21, 2015 par Oph

    Je ne m’en suis jamais cachée : puisqu’à chaque roman, je vais passer des mois avec mes personnages en camping dans ma tête, je préfère qu’ils soient agréables à regarder. Ça facilite la cohabitation.
    Donc j’ai des héros plutôt beaux, dans l’ensemble.
    Faiblesse de ma part, sans doute. Cela dit, j’ai cru comprendre que le lectorat s’y retrouvait.
    Mais, dis maman, c’est quoi, être beau ?
    Une des raisons qui m’ont fait abandonner la lecture de Loup, y es-tu ?, d’Henri Courtade, était l’extrême ressemblance entre les personnages féminins. Cendrillon, le Petit Chaperon Rouge, Blanche-Neige, la Méchante Reine, toutes étaient bâties sur le même modèle : plutôt grandes, très minces mais avec pas mal de poitrine, visage ovale, longues jambes fuselées, longs doigts élégants.
    Cette uniformité n’a pas tardé à m’insupporter. J’avais l’impression de me trouver face à un seul personnage, qui mettait des perruques et des lentilles de contact pour passer d’un rôle à l’autre.
    Le personnage de Seetharam fait ça dans Alluda Majaka, mais au moins, c’est utilisé comme ressort comique…
    Bref, ça en dit long sur une certaine vision de la beauté, féminine en particulier.
    C’est nécessairement ça, être belle ? Ressembler à la jeune fille multiphotoshoppée qui pose dans les pages « mode » d’un magazine féminin ?

     
    Bien évidemment, la question était rhétorique au dernier degré. Il me paraît évident qu’il existe de multiples façons d’être beau, ou d’être belle.
    Des initiatives comme le « Project Harpoon », qui consiste à photoshopper des images de gens ronds voire gros (dont 90% de femmes) pour leur montrer à quel point ils seraient plus beaux s’ils étaient minces, me donnent tout simplement envie de vomir. Voilà où on en est : à la grossophobie pure et simple. À présumer qu’un peu de discipline alimentaire suffirait pour transformer des obèses morbides en sylphides évanescentes.
    À imaginer, surtout, que quand on est gros, ou grosse, on a forcément besoin (et envie) de maigrir. Parce que la beauté et la santé ne peuvent se trouver que dans la minceur.
     
    Bouerk.
    Je plaide coupable, pour le coup : j’ai été grosse, je ne suis plus que ronde. Je ne m’aimais pas avec ces kilos supplémentaires, que j’ai réussi à perdre sans trop de souffrance. Cependant, ma santé n’était pas en jeu si j’en juge d’après mes bilans médicaux. J’ai donc maigri pour des raisons esthétiques. Cependant, je ne suis pas mince. Je crois que je ne suis pas faite pour l’être.
    Aujourd’hui, je pèse un peu plus de 60 kg pour 1m52, je vais très bien, et j’ai cru comprendre que j’étais plutôt belle aux yeux de pas mal de monde.

     
    Non, franchement, ça va.
     
    Alors, pourquoi tant de personnages de fiction ont-ils la taille mannequin ?
    Comme pour le sexisme et l’image des femmes, je pense que nos perceptions sont biaisées par les représentations. On a tellement bouffé de l’actrice hollywoodienne taille 36 qu’on n’arrive à penser que par elle. Les gros sont des sidekicks comiques ou des méchants. Paie ta représentation !
    Et donc, il nous appartient, à nous, auteurs, de varier les formats de personnages afin de donner de la place à toutes les beautés.
    En ce moment, l’enjeu de la diversité est très présent dans les discussions entre écrivains : il est question de genre, de couleur de peau, de culture, d’orientation sexuelle. On parle moins de la taille des fesses, et pourtant, elle aussi est concernée.
     
    Bilan personnel après trois romans publiés :
    Shania Artemisia a la taille mannequin. Pas Marianne Sablay.
    Célia de Rannetaud a la taille mannequin. Pas Capucine Marquet, ni Julie Escurido.
    Bodmaëlle Galliep a la taille mannequin. Pas Verenna Ludéol.
     
