Bricolons une borne d’arcade

Il y a quelques mois, j’avais mis la main sur un Raspberry Pi 1, et j’avais essayé (avec succès) d’installer dessus un émulateur de vieilles consoles et bornes d’arcade. Une chose en entrainant une autre, je m’étais ensuite mis à baver sur les gens qui retapaient ou même fabriquaient des bornes d’arcade, avant de me dire « pourquoi ne pas tenter le coup? »

Là, c’est le moment où les gens qui connaissent ma légendaire aptitude au bricolage commencent à pouffer sérieusement. Mais comme le dit Raymond Queneau en exergue de ce blog: c’est en écrivant qu’on devient écriveron, et par extension c’est en bricolant qu’on devient bricolon, et comme je commence à être un peu équipé en matériel à peu près correct par la force des choses et les ventes flash d’une grande chaine de magasins allemands 2 et que j’avais une semaine de vacances à la maison, j’ai dit « banco ».

Matériel utilisé:
  • un Raspberry Pi, la carte SD et l’alimentation qui vont bien
  • un écran LCD (un 17″ de récupération), le câble VGA et l’adaptateur VGA-HDMI qui vont bien 3
  • deux kits pour construire un stick arcade complets (boutons, joystick, et carte USB) u bois de différentes épaisseurs. Pour ma part, j’ai tapé dans les stocks: de la planche de 18mm d’épaisseur en 60 de large pour les côtés, des tasseaux carrés et rectangulaires, un vieux plateau de table à langer pour fixer les sticks et du contreplaqué de 3mm pour les façades
  • des petites pointes
  • des vis à bois
  • de la pâte à bois
Outillage:
  • une scie circulaire
  • une scie sauteuse
  • une perceuse avec des mèches de 24 et de 30 (pour les trous des boutons et des joysticks)
  • une visseuse avec des mèches adaptées et une fraise (pour ne pas que les têtes de vis dépassent). J’utilise également une petite mèche pour faire un préperçage avant de visser ma vis (ce qui limite l’éclatement du bois au vissage)
  • une ponceuse
  • un Dremel (parce que je n’ai pas défonceuse et pour le ponçage de certaines petites zones)

Et c’est parti!

Etape 1: le design

Si vous cherchez sur les Internets, vous trouverez une demi-trouzaine de designs différents pour des bornes qui vont du micro-machin pour écran de tablette 7″ à la réplique de borne d’époque (écran CRT Flatron inclus) d’1m80 de haut. Autant vous dire que le dernier modèle n’est pas WAF du tout…

Après avoir sérieusement étudié la question, je me suis arrêté sur une borne « bartop » (qu’on pose sur une table, quoi), et j’ai décidé d’avoir la partie stick séparée. Pourquoi? D’une part pour le rangement: en deux parties, ça tiendra sur mes étagères, d’autre part pour pouvoir remplacer les sticks arcade par des manettes s’il me prend l’envie de lancer Mario Kart au lieu de Street Fighter. De plus, si j’avais voulu faire un « tout en un », vus la taille de mon écran et l’espace nécessaire pour pouvoir installer de façon confortable deux sticks arcade, le rendu aurait été assez moche et/ou m’aurait contraint à faire des découpes bizarres 4

Un autre point un peu chiant consiste à trouver le bon layout pour les boutons du stick. Là aussi, il y a des dizaines d’alignements plus ou moins complexes. J’ai pris celui de cette borne qui présente l’avantage d’être facilement adaptable à une largeur légèrement différente des 50cm de la borne initiale (mon plateau faisait 52 cm de large, je n’allais pas le recouper) et de ne pas nécessiter de mesures complexes: on imprime le modèle, on le fixe sur le plateau, on préperce les centres, et c’est marre…

Etape 2: on construit

Le monde étant bien fait, la hauteur de mon bartop étant de 60cm et ma planche étant de 60 cm, je n’ai eu qu’à couper la profondeur de ma machine (une vingtaine de cm), puis la forme en 7 typique des bornes d’arcades, quand bien même je n’ai pas de système de son en overhead (j’utilise le son intégré à l’écran). Pour que les deux formes soient exactement les mêmes, j’ai effectué la découpe en une fois, en collant les deux côtés l’un sur l’autre 5

Puis découpe d’une série de tasseaux en 40cm de long pour faire les traverses ainsi que la fixation de l’écran. Ecran qui a servi de gabarit pour le positionnement des tasseaux de fixation, de la fenêtre, bref que je n’ai pas arrêté de démonter et remonter de sa fixation.