    Notons que la mention « taille mannequin » n’inclut pas de poitrine de folaïe, et le plus souvent, pas tellement de poitrine, tout court – désolée, les enfants, mais la « parfaite » Bodmaëlle (*) est une planche à pain.
     
    Bon.
    J’ai des progrès à faire, là.
    Heureusement, il y a Ana l’Étoilée. Une fille normale, une vraie, avec de la cellulite. J’aime bien cet extrait du tome 2 où elle prend mal les regards critiques sur son anatomie :

    — Les cuisses, en revanche…
    J’apprécie encore moins la grimace désapprobatrice que la façon cavalière de me détailler. Je sais bien que j’ai les hanches larges, et pas franchement des jambes de danseuse.

    J’ai des personnages en surpoids dans des romans à venir, mais ils sont secondaires.

    Ce serait intéressant de trouver un moyen d’en avoir un, ou une, directement dans les rangs des héros.
    Mais pour ça, il faudrait que j’arrête d’avoir des idées d’intrigue incompatibles (ma future Ysa, surentraînée depuis son plus jeune âge, sera forcément athlétique… mais pas mannequin, pour le coup).
     
    Je prends des notes. J’ai du travail.
    En attendant, vous êtes beaux, les gens !
     
     
    (*) Un des messages de Fille des deux rives est d’ailleurs que la perfection n’est pas naturelle.

  9. Les imprévus ou la magie de l’écriture

    Commentaires fermés sur Les imprévus ou la magie de l’écriture

    novembre 12, 2014 par Oph

    Comme je l’ai déjà écrit ailleurs sur ce blog, avant d’écrire un roman, j’en planifie la structure. Je ne commence jamais une histoire sans savoir, au moins dans les grandes lignes, comment elle se termine.
    Autrefois, quand j’étais jeune et pleine d’illusions, je me lançais sans savoir où j’allais, et j’ai terminé une seule fois un roman entamé de cette façon. Au bout de six ans. Après avoir abandonné et repris plusieurs fois, et tout réécrit en cours de route. Bref, plus jamais ça.
    Donc oui, au moment où je tapote la première phrase de telle ou telle nouvelle, de tel ou tel roman, je sais déjà à quoi ressemblera la dernière scène, et notamment, que X ou Y meurt avant la fin.
    En ce moment, c’est le NaNoWriMo, période par excellence où de nombreux écrivains en herbe s’expriment sur les différents canaux mis à leur disposition : forum officiel, site des Wrimos français, salon de chat en direct, page et groupes Facebook. J’en vois quelques-uns qui expliquent qu’ils ne peuvent pas écrire une histoire qu’ils connaissent à l’avance, parce qu’ils y perdraient toute la magie de la découverte.
    Je comprends tout à fait ce point de vue. J’ai sûrement pensé comme ça, à une époque.
    Mais ça, c’était avant.
    Avec l’expérience, j’ai découvert un phénomène tout à fait magique : même dans un cadre déjà posé, documenté et bien planté, il y a toujours des imprévus.

    Certains auteurs diront « Mes personnages n’en font qu’à leur tête et ne veulent pas suivre mon plan ». Je ne l’ai jamais ressenti ainsi : tout ce qui survient sous mon clavier, c’est moi qui le décide, à un instant T, en constatant que ce détail auquel je n’avais pas pensé irait bien dans la scène que je rédige. Ce n’est pas Léonie qui décide de prendre plus d’importance dans mon roman, mais bien moi qui apprécie la fraîcheur qu’elle apporte à l’intrigue, et estime qu’en lui accordant plus de place, j’améliore mon texte.
    À titre d’exemple, voilà ce qui s’est passé ces derniers jours, dans mon NaNoWriMo du moment :
    À ma droite, prenez Dérénik, personnage chouchou de certaines lectrices de L’Ouroboros d’argent, plein de vie, charmeur sans chercher à draguer, rien qu’en étant un joli garçon maladroit.