Puis on aligne tout, on fraise et on visse les tasseaux en place. Et tout de suite, ça ressemble à quelque chose…

En dessous, c’est ma manette Mk I. Ah oui, j’ai aussi scié le pied de l’écran, évidemment

En parallèle, on attaque le plateau du stick. Comme expliqué plus haut, il suffit d’imprimer le calque, et de marquer l’emplacement des trous à percer

Simple comme bonjour

On s’attaque ensuite à la façade. Les mesures sont tout à la fois essentielles et super chiantes à prendre, d’autant plus que le contreplaqué a toujours tendance à gondoler un peu, bref, c’est très pénible. Au final, mieux vaut couper un peu trop large, et recouper finement, et essayer de faire des montages à blanc

Un montage à blanc, pour contrôler la découpe de l’écran

En théorie, il eût fallu que je misse une vitre entre l’écran et le contreplaqué, mais le fait est que les plexi proposés dans mon supermarché du bricolage n’avaient pas le niveau de transparence attendu (et que non, je ne mets pas une vitre en verre sur un truc qui est à portée d’un jet de cube d’enfant…).

Une fois les panneaux fixés (utiliser pour cela les petites pointes), vient l’étape du rebouchage des joints à la pâte à bois, puis du ponçage desdits joints.

Profitez de cette rare vue sans l’écran pour admirer les 4 trous du montage VESA de l’écran

(bon, la photo ci-dessus est trompeuse, la partie devant l’écran n’est pas encore fixée, mais on va attendre avant de la mettre, parce qu’on va sous-coucher grossièrement avant)

Bref, on peint un coup, on (ré)installe l’écran, la fin de la façade, re-pâte à bois, reponçage, installation du kit arcade, remplissage de l’arrière avec le Raspberry Pi, les câbles et tout, et démarrage pour tester tout ça…

L’observateur attentif aura vu le gros placeholder moche pour les boutons Start et Select en face avant. C’est que j’ai un peu mal compté mon contreplaqué, et qu’il m’en manque…

Etape 3: profit!

Franchement, la partie software est d’une simplicité crasse: les gars de Recalbox fournissent une solution « clé en main » pour monter une plateforme de retrogaming. Il ne vous reste plus qu’à trouver des homebrew sympas pour jouer 6, à les installer sur la machine (là encore, avec les dernières versions de Recalbox, c’est simple comme un glisser-déposer) et à vous la folle ambiance des bars après les cours de vos années lycée (celles où l’on avait encore le droit de fumer dans les bars, et que c’était comme ça que votre mère savait que vous étiez allé faire un baby-foot après les cours)…

Etape 4: Next steps

Oui, parce qu’il reste encore quelques petits trucs à faire:

La vue arrière de la borne, avec tout l’équipement

  • Fixer tous les éléments dans la borne (et acheter une autre multiprise, celle-ci est trop grosse et trop utile par ailleurs
  • Finir la peinture et la déco
  • installer des ports USB en façade de la borne (les trous sont prêts – on les voit sur la planche du fond -, il faut juste que les prises Neutrik soient commandées. En attendant, il faut passer les câbles par les trous pour rejoindre le Raspberry…)
  • Fermer la borne à l’arrière? Je ne sais pas. Elle est destinée à être collée contre un mur, et l’on doit pouvoir accéder à l’intérieur relativement facilement
  • Installer des enceintes? On verra si j’en trouve à pas cher, de dimensions convenables, et que j’ai le goût de les désosser pour les intégrer

Round 1, fight!

Notes:

  1. pour les deux du fond qui ne savent pas ce que c’est, c’est un micro-ordinateur qui tient dans une grosse boite d’alumettes
  2. NDLR: pour les gens qui bricolent peu – non, Welf, je ne parle pas de toi 😀 – gardez un oeil sur les ventes de matos de bricolage de chez Lidl. Vous avez du matériel de qualité très correcte pour le prix de l’entrée de gamme.
  3. oui, le Raspberry Pi ne propose qu’une sortie HDMI, et un adaptateur à 10 eurosous est moins cher qu’un écran à dix fois plus
  4. et déjà que les découpes droites, c’est pas facile, alors les angles à la con…
  5. oui, c’est des trucs qui vont sans dire, mais ça va mieux en le disant, parce que si je n’avais pas lu le truc quelque part sur Internet, je n’y aurais pas forcément pensé – oui, j’ai ce niveau d’absence de sens pratique
  6. vous n’alliez tout de même pas penser que j’allais vous suggérer de trouver des roms pirates des jeux de votre enfance qui pourrissent dans le grenier de vos parents…

17 (bons) souvenirs de 2017

Histoire de clôturer l’année 1, une petite liste (sans ordre préférentiel) de 17 trucs bien qui (me) sont arrivés en 2017:

  1. J’ai changé d’employeur
  2. L’ASM a soulevé le bouclier de Brennus
  3. On a atteint les quarts de finales du championnat de France de rugby à 5
  4. Ma belle-mère domine toujours le game des cadeaux cool 😀
  5. J’ai revu des vieux copains pas vus depuis des années
  6. J’ai revu aussi des moins vieux copains-des-internets, et c’est toujours aussi sympa
  7. J’en ai aussi rencontré pour la première fois en vrai (bon, il y a encore quelques noms sur ma liste de gens-à-rencontrer…)
  8. J’ai enfin sorti ma nouvelle fanghienne (à lire ici pour ceux qui l’ont ratée)
  9. Mon gros projet de boulot a démarré dans les temps et sans trop de galères
  10. J’ai un peu amélioré mon temps au trail urbain
  11. J’ai mis les pieds dans le Mordor
  12. J’ai gagné 3 niveaux en électricité
  13. Je suis allé au concert des 15 ans du Naheulband
  14. J’ai lu Jonquille (et je vous le conseille)
  15. J’ai monté une Retrobox pour me rappeler à quel point je suis nul à Super Mario
  16. Je suis retourné à La Défense juste assez pour me rappeler à quel point c’est cool de ne plus bosser à Paris
  17. J’ai retrouvé une photo de mon premier essai sous les couleurs jaune et bleu 😀

(je ne compte bien évidemment pas les trucs bien récurrents comme une femme merveilleuse, une famille formidable et des copains géniaux 😉 )

Et maintenant, c’est parti pour faire mieux cette année (faudra bien trouver 18 trucs à mettre dans le prochain bilan)

Notes:

  1. oui je sais, je fais ça au début de l’année d’après mais bon, j’aurais pu gagner au loto le 31 décembre à 11h58…

Entre deux trous

Je ponds un billet politique tous les 15 ans, et le fait qu’une personne au nom de stylo soit au deuxième tour de la présidentielle n’y est pas forcément étranger.

Il y a quinze ans, j’étais parfaitement hilare à la vue des résultats, et ce billet (à l’époque article dans le canard des élèves) intitulé « arrêtons la psychose » était un appel au calme et à la confiance: à l’époque, il était inenvisageable que le père soit élu et évident que Chirac serait réélu avec un score de république bananière, la défaite de la gauche au premier tour ayant été plus accidentelle qu’autre chose.

Quinze ans plus tard, la musique n’est pas la même.

D’abord, le visage de la politique en général a énormément changé. Les derniers hommes présentant un minimum de grandeur ont disparu du paysage. La campagne du premier tour a été d’une nullité et d’une vacuité rare. Et dix ans de bassesses, népotismes et copinages ont fini de siphonner le peu de confiance que les électeurs pouvaient avoir dans leurs représentants.

Ensuite, la physionomie du second tour est radicalement différente. Il y a quinze ans, on opposait un homme politique globalement respectable et pour le moins connu au père. Aujourd’hui, l’alternative face à la fille est un blanc-bec pas encore tout à fait sec.

Bref, le scénario de démocratie populaire n’est plus garanti, et il pourrait être possible que la France fasse un grand pas dans l’égalité homme/femme en élisant sa première présidente de la République.

Mais ce n’est pas une raison pour ne pas continuer à ricaner en regardant les gens crier au retour de l’hydre fâchiste. Pas parce que le scénario est improbable 1, mais parce qu’il faut appliquer la maxime de Figaro 2: se dépêcher de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.

Parce qu’au final, cette élection n’est qu’une pantalonnade. Au risque de faire crier certains de mes amis, je pense que, xénophobie mise à part 3, la victoire de l’un comme de l’autre donnera une situation similaire:

  • aucun d’entre eux n’a de réelle expérience du pouvoir. Députée européenne et conseillère régionale pour l’une, pas de mandat électif et une pige comme ministre de l’économie pour l’autre, c’est un peu léger. Même en interne, leur expérience est réduite, l’une étant à sa place parce qu’elle est la fifille à son pôpa, l’autre ayant monté son affaire depuis moins d’un an
  • Ils sont peu et mal entourés. A ma droite, je n’ai pas besoin de présenter les soutiens, tous moins recommandables et compétents les uns que les autres. A ma… heu gauche, à quelques rares exceptions près 4, l’on retrouve tous les seconds couteaux de la politique des années 90, sans parler d’une cohorte de crevards plus ou moins opportunistes.
  • Leur programme est détesté d’une partie importante de la population. Pour l’une, je n’ai pas trop besoin de l’expliqué, tout le monde la déteste. Pour l’autre, les motivations sont diverses, mais qu’il s’agisse de son programme économique ou « sociétal », on retrouve le quinquennat précédent, mais en plus accentué, et je n’ai besoin de rappeler à personnes les manifestations importantes qui ont émaillé ledit quinquennat sortant, qu’elles soient de gauche ou de droite
  • De mon point de vue, aucun des deux n’a la stature d’un homme d’état d’envergure internationale (pas vraiment que les deux précédents l’aient eue, mais là, on atteint un niveau tel que je me sentirais presque légitime à côté d’eux)
  • Ils n’ont aucune chance de réunir une majorité absolue à l’assemblée

Et c’est là qu’on arrête de rigoler.