    Mettez une perruque châtain clair à l’acteur Pierre Boulanger, et vous aurez une bonne approximation de Dérénik.
    À ma gauche, prenez Ludy, qui vivote sans savoir si elle doit encore attendre quelque chose d’une existence artificiellement prolongée au-delà du raisonnable.
    Mettez une perruque rousse frisée à l’actrice Gia Mantegna, et vous aurez une bonne approximation de Ludy.
    Le scénario prévoyait de mettre les deux dans la même pièce, dans le cadre d’une discussion essentielle au déblocage d’un point crucial du deuxième acte.
    Premier imprévu : sous mon clavier, Ludy s’est révélée tellement hors du monde et loin du présent qu’elle yoyotait par moments. Ça m’a fait bizarre.
    Deuxième imprévu : la naïveté de Dérénik a réussi, non seulement à ramener un peu de vie dans ses neurones fatigués, mais aussi à la faire sourire franchement. Ça a fait du bien à tout le monde, moi incluse.
    Et voilà. Sans remettre en cause les grandes lignes de mon plan, j’ai vu se dessiner un dialogue amusant et des possibilités de développement intéressantes.
     
    Voilà pourquoi j’aime écrire, même en connaissant la fin à l’avance : il y a toujours des imprévus en cours de route. L’histoire est vivante, juste cadrée de façon à ne pas se perdre en route.

  10. Préparer un roman

    Commentaires fermés sur Préparer un roman

    septembre 14, 2014 par Oph

    Un roman, ce n’est pas juste un texte, un fichier vierge que l’on crée et dans lequel on pose des mots. C’est aussi et avant tout ce que l’on appelle le métatexte, à savoir, tout ce qui n’est pas les mots : l’ossature de l’intrigue, les secrets des personnages, le monde dans lequel s’inscrit l’histoire et qui, forcément, est plus vaste que le roman lui-même. Voilà pourquoi un roman ne commence pas à exister au moment où l’auteur se met à écrire dans le fichier, mais en amont.

    La quantité de préparation, et le temps que l’on y consacre, varient beaucoup d’une personne à l’autre (et dans une moindre mesure, d’un projet à l’autre pour la même personne).
    On dit souvent que les auteurs se divisent en deux catégories : les structuraux et les scripturaux. Les premiers ont besoin de poser une assise solide, pouvant aller jusqu’au synopsis scène par scène, pour poser leur écriture dessus. Les seconds, au contraire, se laissent porter par leur inspiration et écrivent sans savoir où les porte le texte.
    En fait, c’est très schématique. Personne n’est totalement structural ou scriptural. Il y a une continuité d’un extrême à l’autre, avec entre les deux autant de profils qu’il y a d’auteurs. En outre, suivant la dynamique d’écriture, les points à bien poser ne seront pas toujours les mêmes.

    Et moi dans tout ça ?

    Je suis un peu des deux, en fonction des domaines.

    Ma dynamique d’écriture repose sur les personnages (tout archétypaux qu’ils soient aux yeux de certains) : je pars d’eux, je les sens, je les respire, j’éprouve de l’empathie pour eux. On peut dire que j’écris pour eux parce que je les aime. Oui, même quand je les tue. De toute façon, par le pouvoir du wibbly-wobbly-timey-wimey, un personnage qui meurt dans un roman n’est jamais vraiment mort pour moi, puisque j’ai dans la tête, bien vivaces, tous les moments qu’il a vécus avant.
    Cette relation très émotionnelle me rend fortement scripturale sur mes héros. Je ne peux pas remplir une fiche de personnage détaillée avant de me mettre à écrire, c’est au-delà de mes forces. J’ai besoin de les sentir en action, vivants sous mon clavier, de leur trouver leur voix.
    Pour l’intrigue, je fonctionne sur le principe de l’autotour. Je sais où je récupère ma voiture (début de l’histoire), où et quand je dois la rendre (fin de l’histoire), et où je dors entre les deux (points-clefs). Ceci étant posé, c’est parcours libre : j’ai des idées, je les note, mais si je me rends compte à l’usage que ça ne fonctionne pas, je prends un autre chemin, le tout étant de retomber sur mes pieds à l’arrivée. Partant de là, pas besoin de trop détailler l’intrigue puisque, sortie de mes points-clefs, je suis susceptible de ne pas suivre mon plan.
    Tout ceci ne marche qu’à une condition : savoir où je mets les pieds (contrairement à Braddock, je ne peux pas juste dire que c’est souvent dans la gueule). La conséquence, c’est qu’avant de me lancer, je m’efforce d’être sûre de mon contexte. Une bonne part de mon temps de préparation sera donc consacrée à la documentation, et à la construction d’un background solide, afin d’être capable de répondre sans réfléchir quinze jours si mon éditeur me demande : « Et le roi Bidule, pourquoi est-ce qu’il a attaqué le Marais Jaune ? »