Quel que soit le résultat du 7 mai, les élections de juin vont donner une France totalement ingouvernable: le FN va inéluctablement faire une percée importante, mais il est illusoire de les voir rafler la majorité des sièges. En Marche est bien mignon à annoncer des candidatures de « nouvelles têtes », mais parachuter des inconnus est la meilleure manière de se prendre une veste légendaire dans une élection où le vote se joue à la réputation ou à la présence d’un appareil constitué (ce qu’il n’a pas). Les restes du PS tiendront bien encore dans quelques régions où ils pourront faire jouer leur ancrage local, mais la Bérézina de dimanche dernier laisse plutôt augurer d’une nuit des longs couteaux rue de Solférino. Le résultat des Insoumis est une grande interrogation. Quant aux Républicains, ils pourraient éventuellement espérer quelque chose s’ils arrivent à ne pas s’entredéchirer, ce qui n’est pas non plus forcément gagné.

Dans ma famille, il y a un dicton qui dit « Au premier tour, on choisit, au deuxième, on élimine ». Au second tour, j’éliminerai donc. Tout en restant persuadé que, plus que jamais, seul le triumvirat de ZoC Radio est en mesure de sauver la république…

Notes:

  1. celui du retour de l’hydre fâchiste, pas celui de 2017, qui part sur les mêmes bases déplorables que 2016, pourtant bien gratiné, avec GRR Martin à la baguette
  2. le personnage de Beaumarchais, pas le journal
  3. ce n’est pas un détail anodin, je le concède
  4. et ces rares exceptions contenant cette raclure de bidet de Pierre B., je ne vais pas trop m’attarder dessus

Notules sur la primaire

Hier, c’était la primaire de la droite et du centre(tm). Et j’avais envie de faire part de plusieurs réflexions pas (ou assez peu) politisées sur le sujet.

Etonnant! Des gens paient pour voter blanc!

Que des gens votent blanc (ou nul) dans le cadre d’une élection normale, je trouve ça parfaitement normal (il m’est arrivé de le faire à mon tour, et je milite pour la reconnaissance de ces bulletins dans les suffrages exprimés – en particulier pour les premiers tours où l’on maintient tous les candidats au dessus d’une certaine barre). Mais qu’on le fasse pour une pseudo-élection à laquelle aucun devoir ne nous pousse (et qui plus est pour laquelle il faut payer), ça me dépasse (et horrifie mon chromosome auvergnat).

De la même façon, cette votante expliquant au journal télévisé qu’il est “important d’effectuer son devoir d’électeur” m’a fortement surpris. Soit on lui a mal expliqué, soit elle n’a rien compris au concept. Pour sa défense, le battage médiatique auquel nous avons été soumis ces dernières semaines sur le sujet pouvait laisser croire qu’il s’agissait d’un vrai scrutin officiel et tout…

Encore une fois, les sondages se sont foutus dedans

Et sans vouloir paraitre désobligeant, il va vraiment falloir qu’ils remettent en question leur méthode de travail, parce que ça commence à être au point que la météo à une semaine est plus fiable qu’eux.

Et autant pour le Brexit ou pour Trump (ou les intentions de vote FN aux diverses élections), on pouvait imaginer (et ça a été évoqué) que les électeurs avaient “honte” (ou peur d’être montrés du doigt) de leur vote, autant là, le candidat arrivé en tête n’avait rien d’un épouvantail rétrograde et fâchiste 1.

Bref, il y a intérêt pour eux à redresser la barre très vite sous peine de se voir rire au nez à la prochaine estimation…

La “gauche morale” a son nouveau Petit Satan

Jusqu’ici, le Petit Satan, c’était Nicolas S., qui, il faut le dire, en faisait des tartines pour justifier de son rôle d’épouvantail de la gauche à grands renforts de double ration de frites et de ses ancêtres les gaulois. Sarko out (et Juppé plutôt mal en point dans les sondages), c’est donc François Fillon qui est affublé du costume, que les éditorialistes les plus fameux du Camp Du Progrès(tm) se sont empressés de lui tailler. De ses positions du début des années 80 au soutien de Sens Commun, tout est prétexte à montrer à quel point celui qui n’était hier encore qu’un gentil concurrent peu dangereux est en fait un Méchant de grande ampleur, d’autant plus grande qu’il a avancé masqué jusqu’ici.