    Tout ceci prend quelques heures, de temps en temps, généralement étalées sur quelques mois.
    Quand je prépare un roman, il y a une première phase où je ne suis pas à fond dedans. J’ai les premières idées, fraîchement sorties de la brume, encore mal situées et pas du tout agencées. Je les laisse mûrir dans ma tête. J’ouvre ensuite un fichier de préparation dans lequel je jette tout, en vrac, sans effacer si je change d’avis (ce qui fait dudit fichier un beau foutoir qui se contredit d’une page à l’autre, et où je suis la seule à savoir quelle est la bonne version).
    En seconde phase, quand j’ai une vision moins floue de ce que sera l’histoire, j’attaque la préparation intensive. Je choisis le contexte, je me renseigne sur tout ce qui est documentable, j’essaie de monter le reste de la façon la plus solide possible, je traîne un max sur le Net, j’achète éventuellement des livres. L’intrigue prend une meilleure forme. Je déroule la méthode du flocon sur deux ou trois étapes (pas plus), je résume l’histoire à gros traits, je m’imprègne de l’ambiance.

    Concrètement, la préparation et le métatexte, à quoi ça ressemble ?

    — À des fichiers de préparation. Si on prend l’exemple de L’Ouroboros d’argent, ça représente deux fichiers, de 4 et 16 pages respectivement.

    Là-dedans, on trouvera en vrac des fiches de personnages très succinctes, des phrases que je tenais à inclure dans le roman, des notes sur les temps de parcours (les personnages ayant la bonne idée de traverser la France en voiture), une chronologie, et une version de l’histoire qui n’est pas tout à fait celle que vous pouvez lire dans le livre.

    — À des documents enregistrés en guise de référence : photos, articles, voire des trucs un peu plus conséquents. Pour préparer La dernière fée de Bourbon, j’ai ainsi sauvegardé le dossier de candidature au statut de « ville d’art et d’histoire » présenté par la municipalité de Saint-Paul (de la Réunion). 200 pages, pas toutes pertinentes par rapport à mon projet, mais comprenant quelques infos précieuses que je ne trouvais pas ailleurs.

    — À des livres que j’ai achetés pour compléter ma documentation.

    Ici, trois des quatre ouvrages achetés pour La dernière fée de Bourbon.

    — À des croquis représentant mes personnages, ou des lieux, ou des scènes.

    Si vous avez lu L’Ouroboros d’argent, je pense que vous situerez très bien cette esquisse de Célia.

    Cependant, il y a aussi toute une partie que l’on ne risque pas de voir : c’est ce que j’ai assimilé, mais pas noté. Tout est dans ma tête, donc invisible. Liste non exhaustive : anecdotes, impressions, images fugaces, connaissances supplémentaires.

    Et après…

    Arrive le jour où, non, je ne suis pas prête, mais quand faut y aller…
    J’ouvre alors le fichier et je commence à écrire. Je sais que le résultat ne sera pas 100% fidèle à mes plans, et c’est justement ça qui me donne envie d’avancer : qu’est-ce qui va se dérouler et fleurir sur mes pas ?


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