Bref, une fois de plus, à défaut de proposer de vraies idées et un vrai programme sur les vraies questions économiques et sociales, les pontes du Camp Du Bien(tm) se vautrent encore dans l’anathème le plus outrancier, qui serait drôle s’il ne devenait pas franchement ridicule à force de redite. M’enfin c’est vrai que c’est plus facile que de réfléchir vraiment à changer le monde…

Maintenant, attendons de voir ce que va donner le projet de primaire socialiste (qui, comme le faisait remarquer @OBrother_op, va en chier des bulles parce qu’il sera scruté à l’aune de celui de la droite – qui est, objectivement, une réussite jusqu’ici), et le (ou les) candidat(s) qui va en ressortir (ou pas d’ailleurs). Avec un gros seau de pop-corn 2.

Notes:

  1. jusqu’ici, j’y reviendrai
  2. je pense d’ailleurs piller un supermarché en prévision de 2017, fidèle que je suis à cette maxime de Beaumarchais: “Je me dépêche de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer”

Nos ancêtres les gaulois contre le droit du sang

On a suffisamment polémiqué sur le problème de l’utilisation ou non du mythe fondateur du celte chevelu comme Adam français, sur sa véracité historique et sur l’appropriation du grand guerrier blond par un petit excité brun 1. Il y a cependant un point sur lequel on s’est peu apesanti, et c’est celui de l’incohérence profonde entre cette vision et celle (défendue par les mêmes personnes) du droit du sang.En effet, il y a trois visions assez irréconciliables de l’appartenance à une nation (ou plus généralement une communauté humaine):

  • la première, qui nous intéresse assez peu pour le moment, est une vision purement contractuelle: je suis français/européen parce que j’adhère à un pool de règles et de valeurs communes à ceux qui se disent tels. La limite est vite atteinte, c’est quand les règles sont trop pesantes ou que les valeurs ne cadrent plus avec ma Weltanschauung 2. Dans ce cas, j’envoie tout valser, tel de Boris Johnson moyen. Et l’expérience prouve qu’on construit difficilement une unité dessus.
  • la seconde, c’est le droit du sang, c’est à dire le fait de tenir son appartenance de son ascendance, qui reste une forme largement utilisée dans le monde, qu’il s’agisse de nations ou de communautés (les juifs, les mormons – dont le goût pour la généalogie, afin de se raccorder à l’une des 12 tribus d’Israël, est notoire, ou les élèves de la Maison d’Education de la Légion d’Honneur)
  • la troisième, c’est le droit du sol: on est de l’endroit où l’on nait (et plus généralement de l’endroit où l’on a grandi, ou où l’on vit). Ce type d’appartenance est souvent associé aux terres d’immigration (il a été le droit en vigueur aux Etats-Unis, en Australie, et l’est encore au Brésil).

A dire vrai, la plupart des droits nationaux sont un joyeux (et bordélique) mélange des deux (voire des trois) conceptions, le fait est qu’elles sont assez peu conciliables. L’une se situe dans le temps, l’autre dans l’espace. L’une se réfère au passé, l’autre s’ouvre sur l’avenir.

Et le fait de se réclamer du Lavisse, pour moi, revient à acter que l’on croit au sol plus qu’au sang. Ce Lavisse dont on faisait des gorges chaudes en Histoire en expliquant à quel point les colonisateurs français hi hi hi étaient ridicules de faire apprendre aux petits africains que leurs ancêtres les gaulois, etc etc.

Vouloir d’un côté promouvoir une inculturation commune à tous les résidents français (puisque c’est ça, au fond, l’idée derrière le retour au Roman National) et expliquer en parallèle que vous êtes bien gentils, les enfants d’étrangers, mais vous êtes quand même pas vraiment tout à fait comme nous, je suis désolé, mais je trouve ça profondément incohérent.

Notes:

  1. toute référence aux HLPSDNH serait parfaitement fortuite, qu’allez-vous imaginer là?
  2. oui, j’aime utiliser des mots allemands, parfois

Catholicisme et conséquences ep. 4 – Contre les pleureuses vindicatives

Depuis quelques jours, plusieurs connaissances de la twittosphère “catho-friendly” faisaient état de la réception de publicité pour un site web? journal? mailing-list? intitulé “Christianophobie Hebdo” et dont l’objectif, si j’ai bien suivi, serait de recenser l’ensemble des “actes christianophobes”. J’ai eu la chance de ne pas recevoir ce torchon, mais on m’a demandé mon avis sur le sujet, alors je le donne…Soyons parfaitement franc, je déteste les postures victimaires. Si je ne nie pas la présence de motifs haineux 1 dans de nombreux actes ici ou ailleurs, mais j’ai un léger doute (doux euphémisme) sur l’intérêt de consigner chaque atteinte réelle ou supposée dans un genre de Livre Des Rancunestm, à part pour exacerber un dialectique sentiment de “eux contre nous” (et potentiellement à causer des représailles lorsque les “bons” seront du côté du manche).

Mais s’il est un sous-groupe qui me hérisse particulièrement, c’est celui des “christianophobes” 2. D’abord pour les raisons susévoquées et le fait qu’ils revendiquent un peu me défendre 3. Et ensuite, parce que c’est une attitude profondément anti-chrétienne.

Petit rappel évangélique (et actes des âpotrien):

Alors Pierre, s’avançant, lui dit: “Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu’à sept fois?”  Jésus lui dit: “Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 77 fois.

Mt 18,21-22

Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament.

Lc 6,27-28

“Père, pardonne-leur: ils ne savent ce qu’ils font.”

Lc 23,34

Et, quand on parle du premier martyr, saint Etienne 4, ses derniers mots sont:

Puis il fléchit les genoux et dit, dans un grand cri: “Seigneur, ne leur impute pas ce péché.”

Ac 7,60

Et il est encore écrit, de la plume du premier pape:

ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez, au contraire, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction.

1P 3,9

La liste serait encore longue (genre, les Béatitudes: “Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice”, au hasard), et encore, je ne suis pas allé farfouiller dans l’Ancien Testament où, passée la Mer Rouge, Dieu se fait quand même remarquer par son absence de vindicte et ses messages de pardon 5.

Bref, le christianisme n’est pas, ne peut pas être religion de la rancune, de la haine, mais celle de l’Amour et du Pardon. Et c’est infiniment plus difficile que d’aller péter la gueule d’un anglais parce que ses ancêtres ont brûlé Jeanne d’Arc 6.

Et pour ceux (soyons généreux, tous les lecteurs du machin susévoqué ne sont certainement pas des va-t-en-guerre au couteau entre les dents) qui y verraient l’occasion d’être plaints par le monde, j’ai envie de dire avec le Christ:

en vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense.

Mais ça manque peut-être un peu de charité chrétienne…

PS: Il semblerait que je sois en train de rater un hashtag gratiné sur Twitter qui recoupe un peu le sujet. Les avantages d’être partiellement déconnecté en ce moment…

Notes:

  1. je n’aime pas dire “phobiques”, qui est un terme qui a des relents soit psychiatriques, soit de chimie, et qui sous-entend la peur et/ou la fuite, donc pas vraiment compatibles – ou alors dans le cas d’une menace directe – à une attaque réfléchie
  2. et ce indépendamment de leur positionnement politique et de leur potentiel agenda pour 2017
  3. oui, pour les deux qui viennent de débarquer, je revendique un peu mon catholicisme romain
  4. Coucou Welf!
  5. en partie parce que le chafouin me rétorquerait Sodome et Gomorrhe, quand bien même c’est antérieur, ou pour le plus cultivé les murs de Jéricho, qui ne sont pas trop notés pareil, mais aussi et surtout parce que j’avais la flemme de fouiller.
  6. pour prendre un exemple non stigmatisant. Waterloo et Mers-El-Kebir sont encore des souvenirs trop brûlants pour certains des gens qui pourraient être amenés à me lire

Adulte sans enfant

Le sujet d’indignation de la journée sur Twitter, c’est ce tweet:

Ca stupidité est évidente, mais les différentes critiques et parodies du message sur Twitter manquent à mon avis un point essentiel

Alors oui, on a argumenté sur le fait que les (meilleurs) Pixar étaient des oeuvres à plusieurs niveaux de lecture 1, que les thématiques traitées sont transgénérationnelles et qu’au pire, ce ne sont pas deux heures de film qui vont lobotomiser une génération (et je passe sur les références au Seigneur des Anneaux qui est tout sauf un livre pour enfants – même si des enfants peuvent le lire).

Mais l’auteur oublie quand même une catégorie de gens: les parents responsables qui sont allés voir le film pour le juger avant de le proposer à leur progéniture.

Parce que bon, en tant que parent, le fait que ce soit un film « pour enfants » n’en fait pas nécessairement un film pour mes enfants. Ou pas tout de suite. D’autant plus qu’il cible quand même la catégorie de public qui n’est pas encore en mesure de faire ses propres expériences cinématographiques (ça fait pour moi partie des premiers « moments de passages » de l’adolescence), et que, même si un critique (ou même l’unanimité des critiques) considère que le visionnage de ce film est adapté à l’enfant « moyen », il ne sait rien du développement psychologique ou émotionnel des miens.

Ou alors je suis le dernier parent à m’intéresser à la consommation de biens culturels de mes enfants (musique, films, livres), et à décider (pour le moment de façon unilatérale 2, en attendant qu’un dialogue puisse s’effectuer sérieusement avec eux) du choix qui leur est proposé?

Et comme tout finit en musique…

Notes:

  1. et je suis d’accord: la scène d’ouverture de Up! est selon moi pas loin d’être la plus belle histoire d’amour du cinéma
  2. enfin en accord avec les 50 autres pourcents de l’autorité parentale, bien évidemment

La fête de l’enfer

Et oui, c’est le mois de juin, et comme tout les mois de juin, Elle revient. Avec ses hurlements, sa musique forte, honnie par les bons chrétiens…

Et non, je ne parle pas du festival de metal qui a lieu ce week-end dans les vertes prairies vendéennes (ni de tous ceux qui essaiment dans divers coins de l’Europe en cette saison) 1 , mais du moment craint par tous les parents: les fêtes de l’école.

Aussi souhaité-je bonne chance à tous ceux qui vont subir chorégraphies ridicules sur des musiques atterrantes (de Pharrell Williams à Patrick Sébastien), hurlements de gosses surexcités par la présence d’un chamboule-tout ou d’un château gonflables, ainsi que les pleurs et les grincements de dents subséquents à la rapide destruction du gadget d’une qualité douteuse qui leur a été remis en échange d’une réussite plus ou moins encouragée à quelque jeu 2.

Et pour ceux qui ne sont pas parents, soyez un peu solidaires et regardez cette vidéo 3

Mais pour finir sur une note positive, vu ce qu’on trouve dans les dessins animés pour enfants maintenant, on peut rêver que la musique s’améliore dans le futur 4:

Billet écrit sur l’idée d’un tweet de @PerrineST

Notes:

  1. et je salue-z-au passage les copains qui sont en train de s’y faire ramoner les tuyaux auditifs à coups de gravier dans une lessiveuse ;-)
  2. contrairement aux fêtes foraines où c’est l’échec qui est plus ou moins encouragé
  3. Oui, j’assume parfaitement le côté contraceptif de mon lien…
  4. ceci n’est pas un montage, mais un véritable extrait du film Planes 2

Les bombes, la guerre et Internet

Ce week-end, trois jeunes sont morts en Haute-Loire dans une explosion (et un quatrième est dans un état critique.

Selon les premiers éléments de l’enquête (relayés par la presse), il semblerait qu’ils aient été victimes d’un accident de manipulation d’explosifs artisanaux qu’ils avaient fabriqués eux-mêmes pour « jouer à la guerre » avec des fusils d’AirSoft (les trucs à petites billes de plastique).

Dans le vrac des réactions entendues ou lues ça et là, et qui m’ont fait bondir:

des jeunes apparemment dans histoire

(la radio, hier matin)

 

faut-il interdire aux jeunes de jouer à la guerre?

(la même radio, ce matin)

 

c’est la faute d’Internet

(le ministre de l’Intérieur, ou à peu près)

Remettons quand même les choses dans le contexte.

La Haute-Loire, c’est la campagne (enfin majoritairement), et à la campagne, on fait plein de trucs un peu dangereux, qui font hérisser les cheveux des parisiens qui ne connaissent de la nature que les allées goudronnées du bois de Vincennes 1. Parmi ces choses, il y a les rodéos en mobylette sur les petits chemins (voire la conduite de 4L dans les champs), la construction de trucs divers et variés avec des outils plus ou moins coupants, ou encore la manipulation de produits étranges, voire leur mélange à des fins plus ou moins exothermiques.

Pour résumer, je pense que n’importe quel gamin âgé de plus d’une douzaine d’années de ce département sait fabriquer un mélange explosif avec des produits de son quotidien 2.

Et ce depuis bien plus longtemps que l’existence d’Internet. J’ai fabriqué mes premiers pétards 3 avant de me rendre sur le Net, et je ne parle pas des bêtises (parfois même filmées) qu’ont pu faire mon père ou mon beau-père dans leur jeunesse, donc avant même qu’Internet ne soit autre chose qu’une expérimentation des militaires américains… Mais c’est vrai qu’un beau fait divers bien explosif, c’est plus qu’il n’en faut pour que notre chevalier blanc de la défense des gentils contre les méchants s’empresse de pourfendre l’hydre multicéphale qui héberge les pédodjihadistes et autoradicalise les petits français, peu importe la faiblesse du lien entre les deux…

Quant à interdire de jouer à la guerre… sans vouloir paraitre totalement désobligeant, il me semble qu’il est plus envisageable de vider l’océan Atlantique à la petite cuiller.

Dites, on ne pourrait pas faire une minute de silence, plutôt que de sortir des conneries grosses comme ça?

Notes:

  1. j’ai été gentil, j’ai supposé qu’ils dépassaient les Buttes Chaumont
  2. qui n’est pas le produit du quotidien du petit parisien, car je doute qu’on trouve des sacs d’engrais azoté dans les caves des appartements du 6° arrondissement
  3. ceux qui sautent, pas ceux qu’on fume

Le meilleur des mondes de Marcela Iacub

Ce week-end, Marcela Iacub, dans une chronique pour Libération appelle (assez pompeusement) les jeunes à « Apprendre à séparer le sexe de l’amour » , avec force arguments… qui me font un peu flipper.

Premier paragraphe, et première pique envers les jeunes qui seraient timorés:

Et ils ne sont que 6% à prendre le risque d’envoyer leurs photos et leurs vidéos «coquines». Bref, contrairement à l’image de délurés qu’ils ont auprès des adultes, les ados seraient, selon cette enquête, des sujets sexuels des plus convenables.

Cette chère Marcela semble oublier (ou compter pour peu) qu’il y a moins d’un an, une affaire assez importante de piratage de photos osées de célébrités éclataient, et que même le plus déluré des joyeux lurons réfléchirait à deux fois avant de prendre le risque de se retrouver en page d’accueil de AmateurTeenPorn.xxx…

Le deuxième paragraphe est lui aussi un monument:

Or, loin de nous rassurer, ces résultats devraient nous inquiéter au plus haut point. En effet, on y découvre que les vieux ont réussi une fois de plus à convaincre les jeunes qu’il fallait vivre le sexe et l’amour de la même manière qu’eux.

Là, en bonne peau de vache que je peux être, je lui ferai remarquer que la vieille, c’est elle (née en 1964, c’est carrément une ancêtre pour les sujets de l’enquête – les 15-18 ans). Et que ce que j’ai pu entendre du discours dominant sur le sexe (et sa pratique) parle fort peu d’amour et beaucoup de désir. Autant pour les « vieux qui convainquent les jeunes »…

Partant de là, c’est parti pour un feu d’artifice: il s’agirait de  » séparer le sexe de l’amour », afin d’être « comblés physiquement », et d’être « mieux préparés pour fonder des unions durables ».

Mieux encore, cette baise à tout va serait la solution à tous les problèmes sociaux:

On aurait beaucoup moins de jeunes violents, et donc moins de criminalité, car une vie sexuelle épanouie et multiforme canaliserait leur impulsivité.

Et de toutes façons:

Personne ne vivrait en couple avant 40 ans. Avant cet âge, les gens auraient trop d’énergie sexuelle pour vivre en couple.

(et je vous passe le couplet sur les pauvres vieux complexés qui n’arrivent pas à tenir la distance avec des compagnes plus jeunes, et qui « auraient tout intérêt à chercher des compagnes vieilles et usées comme eux ». Etant encore un jeune de moins de 40 ans, donc débordant d’énergie sexuelle, je ne sais pas de quoi elle parle 1)

Partant de là, impossible pour moi de ne pas penser au Meilleur des Mondes, et en particulier à la scène de prière-partouze ritualisée sous GHB 2 où l’on copule parce que c’est censé défouler.

Les limitations techniques du démarrage de la procréation à 40 ans ayant été déjà relevées à plusieurs reprises dans des papiers lus ici ou là, je ne m’étalerai pas plus avant.

Et de me sentir mal à l’aise, voire triste pour cette pauvre Marcela de ne penser la sexualité que sous son aspect mécanique 3.

Pour moi, il est évident que le sexe, c’est d’abord et avant tout dans la tête, et que sa réduction à des performances purement physiques entre pour moi de plain pied dans la « culture du viol » 4. Et que le climax n’a que peu d’intérêt s’il n’est pas serti dans un ensemble relationnel plus large et plus profond, dans cette complicité intime que deux amants construisent l’un pour l’autre.

Et pour résumer, et que tout (ou presque) finit en musique par ici, voila la façon dont j’imagine la vie sexuelle selon Iacub:

Extrait de la bande-son du film Chobizenesse. Coïoncidence? Je ne pense pas…

 

Notes:

  1. pun intended
  2. le soma du bouquin, c’est quand même pas mal ça
  3. il semblerait que ce soit un gimmick de l’auteur
  4. un pseudo-argument lu sur le sujet reste quand même « elle a joui, alors c’était pas un viol »